‹ Histoire de Madame BaratChapitre 165 sur 311 · SON DERNIER VOYAGE A ROME · texte numérisé non relu

SON DERNIER VOYAGE A ROME

mère Prévost, plus heureuse que moi, pouvait prier. Elle fut exaucée, et nous avons enfin débarqué à Civilà- Vecchia : c'était la troisième nuit M »

Le 15, M"^ Barat était à la Villa- Lante : « Quels désastres j'ai eus à regretter en visitant celte villa, jadis si belle, disait la même lettre. On voit que le vandalisme a passé par là avec Garibaldi. Au fond, toutefois, ce n'est guère cela que nous déplorons. Le mal moral de ce pays est bien plus à regretter, et il est immense. Nous jouissons néanmoins d'un peu de calme pour le moment. Nous le devons à la France : puisse-t-il continuer-! »

On approchait de la fête de la Présentation de j\Iarie au Temple : fête mémorable dans les fastes de la Société. Il y avait, celle année -là môme, cinquante ans que, à pareil jour. M""" Barat s'était consacrée au sacré Cœur de Jésus, et que la Société avait pris naissance dans la petite chapelle de la rue de Touraine. Si la célébration de la cinquantième année des noces de la terre est une solennité à tout foyer domestique, comment cet anniversaire des noces contractées avec Notre- Seigneur ne serait-il pas le sujet d'une sainte allégresse dans la famille du cloîlre? Une lettre circulaire des mères assistantes avait demandé que cet heureux jubilé fût fêté solennellement et avec ferveur, dans chacune des maisons de la Société. A la Villa-Lante, M""" Barat en prévint la célébration par une conférence qu'elle lit, la veille au soir, à sa communauté : elle avait surtout pour but de donner à la fête un sens qui fût conforme

1 A M. St. Dusaussoy. Rome, 26 nov. 18o0.

2 Ibid. V. aussi leUr. à M. Dusaussoy, 24 mars 18i51.

362 IIISTUIUK DE MADAME BAflAT

à son humililé et à son amour de la seule gloire de Dieu.

« Il y a cinquante ans, mes bonnes filles, leur dit-elle, que le divin Cœur de Jésus a jeté les fondements de notre petite Société. Les autres Instituts ont eu un fondateur ou une fondatrice: mais le nôtre en diffère précisément en cela, qu'il n'eut ni l'un ni l'autre. Son unique fondateur est le Cœur de Jésus-Christ. Sans doute il a daigné se servir d'un instrument; mais que cet instrument est petit! Oh! qu'il est misérable! C'est le rien, c'est le néant! Gloire soit donc à Dieu! car c'est précisément à cause de ce néant que ce grand Dieu l'a choisi : il voulait être tout ! »

Après cet humble abaissement, vint l'élan de l'action de grâces. M"'^ Barat, déroulant la suite de l'histoire de sa Compagnie, la montrait tour à tour, dans son origine, ses développements, ses combats, ses persécutions; enfantée, fortifiée, défendue, soutenue, agrandie, uniquement par ce Cœur de Jésus dont l'intervention s'était montrée si manifeste dans les événements. De là l'obligation d'une immortelle reconnaissance; de là aussi une grande leçon. « Chaque Ordre religieux, disait la mère générale, a le devoir d'étudier l'esprit de son fondateur, afin de s'y conformer. La mesure de sa perfection est la mesure môme de la conformité des disciples avec le Maître. Pour nous donc, mes bonnes filles, étudions le Cœur de Jésus, ses leçons, ses vertus. Écoutons-le qui nous dit : Apprenrz de moi que je .su/.s doux rt humhlc de c<eur. luilrons dans la double fin de notre Société, qui est notre propre salut et le salut des autres, par la pratique et le zèle de rnniour de Celui i\\\\ non- a tant aimées, et

Page 1