‹ Histoire de Madame BaratChapitre 166 sur 311 · LA CINQUANTAINE DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LA CINQUANTAINE DE LA SOCIÉTÉ

à qui seul soit gloire, louange, bénédiction, actions de grâces à jamais I »

« A l'accent de ces paroles, raconte une de celles qui les ont entendues, on eût dit que la mère générale eût voulu s'anéantir; elle n'avait qu'une crainte : celle qu'on lui attribuât quelque part dans un bien auquel, à l'en croire, elle n'avait été qu'un obstacle perpétuel. Tout son discours n'était que la réponse de Marie à Elisabeth qui la saluait bénie entre toutes les femmbs : « Mon âme glorifie le Seigneur de ce qu'il a regardé « la bassesse de sa servante ; c'est Lui seul qui a fait « en moi de grandes choses, parce qu'il est le Toutce Puissant, et que sa miséricorde s'étend de génération ce en génération ! »

La fête du lendemain fut heureuse pour toute la communauté, hormis pour M""® Barat, car elle ne put éviter qu'on lui décernât des louanges. Le matin , elle dut entendre le Révérend Père Pioothaan , supérieur général de la Compagnie de Jésus, prononcer une allocution remplie d'allusions, fort délicates, il est vrai, mais fort transparentes, à ses longs travaux. Toutefois , l'humilité de M"'*" Barat ne tarda pas à prendre sa revanche. Au sortir de la messe, le Père lui ayant dit : « Ma révérende mère, c'est le premier exemple, dans l'histoire de l'Église, d'un Ordre religieux qui ait conservé aussi longtemps son fondateur ou sa fondatrice. — Cela ne fait pas mon éloge, repartit promptement l'humble mère générale, car cela prouve qu'aucun ne s'est ménagé autant que moi ! » Le soir fut plus pénible. Certain prédicateur, réputé éloquent, ayant pris malheureusement, pour sujet de son discours, l'éloge de la Société et de sa fondatrice, ce

fut un vrai supplice pour M"'^ Barat. Son alliludc, ses traits, trahissaient son martyre. Bientôt elle n'y tint plus : descendant sans bruit de sa stalle, elle s'esquiva furtivement, laissant son panégyriste achever à l'aise son discours. « Quel est le nom de ce monsieur? demanda-t-elle ensuite à la mère de Limminghe...; ne le faites plus prêcher ici. »

Les sentiments d'humilité, de reconnaissance, de ferveur qui se confondaient en elle, se retrouvent fidèlement dans cette lettre adressée, six jours après la fête, à la mère Desmarquest : « J'aurais voulu , ma chère mère, que cet anniversaire passât inaperçu pour ce qui me regarde; car, pour le reste, nous ne pouvons trop remercier Dieu des grâces qu'il ne cesse de répandre sur la Société, malgré ma pauvreté et mes misères. Continuez donc, chère mère, à prier et à faire prier le divin Cœur, afin que mes dernières années, si le Seigneur me les accorde, soient meilleures que celles de ce demi-siècle écoulé, et qu'elles soient des années de réparation... Pour moi, j'ai répandu mon âme tout entière devant ce divin Cœur; et avec quelle ferveur je l'ai prié de vous rendre tout ce que vous avez fait et souITert plus que moi , pour la Société , en me couvrant de vos vertus , qui ont suppléé à celles qui me manquaient*! »

Une température clémente, un ciel de printemps, même au cœur do l'hiver, ne purent exempter la mère générale du tril»ut annuel que sa poitrine payait à la rude saison, o A peine étais-jc arrivée, ([ue j'ai dû m'aliler, mandait-elle en France à la fin de janvier. Il y a à peine

i Rome, 27 nov. is;i8.

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