INSTITUTION DES RETRAITES DE DAMES
la mer qui vous éclairera dans cette nuit de notre temps, et qui vous défendra des éc'ueils et du naufrage ? Non, l'enfer même ne peut rien contre les Enfants de Marie '. »
Une œuvre qui semblait le complément naturel de l'institution des Enfants de Marie, était celle des retraites pour les dames du monde. M""^ Barat s'en occupa immédiatement. « L'établissement de ces retraites, mandait-elle à Turin dès le commencement de l'année, est une chose que je désire depuis longtemps. Cette pensée vient de Dieu, et j'ai la confiance qu'il en l)énira le fruit. Nul doute que ce ne soit le moyen le plus efficace pour renouveler la haute société. Faites donc tous les sacrifices possibles pour les instituer ; et si votre clôture doit en souffrir un peu, n'en ayez pas d'inquiétude. Je vais m'occuper à on régler avec vous tout le détail; car le moment est venu, ma fille, de nous oublier et de tout souffrir pour procurer la gloire de Notre- Seigneur-. » — « Ce que je voudrais, écrivait -elle de même à quelques semaines de là, c'est que cet usage des retraités s'établît dans nos maisons, et qu'on ne craignît pas de se gêner huit jours par an, pour produire ce même fruit. Ah! quand on se donne partout tant de. souci pour perdre les âmes, ne devrions-nous pas en prendre au moins autant pour les sauver ' ! »
Elle régla donc que, chaque année, les religieuses du Sacré-Cœur, appelant dans leurs maisons un prédicateur qui fût un véritable ouvrier apostolique, inviteraient à suivre les exercices de la retraite les per-
' Voir le Recueil des lettres sur l'institution des Enfants de Marie. 2 A M""- de Limminghe; Lyon , 13 janvier 1832. T A la m^rne. Avignon, 28 février 1832.
sonnes du monde, et particulièrement les Enfants de Marie. Turin avait eu l'honneur de l'initiative; Chambéry ne tarda pas à suivre son exemple. M'"'' Barat se faisait écrire la relation de ce qui s'était passé de plus édifiant dans ces journées de grâces, et elle la communiquait à chacune de ses familles, « afin d'exciter leur émulation. » Lyon, Grenoble, Paris, puis Amiens, Beauvais, Poitiers et Niort, eurent des réunions semblables et non moins fructueuses. On ne tarda pas à voir l'usage s'en établir, s'en généraliser; et l'on ne saurait dire s'il est une autre œuvre de IM'"' Barat qui ait fait et qui fasse encore plus de bien solide que celle-là.
Le lendemain même de la première réunion préparatoire des Enfants de Marie, le 12 février 1832, ]^jme BQpat^ quittant Lyon après trois mois de séjour, se rendit à Avignon. Ses filles y étaient encore logées provisoirement dans l'hôtel du vénérable marquis de Vidaud; elle venait préparer et presser leur translation dans l'ancien couvent des Carmes qui, actuellement, servait de magasin de garance. « Cette petite famille allait bien en tout sens, » comme elle l'écrivait. Tout était donc à la joie : elle fut de courte durée.
Ce fut à Avignon que la supérieure apprit la nouvelle appréhendée depuis plus de six mois : le choléra était à Paris. « Je re(;ois à l'instant votre lettre, qui m'apprend l'apparition du Iléau, écrivit-elle le 3 avril à M""' de Gramont : comment n'être pas inquiète? Je ne vivrai plus que de cela! »
Venu des bords du Gange, le diolcra-morlnis, après avoir exercé ses ravages des rives de l'Inde aux extrémités orientales de la l^ibéric asiatique, était enlr<' on