‹ Histoire de Madame BaratChapitre 150 sur 311 · PROSCRIPTIONS EN PIÉMONT · texte numérisé non relu

PROSCRIPTIONS EN PIÉMONT

ans, avaient été élevées dans son école gratuite! Tant de maîtresses d'école en étaient sorties pour répandre dans la montagne l'instruction chrétienne et le bon exemple! Un si pur parfum de sainteté et d'humilité s'exhalait, pour ainsi dire, des tombes de M"" Quirin et de la sœur Elisabeth! — Il en était de même de la maison de Saluées. L'évêque la protégeait. Il lui avait promis d'être pour elle un père, il tenait parole; il s'adressa au roi pour le supplier de la conserver. La garde nationale elle-même veillait sur les religieuses; mais déjà, dans ses rangs, on entendait circuler des paroles sinistres : « Ce soir nous les gardons, mais d'ici à un mois, si elles ne sont pas parties, nous mettrons le feu au couvent. » Un des meneurs vint môme proposer secrètement au boulanger de la maison d'empoisonner leur pain. Il n'y a.vait plus qu'à partir. A peu de temps de là, un décret rendu par le prince Eugène de Savoie Carignan expulsa le Sacré-Cœur de tous les Etats sardes, consacrant ainsi les violences précédentes par la plus inique de toutes, la violence légale. Il n'y eut d'exception que pour la maison de Chambéry, que la ville déclara vouloir conserver \ En deux mois, le Sacré- Cœur perdait, dans le Piémont, le fruit de ses travaux de vingt ans.

A Parme, l'archiduchesse Marie -Louise n'était plus. L'archiduc Charles II lui avait succédé, et le Sacré- Cœur prospérait sous sa protection, lorsque, au commencement de 1848, les religieuses de Parme virent arriver chez elles leurs sœurs de Turin, qui venaient

1 Art. 7 : » Sono pure sciolte e definitivamente vietate in lulto lo stato, ecceUuala la Savoja, le case délia corporazione délie Dame del Sacro- Cuore di Gesù. (Torino, 25 agoslo 1848.)

leur demander asile. C'est ainsi qu'elles apprirent la révolution dont elles-mêmes allaient bienlôL devenir les victimes. La Constitution imposée à Charles II ne put le sauver de l'émeute. Il s'enfuit. Le Sacré-Cœur laissé ainsi sans défense, insulté, menacé et assiégé par les émissaires du Piémont, ne put tenir que peu de mois. Sur l'ordre d'une junte provisoire, il quitta sa maison, attendant que le bras de Dieu s'armât pour sa cause et ramenât de meilleurs jours^

A Gênes, ce furent les mêmes scènes de brutalité, rehaussées de boufïonneries. Chaque jour et chaque nuit voyait se répéter des cris de mort aux Jésuites et aux Jésuitesses, des mascarades, des chants sinistres, des vivat en l'honneur de Gioberli, des placards menaçants ou diffamatoires, suivis bientôt de tumultes qui amenèrent enfin les dernières violences. La licence du carnaval en fournil l'occasion. Avec le courage qui distingue d'ordinaire ces sortes d'expéditions, on attendit le coucher des Pères et de leurs élèves pour envahir leur collège, défoncer ou brûler les portes et les fenêtres, mettre la maison au pillage , surprendre les religieux, et les jeter, à demi vêtus, à fond de cale d'un navire, avec des galériens, pendant que, dans la ville, le canon de réjouissance célébrait ce beau triomphe, et que des processions parcouraient les rues, chantant le Te Deumf — « Hier, chez les Jésuites; demain, chez vous! » éciivit-on aux religieuses du Sacré-Cœur. Le 8 mars, dès le malin, les troupes se mirent en devoir de cerner, mais à dislance, la redoutable maison de San-Pier d'Aréna, (lui recelait, disait-on, des armes

1 Lcllrcs annurlli-s, 18'i9, p. 22'i.

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