‹ Histoire de Madame BaratChapitre 172 sur 311 · SON DÉPART DE KIENTZHELM 3',Q · texte numérisé non relu

SON DÉPART DE KIENTZHELM 3',Q

qu'il répare ce que j'ai mal fait ici, et qu'il supplée à tout ce que j'aurais dû faire '. »

A l'heure du départ, on vit se présenter devant la supérieure un ami moins résigné à son éloignement. C'était un agneau qui s'était attaché à celte aimable mère, par celte attraction dont on trouve tant d'exemples dans l'histoire des sainls. Le pauvre animal, s'élançant sur les genoux de sa protectrice , bêlait à fendre l'âme. M""" Barat le caressa avec quelques douces paroles, avant de s'éloigner. Elle ne l'oublia plus. De retour à Paris, ayant été informée que Robin avait été délaissé dans l'écurie, où la nuit les rats fourrageaient dans sa toison, elle en conçut de la peine: « Vous comprenez , écrivit - elle à la supérieure , si de pareilles nouvelles ont où. me faire plaisir, à moi qui souffre tant de voir pâtir des êtres qui n'ont pas offensé Dieu! Toute la nuit, j'ai revu cet agneau malheureux; et comment dormir ! » Elle déclara même qu'elle préférait le voir entre les mains du boucher que de le savoir ainsi traité. Mais bientôt se reprenant : « Non, ce serait bien dommage, écrivit-elle à Kienlzhein, de le destiner au glaive à la fleur de son âge. Vous voyez que je retire sa sentence de mort. » Ensuite ayant appris que Robin n'avait pas cessé de recevoir les mêmes soins, elle s'en montra reconnaissante: « Ce n'est pas, disait-elle, pour ma distraction que je m'affectionne à ces êtres ; je n'y tiens nullement, ayant des objets bien plus intéressants pour occuper mon cœur. Mais, je vous le répète, je ne suis pas à l'épreuve de la peine de voir souffrir ces créatures innocentes. Puis, cette similitude de notre

1 Journal de Kientzheim , p. 19.

bon Maître se laissant déchirer et égorger comme un doux agneau me touche et m'attache à celte espèce d'animaux. Ah! ma fille, qu'il faut aimer Celui qui s'est ainsi immolé pour nous M »

Dans ce môme mois de mars 18o3, les regards de la mère générale se tournaient vers un autre de ses noviciats : celui de la Ferrandière. Elle venait de lui demander un pénible sacrifice. Celle qui le gouvernait depuis plus de vingt ans, M'"* Prévost, maintenant assistante générale, était appelée à Paris par sa nouvelle charge. Et quels justes regrets laissait dans tout le Midi cette femme supérieure, qui y avait tout conquis par l'ascendant delà vertu et la puissance du bien! Annonay, Charleville, Toulouse , Alger, Sarria, Montfleury, l'avaient vue présider successivement à leurs fondations. Toutes ces maisons recevaient ses visites, son appui, surtout à l'heure des périls et des menaces publiques, qu'elle forçait de reculer devant sa grandeur d'âme ou qu'elle désarmait par sa charité. Tour à tour Lyonnaise, Provençale, Roussillonnaise, Espagnole, Algérienne, selon les maisons par où elle passait, elle se faisait toute à toutes pour les gagner à Jésus-Christ. « Il faut attirer les âmes et non pas les forcer, répétait-elle d'ordinaire. L'autorité ressemble à la verge d'Aaron, ell(> doit i)orter des fleurs. » Cependant, non moins énergique (jue bonne, elle savait au besoin mettre le fer et le feu dans une plaie. « Je ne suis pas votre mère pour caresser vos blessures, disait-elle à ses filles, njais pour les guérir. » Sa maxime était qu'il fallait regarder les âmes à travers le Cœur de Jésus pour les

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