‹ Histoire de Madame BaratChapitre 157 sur 311 · SON ZÈLE DANS SES VISITES · texte numérisé non relu

SON ZÈLE DANS SES VISITES

la supérieure de Nantes. Ah! que Notre-Seigneur a dû souffrir pour leur salut! Aussi les âmes petites et pusillanimes ne nous conviennent pas. Et , dans notre siècle, les âmes fortes sont rares ^ »

Dans l'intervalle de ces courses, M""" Barat faisait de sa maison de Tours son séjour favori, attirée par la paix et la dévotion de ce lieu.

En effet, depuis le mois de janvier 1847, le Sacré- Cœur avait acquis, près de cette ville, un des plus vénérables débris de l'antiquité monastique. Un jour, le Père Varin, passant au-dessous de Tours, en bateau à vapeur, avait été frappé de voir le conducteur se découvrir et crier : « Marmoutier ! Saint Martin ! » C'était là, en effet, que l'ancien soldat de l'armée de Julien, devenu moine , puis évêque , avait vécu de la vie des Pères du désert, rassemblé ses disciples dans le creux des rochers, et étonné le monde par les miracles de sa sainteté, de son zèle et de sa charité. Dans des temps plus reculés encore , ces mêmes grottes avaient été les catacombes des premiers chrétiens de la contrée. Le Père Varin confia à M""" Barat les désirs que lui avait inspirés la vue de ces lieux. Une terre où Jésus-Christ avait été tant aimé ne conviendrait-elle pas au Sacré-Cœur? « Que ne suis-je auprès de vous, écrivit le saint religieux à la mère générale, pour vous décider à acheter Marmoutier? Mais j'espère que les anges qui veillent à la conservation d'un des plus précieux monuments de la foi parleront à votre cœur. En le conservant à l'Église catholique, vous en enrichirez toute la Société du Sacré- Cœur, qui s'estimera à jamais heureuse de posséder un

1 \ \ime Dumazeaud. Paris, 11 déc. 1849.

rUO HISTOIRE DE MADAME BARAT

pareil trésor. Ah ! que la maison du Sacre-Cœur à Tours en deviendra florissante ! Courage donc et confiance ! Dites oui, et je vous promets que celle acquisition attirera sur vous et sur la Société de grandes bénédictions ^ »

Également pressée par M"' Morlot, archevêque de Tours, M""" Barat céda; Marmoutier fut acquis. Voici en quels termes la mère générale fit savoir à ses filles de la rue aux Prés leur translation prochaine dans le vieux monastère : « Notre-Seigneur, leur dit-elle, vous a tenues longtemps cachées sous le boisseau. Bientôt, mes chères filles, vous serez sur le chandelier exposées aux regards. Dieu veut que son œuvre se dilate. Vous êtes appelées à Thonneur de fouler la terre des saints, mais souvenez- vous qu'il faut être saintes pour l'habiter. »

Lorsque M""= Barat y vint, le 12 juillet 1848, elle n'y trouva encore que quelques religieuses occupées à disposer cette habitation. On lui donna pour résidence le faîte d'un donjon où l'on arrivait par soixante-quinze marches, et d'où le regard embrasse d'un côté les bords paisibles de la Loire, de l'autre, les rochers agrestes où s'enfoncent les grottes de saint Martin et de ses disciples. Le premier soin de M"'" Barat fut de faire enlever de celte chambre les meubles cl le tapis dont on l'avait ornée, n'y voulant pour tout mobilier qu'un lit, une table et deux chaises de paille. Elle admirait ce beau site qui la portait à Dieu; elle parcourait avec ses filles cet immense domaine, mais elle voulait que les pauvres eussent leur part de ces biens. Une caravane de bohé-

» l'.iris, 0 riov. i83'J. Aulogr. adressé à Home.

SON SÉJOUR A MARMOUTIER 3tl

miens s'étant établie, avec leur misérable attelage, en face de la maison, M"'° Barat les nourrit pendant leur séjour; mais ayant su que ses filles, par un sentiment de défiance, les avaient laissés coucher à la belle étoile, elle leur en fit réprimande, leur disant qu'il ne fallait pas suspecter les haillons, et qu'il y a des honnêtes gens dans les plus humbles conditions de la société. Jusqu'où n'allait pas sa compassion secourable ! Un pauvre homme étant venu à la porte montrer un loup, en demandant l'aumône, la mère Barat s'émut sur le sort du captif, à qui elle fit donner un bon morceau de pain'.

jy^me gapat profita de la solitude de Marmoutier pour s'y recueillir davantage : « Je vais employer les jours qui me restent ici à faire ma retraite, écrivait-elle le 2 août à la mère Thérèse. Je m'enferme à Marmoutier, Les souvenirs de cette demeure m'aideront à me sanctifier. » — « La solitude de saint Martin m'a décidée à y faire ma retraite, écrivait-elle à M°"^ Giraud. Je la ferai près de la grotte où priait si souvent et si longtemps ce grand saint. Demandez, ma fille, que je ne foule pas en vain cette terre des élus , bien profanée depuis -. » Les affaires du dehors vinrent battre les portes de sa solitude : « Mais je tiens contre vent et marée, disait-elle. Les quelques heures que je passe près de Jésus et de son serviteur fidèle me calment pour le présent et me fortifient pour l'avenir". »

En effet, on voyait M""" Barat prolonger souvent son oraison dans la grotte du saint, sans souci de l'humidité et malsrré les alarmes fiUales des sœurs. « Ah ! disait-

1 M'n« de Bosredont. Témoig. n° 118.

2 Tours, o août 1848.

3 A M"'» d'Avenas. Tours, 7 août.

elle plus tard à ses novices de Paris, combien je me trouvais petite là, dans ce coin oii tant de saints avaient prié... Je me demandais quels desseins de Dieu avaient rendu ces ruines à la Religion, sinon pour que les épouses du Sacré-Cœur y fissent revivre l'esprit de Jésus. C'est la terre des apôtres, c'est la terre des martyrs ; et elle nous est donnée parce que notre vocation est de plus travailler et de plus souffrir' que les autres*. »

Cependant les souffrances de l'Église allaient toujours croissant. Pie IX n'était déjà plus le souverain qu'on acclamait d'un bout de l'Europe à l'autre, comme un rédempteur. S'arrêtant sagement au point où finit la liberté légitime , et refusant son concours à la licence, la guerre et la révolution, il vit rapidement se tourner contre lui l'opinion inconstante qui recevait le mot d'ordre de Mazzini et des sociétés secrètes. Le 9 octobre", le Pontife visita le Sacré-Cœur de la maison de la Trinité-du-Mont. Après avoir reçu les hommages de la communauté et du pensionnat, il se rendit au jardin, et, dans un entretien avec la supérieure sur les origines de la Société, il témoigna de la joie qu'il aurait de connaître la mère fondatrice, qu'on lui dépeignait comme une sainte. Il portait dans sa parole et sur ses traits cette calme et douce aménité qui , désormais, devaient être la physionomie propre de sa douleur. Mais pour être cachée, la blessure intérieure n'en (Hait pas moins profonde. Sur son passage, rencontrant un buste qui le représentait : Kcro, dit-il, eroo fjiirl miscrabile, il cui nome sicm m gui contradicktur :

1 Joiirri.tl (lu tiovi(ial, \x't>* , I" noùl, |>. 70.

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