SA VISITE A LA FERHANDIÈRE
trouver aimables. Son caractère propre était une charité prodigue, inépuisable. Elle était la mère des pauvres, des malades, des orphelins, donnant encore plus aux ennemis qu'aux amis, et les gagnant à la religion à force de bienfaits. Quant à son noviciat de la Ferrandière,elle l'appelait d'un nom qui rend bien compte de son affection religieuse. Elle disait de lui : « C'est le paradis terrestre avec ses quatre grands fleuves, sortis d'une même source, le Cœur de Jésus- Christ : un fleuve de lumière qui éclaire les âmes, un fleuve d'amour qui les embrase, un fleuve de paix qui les console, un fleuve de grâce qui baigne le pied de l'arbre de la vie et le fait fructifiera »
Un noviciat privé d'une telle supérieure avait besoin d'être consolé. Depuis longtemps, M""' Barat se promettait d'y aller chercher, pour elle- même, cette paix dont elle disait à la nouvelle supérieure, M""^ Élisa de Bouchaud : « Au milieu de tant d'épines qui blessent ma pauvre âme, je me surprends à désirer de passer quelques semaines dans votre solitude, afin d'y chercher Jésus plus à mon aise... Au moins à la Ferme, on trouve quelque pasteur qui indique les pâturages... Mais une fois le bon pâturage indiqué, ne cherchons plus que Jésus, vraie soujce des eaux vives. Les hommes ne présentent que des citernes qui ne peuvent retenir l'eau ^ » Dans cette pensée, elle se plaignait des délais qui retardaient son voyage projeté à la Ferrandière : « Je suis comme un vaisseau placé entre des vents contraires, et qui ne peut ni avancer ni reculer.
1 V. Notice sur la mère Prévost. Lett. ann. de 1870.-
2 Paris, 27 aoAl 18'i7.
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Aussi je me laisse ijallolLer par la volonté de Dieu. Quand il lui plaira que je prenne le large, ce sera, chère Elisa, pour aller vers vous'. »
Elle y fat le 26 juillet 18^3. Elle avait pour les enfants de la Fcrrandière une affection particulière. « Lorsque, disait-elle, mon cœur a quelque peine, il se reporte au souvenir des enfants de la Ferme : cette vue le réjouit-. » Aussi avait- elle écrit : « Ce sont les enfants que je voudrais voir d'abord. » On lui obéit. Toutes l'attendaient, vêtues de blanc, comme aux solennités, dans leur salle d'étude, tapissée do lauriersroses. M""" Barat préféra les faire venir sous les arbres de la grande avenue, où tout de suite elle s'assit au milieu de sa famille triomphante de la revoir. Ce jour et les suivants furent des jours de bénédiction, comme elle l'écrivait à la mère Prévost : « Je n'ai que des consolations à recueillir dans cette famille, que vous avez si bien formée pour le bon Maître. Le bon esprit, les vertus religieuses y sont dans leur vigueur. Notre Elisa donne du ressort à tout^. »
En dehors des visites que nous venons de décrire, ^jme ]3apQt ne quitta presque plus ses résidences de Paris et de Conflans, où nous allons la voir accomplir l'œuvre de Dieu sous une nouvelle forme.
A Paris d'abord, l'application principale de la supérieure fut de faire régner de plus en jdus, dans le pensionnat de la rue de Varennes, l'esprit de simplicité, qu'exigeait non-seulement le devoir, mais riionneur, et même la prospéiité de son Institut. « 11 est de la pru-
1 Paris, IG fcv. lKi3.
2 l'aris, I" avril cl 27 mai 18î>2.
il La l'crrandiùif. 12 aoi'il IK;i2.
SOiN œUVRE A L'HOTEL BIKON 383
clence et de rédificalion , écrivait M'"® Barat, de travailler à détruire jusqu'aux vestiges de notre fausse réputation. Il faut si peu de chose au monde et au démon pour nuire à la Société tout entière! Hélas! nous n'effacerons peut-être jamais les impressions funestes qui se sont répandues, d'un bout de la France à l'autre, de notre prétendu luxe, dans le début de ce pensionnat de Paris. L'hôtel doré y prêtait; et là-dessus, nous perdons non-seulement des enfants, mais les meilleures postulantes, celles qui, dans une société religieuse, cherchent la pauvreté, la simplicité, l'humilité'! »
Entre ceux qu'avaient trompés ces bruits mensongers était révèque d'Arras, M^'" Parisis, un des plus grands défenseurs de l'Église, en notre temps. Voulant se rendre compte de l'état des choses par lui-même, il vint explorer, dans le plus grand détail, la communauté et le pensionnat. M"® Barat l'accompagnait dans cette inspection. A chaque cellule qu'il visitait, à chaque lieu régulier qu'il se faisait ouvrir, il témoignait sa surprise de la pauvreté qu'il y voyait régner. A la fin, il ne put s'empêcher de s'écrier : « Quoi! sont-ce la les splendeurs de cet hôtel Biron? — Ah ! Monseigneur, lui dit la mère générale, je voudrais, s'il était possible, que dans cet hôtel Biron^ il n'y eût partout que des christs, et que chacune de nos religieuses en fût le cadre ^ »
Ainsi détrompé, l'évêque devint pour le Sacré-Cœur un protecteur, un ami, un conseil, un soutien, particulièrement contre les tracasseries que le gouverne-
1 A M™' Dumazeaud. Paris, 29 nov. 18u2. ^ TémoiiT. lie M""= Sidniiie GantrlolV.
38i HISTOIRE DE MADAME BARAT
ment suscita bientùL aux Gongrégalions. Pénétré d'une saine doctrine, invarialjle dans cet attacliement et cette docilité à Tesprit du Saint-Siège, qui ont été l'iionneur et la force de sa vie, Ms'' Parisis apportait, dans ses fréquentes instructions au Sacré-Coiur, les eaux vives d'un enseignement puisé à la source la plus pure. « J'ai la réputation d'aimer beaucoup le Sacré-Cœur, disait-il plus tard, il s'en faut bien que je m'en défende. » Cette affection lui faisait dire qu'au-dessus du Sacré-Cœur il ne voyait que le ciel. De tels éloges n'étaient pas ce qui plaisait le mieux à la mère générale. « Aussi, racontait-il, jamais elle ne m'avait dit un mot louangeur sur mes discours; mais un jour que, parlant à la maison mère, j'avais vivement insisté sur le devoir de l'humilité, elle vint me remercier avec effusion, et en me reconduisant jusque sur le seuil de la porte, elle ne se lassait pas de me remercier'. »
L'œuvre de M"'°Barat, à l'hôtel Biron, était avant tout une œuvre de prière. Elle passait un temps si long dans sa petite tribune, devant le saint Sacrement, même au cœur de l'hiver, que M. Récamier, qui la soignait comme une mère et la vénérait comme une sainte, y mettait opposition le plus qu'il pouvait. Le grand âge du docteur, ses longs services, sa vertu éminenle lui avaient donné sur elle une autorité salutaire. On rapporte qu'un jour, la supérieure, à peine relevée de maladie, s'était rendue à sa tribune pour faire son oraison, quand le méileciu, arrivant chez elle, à rinqtrovisle : « Eii bien! dit-il bru<qu«'uicnt, où est donc M"'* Barat? » La sœur
I V. Journal de Con flans, IJfô'i, p. TkS. et Cahier sur la fondation (/«• Calais, p. lîi.