SON ZÈLE POUR L'ÉGLISE
L'accueil paternel du Souverain Pontife avait encouragé la mère générale à présenter au Saint-Siège les demandes qui faisaient le principal sujet de son voyage à Rome.
Parmi les réformes proposées en 1839, et rejetées en bloc en 1843, il y en avait plusieurs d'une utilité universellement reconnue, et dont la nécessité' s'imposait chaque jour plus impérieusement. On en fit l'objet d'une supplique au Pape. Elle comprenait trois demandes. La première était « l'adjonction à la supérieure générale de supérieures provinciales qui , ayant un certain nombre de maisons de la Société confiées à leurs soins, porteraient avec elle, et sous sa direction, une partie du poids du gouvernement ». — La seconde était « le renouvellement du Conseil de douze membres chargés de l'élection de la mère générale ». Le grand âge de la supérieupe commandait instamment de le reconstituer; et M""^ Barat souhaitait qu'on le composât des assistantes générales, des supérieures provinciales, et d'une professe de chaque province. — Enfin, sa troisième demande était qu'il lui fût permis de nommer secrètement une vicaire générale, destinée, en cas de mort de la supérieure, à prendre les rênes du gouvernement jusqu'à la nomination de la nouvelle élue^
On comprend la sagesse et l'urgence de ces réformes; c'était le complément des Constitutions. Du reste, sur ce sujet, il n'y avait qu'une voix dans tout le Sacré- Cœur. Ce fut donc unanimement, et dès lors en toute confiance, que la supplique fut présentée au Souverain
1 V. Conslit. Supplique'à S. S. Pie IX, p. 1G9.
Pontife, à la fin de janvier 1851. Il convenait de la soumettre, préalablement, au cardinal protecteur de la Société; mais, le sachant peu favorable à tout ce qui ressemblait à une innovation, et voyant d'ailleurs quel grand afTaiblissemcnt la vieillesse avait produit dans cette tête, naguère si ferme, on omit de faire passer cette pièce par ses mains : c'était irrégulier. Pie IX donna l'ordre d'avoir à employer cet intermédiaire; mais le cardinal Lambruschini, peiné de cette omission, ne donna à la requête qu'un appui officiel devant la Congrégalion des Évêques et Piéguliers. Après deux mois d'attente, la réponse fut négative.
Jamais coup plus pénible ne surprit M"® Barat. Elle embrassa d'un regard douloureux le péril qu'il créait à son Ordre. Le gouvernement en devenait impraticable sans le secours des provinciales. La mère générale venant à disparaître, les choses retombaient de droit aux mains de la première assistante générale, la mère de Charbonnel, aveugle et plus âgée que la supérieure elle-même. Rien n'était organisé pour sa succession. Le Conseil chargé d'y pourvoir n'existait presque plus, et son mode de recrutement était fort défectueux et irrégulier. Quelle situation! Évidemment le Pape ne l'avait pas comprise. Il n'y avait plus que Dieu qui pûl faire la lumière dans l'esprit de son Vicaire.
j^jmo Barat en appela donc à Jésus par Marie. \ ers le commencement de mai, elle déposa ses vœux sur l'autel dédié ù la Mère admirable. Mai'ie justifia ce nom. Pic IX, apprenant la profonde afllicli<»n de la supérieure générale , envoya un de ses prélats , M"' Luciardi , apprendre de .sa propre bouche ce qu'elle désirait pour sa Société. On élail au») de ni;ii. Le Papo, mieux informé,
COMPLÉMENT DES CONSTITUIIONS 369
retira le décret déjà rendu, et nomma trois cardinaux chargés de revoir l'affaire. Enfin, le 23 mai 1851, parut un second décret qui, annulant le premier, faisait à la mère générale toutes les concessions qu'elle avait demandées. Seulement, aux noms de provinciales et de provinces, le Pape préféra ceux de mères vicaires et de vicairies, qui furent adoptés'. »
C'était fait : M""^ Barat venait de poser la dernière pierre à l'édifice, maintenant immuable , des Constitutions. Après avoir porté aux pieds de Sa Sainteté ses remercîments, le 14 juin, elle quitta Rome, qu'elle ne devait plus revoir.
Rentrée à Paris, au milieu de juillet, la supérieure y prépara la réunion du septième Conseil général, dans le dessein d'y pourvoir à la promulgation et à l'application des derniers changements. « Je voudrais pouvoir vous rendre, écrivait-elle à ses filles, l'effusion de cœur avec laquelle le Saint-Père nous a donné sa bénédiction; l'intérêt, la bonté avec laquelle il s'est informé des œuvres qui nous sont confiées, et m'a dit son désir de nous voir répondre à notre sublime vocation. J'espère que cette bénédiction produira ses fruits, et que nous nous efforcerons, par notre fidélité, d'apporter quelque adoucissement à ses immenses douleurs ^. »
Paris était alors dans l'effervescence et l'inquiétude politique qui précède une révolution. M""^ Barat, estimant que cette ville ne présentait pas la sécurité nécessaire à un conseil général, convoqua l'assemblée à la F'errandière. Cette résidence, quoique voisine de Lyon,
1 V. le décret du 23 mai 18b!. Constil., p. 170.
2 Lctl. cire. Paris, l'^"' ooùl 18.j1,
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:nO HISTOIRE DE xMADAME BARAT
dépendait du diocèse de M*' de Bruillard, évèque de Grenoble. Ce vénérable évèque avait été, on s'en souvient, le premier directeur de M"^ Sophie Barat, quand elle vint à Paris. Il se félicita « de l'avoir pour diocésaine », pcndanlcette réunion, comme il le lui fit savoir dans une lettre affectueuse qui se termine ainsi : « Que ne puis-je inaugurer par une messe du Saint-Esprit l'ouverture de votre Conseil ! J'y serai du moins en pensée ; j'ap'pellerai sur cette assemblée , si chère au Cœur de Jésus, l'esprit de conseil qui inspire les utiles réformes, et l'esprit de force qui donne le courage de les exécuter'. »
Le Conseil était convoqué pour le mois de novembre; mais il se trouva qu'alors la supérieure générale était tellement malade, qu'on pensa à l'ajourner. Elle n'y consentit pas. Le jour de saint Martin , elle commanda qu'on la portât de son lit à la voiture; et moins de trois jours après, le 13 novembre, fête de saint Stanislas Kostka, l'intrépide mère ouvrait l'assemblée générale de la Ferrandière.
Son programme était tracé. Elle avait écrit d'avance « que, renonçant à descendre à tout minutieux détail, le Conseil s'occuperait princii)alementde robservance uniforme des Règles, selon l'intention du Souverain Pontife. — Elles sont pour nous, di:sail-el!e, l'expression de la volonté du Cœur sacré de Jésus ; et tant que nous aurons gardé dans son intégrité ce rempart de toute institution religieuse, l'ennemi de tout bien sera impuissant contre nous. »
Le Conseil promulgua les modifications approuvées ]tar le Pape dans le gouvernement: il sanctionna un
1 t.rc||o|)lo, 18 OCl. iMiil.