‹ Histoire de Madame BaratChapitre 174 sur 311 · LE DOCTEUR RÉCAMIER · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR RÉCAMIER

se dirigeait déjà vers la chapelle pour l'aller chercher. « Ah! dit le docteur, je devine... Et cela sans ma permission ! Je vais la chercher moi-même. » Il arrive à la tribune, y trouve sa malade, et s'adressant à elle avec autorité : « Madame Barat, avec la permission de qui êtes-vous sortie de votre chambre? Retournez -y bien vite! » Ce disant, le vieillard frappait avec sa canne les marches de l'escalier, faisant le geste de conduire devant lui la sainte coupable, qui, moitié riant, moitié confuse , comme une petite fille qu'on a prise en faute, se hâta, tête basse, de rentrer chez elle. Là, il la fit asseoir près de son foyer; puis se mettant à deux genoux, devant elle, il lui dit du même ton d'autorité : « Madame Barat, maintenant vous allez me donner votre bénédiction ! » Interdite par cet ordre, l'humble mère refusa longtemps de s'y soumettre; mais voyant que le docteur ne se relevait pas, elle finit par lui dire avec vivacité, en étendant ses deux mains et détournant la tête : « Ah ! monsieur Récamier, que le bon Dieu vous bénisse M »

Le soir même on recevait un petit poêle pour la tribune, avec une provision de bois pour le chauffage. Le tout était envoyé et payé par le docteur, qui, répondant aux objections de la mère générale , lui avait dit : « Eh bien! ma mère, il y a quelqu'un ici qui n'a pas fait, comme vous, vœu de pauvreté. Laissez-lui le plaisir de se charger de cela. »

Au mois de juin de l'année 1852, la maison de Paris et M"''' Barat perdirent ce fidèle et secourablc ami, de plus de trente années. Ce fut une vive douleur pour la

1 Souvenirs de notre vénérée mère , par M"" Perdrau , p. 78.

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