II
troupeau ; elle jouissait de cette vue avec une naïve admiration pour l'Auteur de la nature, puis se replongeait dans sa méditation. Surtout, quelle consolation n'était-ce pas pour elle quand nous lui faisions apercevoir, dans le lointain, un clocher qui indiquait le toit modeste où daignait résider le bon Pasteur! Plus heureuses encore quand nous pouvions descendre et le visiter! Mais bien souvent aussi nos cœurs étaient navrées de voir le complet dénûment du saint lieu , tandis que, près de là, les hommes habitaient des demeures splendides. »
Aussitôt que la mère générale était arrivée dans une de ses familles, elle se donnait à tout le monde. Chacune des religieuses la voyait en particulier, pour sa direction. La vertu prncipale sur laquelle elle insistait, surtout à cette époque de révolution , était l'obéissance : « Ah! ma fille, écrivait -elle à M""" Giraud, que la conduite des âmes devient difficile dans ces temps mauvais! Cette fumée de liberté s'insinue partout, même dans les maisons religieuses : on ne veut plus supporter ni gène ni contrainte. C'est que l'image de Jésus lié et attaché à la croix s'elTace des cœurs! Ne tombons pas, ma fille, dans cette infidélité '. » — « Mais bientôt, à sa parole, tout nuage se dissipait, rapporte sa compagne, la ferveur se rallumait, les visages s'épanouissaient, la jeunesse se mûrissait, la vieillesse se rajeunissait : on était insatiable de sa parole de vie *. »
Elle enflammait aussi le zèle des maîtresses : « Que les âmes coûtent ch(T à sauver, chère Alida , disait-elle à
i Paris, r. mars 18VJ.
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