LA MÈRE GOETZ AU NOVICIAT
d'entrée en religion, nous rapporte une de ses plus chères filles, j'ai trouvé en cette mère vénérée une suavité de procédés, une intelligence du cœur et un respect des âmes qui me touchèrent vivement. Son humilité était ce qui paraissait le plus; et cette humilité se découvrant davantage à mesure que les rapports intimes s'établissaient, elle ne pouvait se tenir de manifester le peu de cas qu'on devait faire d'elle. Ce n'était là cependant, chez notre mère Gœtz, que la base nécessaire à une puissance d'énergie qui étonnait, subjuguait et captivait en même temps. Cette humble religieuse, extérieurement si amoindrie, « dont la voix, « selon l'expression du prophète, ne s'entendait pas au « dehors, » avait une force d'action, et trouvait, au besoin, pour la cause de Dieu des accents d'une vigueur qui burinait en nous la ligne du devoir. L'esprit d'oraison était son esprit propre : on sentait Dieu en elle ; et combien de fois la seule apparition de sa grave et simple dignité n'a-t-elle pas rappelé, à une âme distraite, l'union avec Notre -Seigneur et la pensée de Dieu! Sa direction spirituelle portait la même empreinte de sagesse, de force et d'élévation. Elle ne voulait, disait- elle, que des saintes correctes. Quelques paroles de vie résumai'ent sa doctrine : « Cherchez « premièrement le royaume de Dieu et sa justice. — La « vie heureuse, c'est la vie parfaite, — Attendez, tôt ou « tard la vérité délivre : sachons supporter les délais du « Seigneur. — Quand le Seigneur me tuerait, j'espère- « rais en Lui. » Ces textes étaient des germes. Lorsque M'^^ Gœtz les avait déposés dans une âme, avec quelle mansuétude, quelle longanimité, n'attendait -elle pas « qu'éprise des agréments immortels de la vertu ».
l'âme, ainsi sollicitée, s'y portât sans retour! L'ordre, l'exactitude, la précision, étaient comme le cadre extérieur de la régularité dont elle avait le culte. Mais rien d'étroit cependant; et les murs de Conllans, comme son gouvernement, attestent son vaste esprit d'organisation, son profond sentiment de la convenance des choses, et môme une certaine splendeur de proportions, image des lumineux espaces de son âme. A cela, que l'on joigne une exquise sensibilité, un tact achevé, une grande finesse d'observation servie par une expressive justesse de langage; une parole presque hésitante, mais attrayante par le charme de la vérité simple : avec de telles puissances, M'"^ Gœtz établissait, non pas seulement le règne de la vertu solide, mais celui du bonheur; et le noviciat de Conllans possédait, respirait la tranquillité de l'ordre, comme saint Augustin a défini la paix du ciel môme.
jyjme gQpat avait deviné tous ces dons, et lorsque nous parlons du couronnement de son œuvre, nous plaçons eu première ligne le choix de cette digne maîtresse des novices, destinée à grandir dans la Société. Elle lui écrivait: « Votre mission, chère Joséphine, est belle et digne du sacré Cœur de Jésus. Comptez surtout sur son divin secouis. Moins vous agirez par votre action, plus le bon Maître y substituera la sienne; et nmlgré le nombre et les misères de chacune, vous verrez tout marcher avec facilité; car, (juand il s'agit des âmes, il faut raction de lùcu. Tous les éléments obéissent à riiomnie; mais le Créateur et Hédemplour s'est réservé les âmes. Sans doute, il veut se sei-vir de nous au|>rès d'elles, mais seulement comme d'instruments. Lui seul est le motiMir, l.iissons-le donc ai:ir. Taisons comme le