SA CHARITÉ PENDANT L'INSURRECTION
gieux furent consacrés par elle à un autre blessé qui continua longtemps de recourir à sa charité. Un jour que, encouragé par sa bonté inépuisable, Christophe était venu demander un habit : « Donnez -lui votre manteau de chœur, dit la mère générale à une de ses filles; je vous donnerai le mien. » Un habit -fut taillé immédiatement dans ce vêtement de religieuse.
« D'ailleurs, dans toute celte année 1848, où lamisère fut si grande à Paris, raconte une des religieuses de cette époque, il me serait impossible de dire toutes les aumônes que la charitable mère fit passer par mes mains. Les distributions de pain qui se faisaient à la porte, plusieurs fois la semaine, devinrent si considérables que le quartier s'en émut, craignant qu'une si grande agglomération dépeuple, encombrant la rue de Varennes tout entière, n'amenât quelque émeute. Des agents de police vinrent donc, tout en nous remerciant de notre charité, nous prier de suspendre ces distributions qui, dans ces moments d'effervescence, pouvaient amener du danger ^ »
Ces bienfaits répétés devinrent la sauvegarde du Sacré-Cœur. Les journaux les publièrent avec des éloges. La maison fut épargnée, le pensionnat luimême, quoique diminué, n'interrompit pas ses classes; et l'on put espérer que la révolution ne revêtirait pas en France le caractère d'impiété qui l'avait déshonorée dans les Etats voisins.
Un des premiers soins de M"'" Barat fut d'aller rassurer le noviciat de Conflans : « Pour le présent, lui dit- elle, il n'y a rien à craindre, et, pour l'avenir, il
1 Tém. de M'"'^ Dumont. Doc. n° 40, p. 12.
faut tout remettre entre les mains de Dieu. Si l'on nous chasse de France, eh bien! mes bonnes filles, le Cœur de Notre- Seigneur est grand, et toute la terre est à nous. N'avons- nous pas l'Amérique, les Birmans, la Chine même? Ah! mes enfants, au sein de l'inslabilité des puissances humaines, qu'il fait bon appartenir à Celui qui seul est grand, et dont l'amitié ne nous manquera jamais. »
C'est au milieu de ces troubles de sa propre patrie que l'on vint apporter à M"'^ Barat les lettres d'Italie annonçant qu'elle perdait cinq établissements. Ces nouvelles la trouvèrent occupée à prendre des arrangements intérieurs, exigés par l'imprévu de ces circonstances. Elle fut rarement plus grande que dans cette occasion. Ayant lu les lettres avec calme, elle dit : « Que la volonté de Dieu se fasse et non la nôtre ! » Puis elle continua de donner ses ordres. L'arrivée à Paris de la mère du Pvousier et de plusieurs de ses religieuses d'Italie fut une autre heure mémorable : « Je n'oublirai jamais , raconte l'une d'elles , l'impression de paix que nous fit alors la vue de notre révérende Mère. Nous étions près de dix, venant de Turin, de Saluées, de Pignerol et de Gênes. Loin de laisser paraître la profonde douleur que notre présence devait renouveler en elle, elle nous regarda avec un sourire si bon que nos cœurs brisés par tant d'infortunes se sentirent consolés. Une larme, cependant, roula dans ses yeux: « Mes chères enfants, nous ditelle , je comptais , en cas de révolution , aller vous demander l'hospilalilé, et voici que c'osl vous qui venez me trouver! Dieu sait ce qu'il fait; il faut nous soumellrc. »