SA MAGNANIME SOUFFRANCE
de dédommager Jésus en redoublant de zèle , de fidélité, d'amour. Méritons de pouvoir travailler encore à lui sauver des âmes; si ce n'est dans un pays, que ce soit dans un autre. Qu'importe, pourvu que nous remplissions notre vocation M »
Vinrent les journées de Juin, couronnées par le dévouement de l'archevêque de Paris. Depuis un an environ, les rapports du prélat avec le Sacré-Cœur avaient repris le caractère de paternité qui n'eût jamais cessé, si cette partie de son troupeau lui eût été mieux connue. On lit dans une lettre de M'"® Barat, datée du 15 novembre 1847 : « M^ notre archevêque vient de me faire annoncer qu'il nous rendait les Jésuites, au moins pour les secours extraordinaires. Vous comprenez combien nous sommes heureuses de ce retour-. » Huit jours avant sa mort, l'archevêque était venu à Conflans. Il avait dit aux novices : « Nous avons besoin de prières en tout temps, mais jamais plus qu'en celui-ci. Je viens donc vous demander de prier beaucoup pour l'Église, pour la France et pour moi. Ne soyez point inquiètes : si la révolution doit atteindre quelqu'un, elle s'attaquera à moi avant de s'en prendre à vous. Mais si vous entendez dire qu'on a fait un mauvais parti à votre archevêque, alors, il en sera temps, prenez vos précautions ^ »
La lumière du martyre acheva de lui ouvrir les yeux. On lit dans son histoire : « M^'Affre, mourant, pria son secrétaire de porter à quelques amis et aux membres de plusieurs communautés religieuses, l'assurance de
1 Paris, 15 juin 1848.
2 A M™* de la Granville, 15 nov. \8\1.
3 Lettres annuelles, 1849, p. 6.
son estime et de son afl'eclion. Il nomma le nonce du Pape, les révérends Pères Jésuites, les dames du Sacré- Cœur et les membres de la Société de Saint-Sulpice. » M. l'abbé Jaquemet, depuis évêque de Nantes, fut également chargé de porter ù la mère Barat l'expression de ses regrets ; et la mère générale témoigna plusieurs fois combien l'avait touchée celte dernière démarche de l'auguste victime. Quels que soient, pendant la vie, les dissentiments qui divisent entre eux les disciples de la loi d'amour, il descend sur le seuil de leur élernilé, un premier rayon du ciel qui, dissipant le nuage qui les séparait , les fait se reconnaître et s'entr'aimer dans le Seigneur.
De son côté. M""* Barat conçut, dès lors, une sorte de culte religieux pour la mémoire du « pasteur tombé en donnant sa vie pour ses brebis. » Quelques jours après, on trouve dans une ses lettres la recommandation de « faire toucher une médaille à quelque relique de notre dernier martyr ^ »
Mais que devenaient, pendant ces agitations, ses maisons de la province? M'"*" Barat voulut le connaître par elle-même. La fin de cette année 1848 et le commencement de l'autre furent consacrés à visiter les familles du centre et de l'ouest de la France.
Elle vit ainsi Bcauvais, Amiens, puis Bourges, Tours, Bordeaux, Nantes, Niort, Poitiers. Elle voyageait sous un costume séculier, accompagnée d'une aspirante, M'"" Aymardine de Nicolay, et d'une so'ur coadjulrice, la fidèle so'ur Agnès.
A Bourges, elle fut l'objet d'égards parliculicrs de la
1 A M""^ irAvciias. l'ours, ICi juillet lSi8.