‹ Histoire de Madame BaratChapitre 159 sur 311 · PÉRIL DE SES MAISONS DE ROME · texte numérisé non relu

PÉRIL DE SES MAISONS DE ROME

Lante, les religieuses furent chassées par un polonais nommé Dobrowolski, qu'étonna le sang-froid des moinesses du Sacré-Cœur, ainsi que les désignait un décret de Mazzini : « Je n'ai jamais vu de femmes comme celles-là, disait le commandant de l'expédition : elles ont des cœurs de dragons. » Jetées et entassées dans cinq voilures découvertes, escortées par des soldais comme des malfaiteurs , les religieuses de la Villa , ignorant le sort qui les attendait, furent ainsi conduites à la Trinité- du- Mont, parmi les chants populaires, les fanfares de la troupe , et les cris triomphants de : Vive la liberté/ Pendant ce temps, Garibaldi dévastait leur maison, s'emparait du jardin, faisait sur les hauteurs des travaux de défense , et y établissait deux batteries dirigées contre les tranchées françaises de la porte Saint-Pancrace. Sainte-Pvufme, d'autre part, vit un jour arriver trois honorables fonctionnaires qui sommèrent les religieuses d'entendre la lecture d'une pièce importante qui les concernait. C'était un décret de la République romaine qui les déliait de leurs vœux et les déclarait libres ! En vain la supérieure leur assurat-elle que leur démarche était absolument superflue; les émancipateurs n'en voulurent pas moins remplir devant la communauté leur noble mission. La réponse unanime des sœurs fut qu'aucune d'elles n'était religieuse par force, que l'Institut prenait des précautions infinies pour assurer à chacune une pleine liberté de suivre sa vocation; et que, contentes de leur sort, toutes étaient résolues de vivre et de mourir dans l'état de leur choix. Les délégués se retirèrent peu satisfaits d'un rôle dont ils avaient espéré recueillir plus de gloire.

En même temps, l'Italie entière était en feu. Dans les États de l'Église, la maison de Lorette se voyait à chaque moment menacée de suppression. En Vénëtie, Padoue, placée sous la protection de l'impératrice d'Autriche, subissait le contre-coup de la haine que les Italiens portaient à l'étranger. Mais au-dessus de ses propres souffrances, et même des périls de sa Société, M""" Barat ne voyait que les souffrances du Pape ; et voici ce qu'elle mandait par une lettre du 3 mai à la mère de Limminghe, supérieure du noviciat de la Villa-Lante : « Que de motifs nous avons de nous alarmer ! Nous prions Marie ; c'est tout ce que pouvons faire. Ah ! dans son mois chéri, elle sera la colombe qui portera au Vicaire de Jésus- Christ le rameau d'olivier. Vous comprenez quels sont nos vœux à ce sujet. » Un peu plus loin, elle ajoutait : « Ne parlons pas de nos douleurs, mais de celles de notre Saint-Père! Souffrons môme plus encore si Dieu le veut; mais que son nom, le nom de Jésus soit glorifié! Ah! si Dieu ne désarme son bras irrité, que pouvons -nous attendre? De plus grands maux encore. Prions, sanctifions- nous : c'est ce que Dieu veut obtenir de nous, en nous châtiant. »

Le siège de Home allait lentement. Si le progrès de nos lignes de circonvallation augmentait l'espoir de M™* Barat, il lui apportait, par contre, de nouvelles alarmes. « Le danger croît à mesure que le siège se concentre, écrivait-elle le 1"' juillet. A Rome tout s'écroule. Notre noviciat est saccagé, Sainte -lUifine à peu près; la Trinité, où se sont réunies en partie nos trois communautés, reste seule encore intacte : Dieu les protège visiblement... (Juc de crimes enfantent les cœurs durs et coirompus! Le démon a des enfants aussi méchants

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