SOUFFRANCES DE L'ÉGLISE
« Voilà ce misérable , dont le nom sera un signe de contradiction ! » Il pria longtemps et pieusement devant la fresque de la Mère admirable, et permit d'en célébrer la fête le 20 octobre. Quand il sortit, le silence trop significatif de la foule compacte qui couvrait les degrés, la place et les avenues du Monte-Pincio , ne donna que trop raison aux dernières paroles du généreux Père.
Souvent aussi, la même maison recevait les visites du pieux protecteur de la Société, le cardinal Lambruschini, de plus en plus en butte à une impopularité qui n'était que le prélude de la persécution. Un jour qu'entouré de la communauté, il était agenouillé, suivant sa coutume, devant l'image de Mater admirabilis, il prononça à haute voix cette belle prière : « 0 Marie, vous m'avez confié le protectorat d'une Société contre laquelle l'enfer semble se déchaîner... Mais, impuissant comme je suis, permettez que je remette cette charge entre vos mains, pour n'être plus désormais que l'instrument docile dont vous vous servirez, quand le réclameront les besoins de cette chère Société. Conservezla, protégez-la, comblez- la de grâces nouvelles. En retour, je m'engage à déposer ici un témoignage spécial de ma reconnaissance, si, par votre secours, les maisons qui lui restent échappent à la tempête qui nous menace... » A ces mots, le vénérable vieillard s'arrêta, suff"oqué par les sanglots : le silence et les larmes achevèrent sa prière.
Le 20 octobre, le cardinal vint célébrer la fête de la Mère admirable dans son modeste sanctuaire : on ne le revit plus de longtemps. Un mois après, la révolution demandait sa tète à grands cris; il n'échappa au poignard qu'en prenant la fuite et en se tenant caché.
jy|me Barat suivait avec anxiëlé tous ces événements. Elle était à Bordeaux quand , le 29 novembre , elle apprit avec terreur le lâche assassinat du comte Rossi , les sanglantes bacchanales qui en furent la suite, le péril extrême du Pape; enfin, son évasion et sa retraite à Gaëte. Pendant ces jours, on Tentendait continuellement soupirer et s'écrier « : Que je souffre! que je souffre! » Elle disait dans une lettre : « Mon Dieu, qu'en sera-t-il? Dieu aurait-il abandonné son Eglise? Non , mais il livre ces malheureux peuples à euxmêmes : ils ont abusé de tant de grâces^ ! » Elle écrivait de même à la mère Emilie : « Ma chère fille , que vous dire de ma profonde affliction et de mes vives inquiétudes pour notre Père commun et pour nos sœurs de Piome! Il semble que ces contrées redeviennent barbares. Ah! qu'elles ont abusé de la grâce de Dieu!... Et nous!... Depuis ce matin que j'ai lu VAmi dc[la Rdigion, j'ai l'âme serrée par la douleur. Qui ne l'aurait pas^? »
Ce n'était cependant que le commencement de ses alarmes. Heureuse de voir que la France , se ressouvenant d'elle-même, envoyait son armée au secours de l'Eglise, elle comprit en même temps les périls nouveaux que le siège de Home allait faire courir à ses trois maisons du Sacré-Cœur. La Trinilé-du-Mont avait été désignée comme lieu de refuge par l'ambassade française ; mais elle ne fut pas pour cela à l'abri des menaces et des perquisitions. On la fouilla partout, sous l'absurde prétexte que la maison comnuiniciuail, par des souterrains, avec le camp ennemi! A la Villa-
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