SA VISITE A MARMOI'TIER
temps heureux, tandis que votre mère en est réduite au Super flumina Babylonis. C'est bien une Babylone, sous tous les rapports, que la ville que nous habitons'. » Cependant Poitiers ne fut qu'une première station dans la vie de retraite de la mère Thérèse : on l'envoya ensuite à la Ferrandière. « Je suis sur le canevas, écrivait la docile mère, et je laisse Jésus me broder comme il veut-. » Enfin, son état de santé lui ayant rendu tout emploi impossible , elle avait été finalement envoyée à Marmoulier, comme au lieu de son repos : « Rentrez donc, lui écrivit sa mère générale, dans la voie de cet attrait que Jésus vous donna au début de votre vocation au Sacré-Cœur... Désormais, ma chère fille, votre fonction sera l'oraison, et les âmes se sauvent, par ce moyen, en plus grand nombre que par l'action, croyez-le. Soyez le Moïse qui priera sur la montagne , tandis que votre mère va combattre dans la plaine ^.»
La mère Thérèse aidait à l'éducation de quelques enfants du village de Sainte -Radegonde, proche de Marmoutier. Le Sacré-Cœur y avait ouvert une école de petits garçons, par une exception qu'avait autorisée la mère générale, en considération de la pénurie de ce lieu. ^jmc pQpat elle-même prenait plaisir à suivre les progrès de ces jeunes écoliers, recevant leurs lettres, y répondant, leur envoyant des vêtements, s'intéressant à leurs travaux, surtout à leur salut, comme elle l'écrivait : « Que je serais heureuse de leur faire l'école, de leur apprendre à connaître et à aimer Jésus! » Et dans une
1 Paris, 24 août 1847.
2 A M""= de Kérouartz. Conllans, 16 mai 1847.
3 Paris', 9 sept. 18.o0.
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autre lellre : « Les gamins de l'ccole sont une de mes jouissances à Marmoutier. Le Père Barrelle, qui vient d'y passer trois jours, en est aussi content que moi. Ces pauvres enfants ont une touchante reconnaissance pour nous. Espérons qu'ils l'auront surtout envers le Cœur adorable de Jésus'. »
]^jme ]3qpq(; s'arracha avec peine à ce lieu de sainteté et de paix : « J'aurais volontiers oublié l'univers en cette paisible solitude, près du Saint de mon âme et de sa famille chérie. Mais Jésus ne veut pas sa petite servante dans le repos; et, malgré ses vœux, elle doit agir, peut-être jusqu'au dernier soupir. Au moins, si telle est la volonté de Dieu, faisons- la avec amour; qu'elle nous tienne lieu de tout. La vie la plus pénible nous deviendra supportable pour l'amour de Lui -. »
La seconde absence que fit la mère générale , à la fin de Tannée 1852, eut pour but de visiter le noviciat de Kientzheim. C'était la deuxième fois qu'elle voyait celte famille de laquelle elle disait : « Je soupire en pensant à celle terre promise de Kientzheim , qui est aussi une terre de désirs pour moi \ »
Elle y fut le 2 septembre. Depuis sa dernière visite, Kientzheim, nous le savons, avait hérité du noviciat de Montet. La mère Malhildc Garabis en était supérieure, M. l'abbé Pieau y avait suivi la colonie crrnnlc; cl après quatorze ans de séj(jur en Suisse, il venait continuer et couronner en Alsace sa carrière de dévouement à la Société. M"" lîarat dit à ses tilles combien oWo était
1 A M"" I)oMnnr.|ue?l. M.iiinoulier, Jo julllel Ik:i2
2 A M ■"' (l.« Bosredonl. Paris, 16 aoûl 1852.
3 A M"' M. «lar.ibib, Il iii.trs IKÎIJ. Hnn. i juillol.
SA VISITE A KIKNTZHEIM 377
heureuse de les revoir, après sept années de séparation : « Mes enfanls, je me disais, en me dirigeant vers vous : Je suis sûre que là je trouverai des âmes , des âmes tout à Dieu , des âmes que les sacrifices n'arrêteront jamais; et je puis vous assurer que j'en tressaillais de joie^ »
Son séjour à Kienlzheim fut rempli par une suite d'entretiens familiers sur ce sujet favori. Elle disait un jour : « Où trouverai -je une âme qui apporte autant d'ardeur à la cause de Dieu que le démon met de rage à combattre contre Lui? Si je savais la trouver au fond de rOcéanie , je traverserais les mers pour aller la chercher. Eh quoi ! ne ferions -nous pas pour notre Epoux divin ce qu'on est capable de faire pour un époux terrestre ? » Elle cita , à ce propos , l'exemple de la femme d'un brigand italien, laquelle, disait-on, s'était fait tuer dans un combat pour la cause de son mari : « Comme épouse de Jésus-Christ, dit la mère Barat, j'ai envié cette mort -. »
Elle n'oublia pas sa chère humilité: « Voyez, disaitelle, combien Jésus l'a aimée. Nous en sommes nousmêmes une preuve. Ce bon Seigneur, ne pouvant plus la pratiquer dans sa gloire, a voulu du moins la pratiquer encore en quelque manière ici-bas, en faisant choix de créatures misérables telles que nous pour épouses de son Cœur. » Elle préconisa de même l'esprit de sacrifice, le renoncement, la croix.: « Que je trouve les cœurs froids, à commencer par le mien, lorsque nous méditons les mystères de la croix! écrivait-elle vers ce tempslà à la supérieure. Un auteur spirituel appelait cette in-
1 Fondation et journal de Kientzheim. p. 15.
2 Journal de Kientzheim , p. 17.
diiïércncc un miracle diabolique : il avait raison. » Enfin, elle jeta les cœurs dans cette fournaise d'amour de laquelle elle disait : < Nous avons, pour être grandes, tant à obtenir de la bonté de Dieu ! "Intérieur, extérieur, tout est borné en nous; et il ne nous faudrait que les bornes de Thorizon! Où trouver cet espace? Ah ! dans le Cœur de Jésus, qui, mettant notre néant dans son immensité, le ranimera et lui donnera son essence, comnie le fer dans le feu; alors nous agirons avec une puissance sans bornes, sans limites ; tout nous sera possible, même l'impossible. Que nous en sommes loin'! »
Le 14 septembre, fête de l'Exaltation de cette divine croix. M'"" Barat prit congé des religieuses, des novices et des enfants de Kicntzheim. Dès avant son arrivée, l'aumônier, M. Pieau , avait dit aux élèves : a C'est la visite d'une sainte que vous allez recevoir. Accueillez-la, mes enfants, en esprit de religion, avec des vues de foi. » Apres qu'elle fut partie , il leur demanda : « Celte sainte mère vous a-t-elle touchées, en vous bénissant? — Oui, lui répondirent-elles. — Eh bien! c'est une application de reliques, mes enfants-. »
L'adieu de M"'° Barat fut celui de Notre-Seignour à ses disciples du Cénacle : « Si vous m'aimez, vous vous réjouirez de ce que je m'en vais. » Ce n'est pas, expliqua-t-elle, que Jésus n'ait eu à suulïrir beaucoup avant de retourner à son Père; mais l'amour de Dieu change tout en allégresse. Il n'y a de souilrance que dans Thcsilation à accepter la croix. j> Elle ajouta en terminant : » i'riiv. poui- uun le bon Maître, lui demandant
• A M"" Gorabis. l'aris, 3 avril ; el Miirmoiitier . '20 juillcl IfCii. 2 T.'m. <!.• M"" ('... mille. /)..<•. n. 1'.».