‹ Histoire de Madame BaratChapitre 151 sur 311 · EXPULSION DU SACRÉ-COEUR A GÈNES · texte numérisé non relu

EXPULSION DU SACRÉ-COEUR A GÈNES

et des Jésuites! A défaut d'armes, on trouva quelque butin à piller : c'était ce que l'on cherchait. Là encore , le gouverneur se trouva impuissant contre la sédition. Le lendemain, la supérieure, M""" Armande de Causans, dispersait ses religieuses, cachées sous un déguisement qui put à peine les protéger contre la grossièreté de la populace. Après avoir mendié l'asile d'une nuit dans la cabane d'un pêcheur, les unes cherchèrent un refuge provisoire en Italie, les autres furent embarquées pour Marseille, d'autres errèrent successivement de Gênes à Turin , de Turin à Chambéry, par des chaînes de montagnes encore remplies de neige, et ne purent qu'à grand'peine se retrouver en France ^

Une révolution d'un caractère différent venait, sur ces entrefaites, d'éclater à Paris. Le 24 février 1848, le trône du roi Louis- Philippe s'écroulait, presque sans défense, sous les coups de l'émeute. « Disons : Dieu seul est grand, écrivit M"'^ Barat dans cette occasion. Mais c'est aussi un Dieu rempli de miséricorde. Mettons donc en lui notre confiance M »

On vit, pendant ces sanglantes journées, tout ce que l'amour de Dieu est capable d'inspirer de charité pour le prochain. Oubliant ses périls et ceux de sa Société , M""® Barat ne pensa qu'aux malheurs de ses frères, de quelque parti qu'ils fussent; et la supérieure générale du Sacré-Cœur se transforma en soeur de Saint- Vincent-de-Paul.

Un soir, par exemple, une patrouille de quinze à vingt hommes se présente à la porte de la rue de Va-

1 V. rinléressant récit de M"'« Sappey; événements de Gènes, 1847-

2 A M. Stan. Dusaussoy, 27 février 18i8.

rennes, harassée de fatigue et n'ayant pas mangé. « Faites -leur donner vite ce qu'il y a de prêt pour la communauté, » ordonne la mère générale. Après la distribution, chacun de ces hommes s'en alla, en emportant deux pains, l'un sous le bras et l'autre au bout de sa baïonnette , avec mille remercîmcnts pour cette dame si bienfaisante.

Dans les mêmes circonstances, sur les six heures du soir, on vint lui annoncer qu'une bande d'insurgés remplissait la cour de l'hôtel Biron, escortant un brancard oi^i gisait un homme en blouse, blessé, ensanglanté, que son état ne permettait pas de transporter plus loin. « Allez, dit aussitôt M"'® Barat à ses filles, recueillons ce malheureux; le bon Dieu sans doute a des desseins sur lui. » Elle lui fait donner tout de suite un lit et une chambre, fait appeler les docteurs Récamier et Maisonneuve, fait servir à ses camarades des rafraîchissements, et pendant que les balles frappent les volets de sa chambre et pleuvent dans le jardin , elle s'installe près de lui et supplie le Seigneur qu'un prêtre puisse arriver à temps, pour réconcilier cette âme qu'elle croyait près de paraître devant Dieu. Elle fut exaucée. L'âme et le corps de Cyrille , — c'était le nom de l'insurgé, — furent guéris au Sacré-Cœur. Le blessé eut le double bonheur de pouvoir, peu après, se rendre à la chapelle et d'y communier. Il était devenu l'enfant de la maison; on vit même un jour M'"" Barat lui servir elle- môme d'appui dans le jardin, en lui donnant le bras. Il ne l'appelait plus (lue .sa mère (jâicralc. Celle-ci voulant justifier ce litre jusqu'à la fin, ne le laissa partir qu'avec de bons vêtements et des provisions.

Mêmes soins charitables, même dévouement rcli-

Page 1