LA MÈRE GOETZ AU NOVICIAT
cultivateur qui défriche la terre pour rensemencer ; mais, une fois le grain semé, il n'a plus d'autre soin que celui d'arroser la plante et de la protégera »
Conflans reçut bientôt un secours considérable, par l'intérêt paternel que conçut pour cette maison le Père de Ravignan. En 1852, ayant obtenu du Cœur de Jésus la guérison subite d'une grave maladie, ce jour-là même, l®"" novembre, il vint au noviciat et dit à M"'" Gœtz : « Ma mère , il y aura désormais alliance entre nos âmes , dans l'esprit et pour la gloire du sacré Cœur de Jésus-Christ. » Il fut fidèle à ce pacte. « Vous savez, écrivait-il à son supérieur, que je vais toujours à Conflans avec plaisir, et, je crois, avec un fruit réciproque. » Et à la mère Gœtz : « Dieu m'accorde, à la fin d'une carrière que mes péchés ont rendue inutile, une consolation que je ne méritais certainement pas : celle d'entretenir quelques rapports avec la pieuse maison de Conflans et sa mère. C'est moi qui en profite , et qui dois seul vous en remercier ^ » Parfois le saint religieux ne pouvait tirer de sa poitrine affaiblie que de courtes paroles; mais sa présence seule et son aspect étaient une prédication : Totus vocalis erat, comme dit un Père de l'Église en parlant du précurseur.
Conflans entendit quelquefois, dans ce même temps, la parole d'un autre religieux, bien éloquent aussi, et qui s'appelait lui-même l'apôtre du Sacré-Cœur. C'était le Père Barrelle. «Je sens, disait- il, que j'ai reçu de Dieu une mission pour le Sacré-Cœur; il faut que je
1 Rome, 27 nov. 18o<).
2 V. Notice sur la mère Oœlz,
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l'accomplisse pour sa plus grande gloire. » Lyon et la Ferrandière, Kientzheim, Marmoulier, Saint-Joseph de Marseille, entendirent ses instructions. Il évangélisait surtout la province du Midi; mais M"* Barat avait, à son insu, obtenu du Révérend Père général de la Compagnie l'autorisation écrite d'employer l'homme de Dieu, partout où cela se pourrait, aux retraites de ses familles. Elle l'appela à Conflans. « Dans huit jours, dit une de ses lettres , je m'enfermerai à Conflans pour la retraite du Père Barrelle. Alors je n'écrirai plus, je me sépare de tout : j'aurai trop de monde à soigner. »
Le Père Barrelle était éloquent sans apprêt. Ce n'était pas la calme et correcte distinction du Père de Ravignan, portant dans son discours, comme dans sa personne, la possession de lui-même, et imprimant au langage ce cachet du beau qui était bien , chez lui, la splendeur du vrai. C'était l'impétuosité d'une àme qui ,. descendant des hauteurs de la prière, fait rouler dans les cœurs, sans nul souci de l'art, des flots de lumière , dliumilité et d'amour de Dieu. Les retraites qu'il prêchait étaient des combats, et quelle ardeur y déployait le soldat de Jésus-Christ! «Jamais, dit son historien, jamais cœurs plus généreux ne furent placés d'une main plus forte sous l'inexorable logique de la grâce et de la vocation. Jamais plus impitoyable lumière ne fut portée dans les mille détours des consciences. » Des plus hautes spéculations de la théologie, arrivant sans effort aux plus familières applications pratiques, il entrait dans le fond humain, démasquant, renversant, pulvérisant tout ce qui s'opposait à l'cnipire de Celui dont il dirait : « Jésus, notre Père du