‹ Histoire de Madame BaratChapitre 19 sur 311 · INVASION DU CHOLÉRA · texte numérisé non relu

INVASION DU CHOLÉRA

Europe en 1830. La Russie, la Bohême, la Gallicie, TAutriche, l'Ecosse, l'Angleterre, l'avaient eu tour à tour pendant l'année suivante. Enfin, au mois de mars 1832, Paris venait de se livrer aux folles joies de la micarême, lorsque le fléau s'abattit sur cette population, enivrée, depuis deux ans, d'orgueil, d'impiété et d'anarchie. Résistant à tous les remèdes, déjouant tous les calculs, allant, revenant sur ses pas, frappant sans distinction d'âge, de personne et de condition, il étendait partout sa puissance mystérieuse. Dans le même temps, à Lille, à Besançon, à Beauvais, à Amiens, le Sacré- Cœur le voyait aux portes de ses maisons. « Il va tout parcourir, surtout les grandes cités, écrivait M"^ Barat. Ah! demandez avec ferveur que le Cœur de Jésus nous protège. Mettons-nous sous la protection de Notre-Dame des Sept-Douleurs. La prière seule apaisera la colère de Dieu, justement irrité : seule, elle peut nous délivrer de ce terrible fléau*. »

Il moissonna des milliers d'hommes, et déjà, à la semaine sainte, il avait fait de Paris un immense tombeau, comme le disait cette lettre de M""- Barat : « Paris est maintenant la cité de la mort. Ah ! quand est-ce que les lamentations de Jérémie ont été chantées plus à propos que dans ces jours de tristesse? Encore, si Jérusalem coupable se convertissait! Un grand nombre de pécheurs reviennent à Dieu, sans doute, mais ce sont les particuliers, et non ceux qui gouvernent. Prions pour eux. La France ne sera sauvée que par l'humilité et par la prière; mais nous en sommes si loin! »

A quelques jours de là, M'"* Barat faisait savoir à la

1 A M-^e de Limminsrhe, 18 avril 183-2.

4t HISTOIRE DE MADAME BARAT

mère Duchesne que le plus intelligent et le plus énergique de ces gouvernants d'alors, M. Casimir Périer, se mourait du même mal. « Ah! que de calamités, ma chère Philippine; votre cousin Casimir n'en reviendra pas. Il était notre espérance; car, au moins, c'était une bonne tête. Priez pour nous, afin que nous profitions de tant de maux pour nous convertir'. » Une des dernières paroles de l'homme d'Etat mourant avait été celle-ci : « Revenez au catholicisme, ou vous êtes perdus. »

C'est dans ces jours funèbres que l'on vit éclater, chez jyjme Barat, tout ce que peut contenir de tendresse, de dévouement, de foi, le cœur d'une mère, d'une victime, d'une sainte. Sollicitant des nouvelles, et toutefois n'ouvrant plus ses lettres qu'en tremblant, elle se plaignait de vivre dans une angoisse continuelle : « Quelle attente! s'écriait-elle; que cette épreuve est longue! Quand le courroux du Ciel sera-t-il apaisé? » Dans ce but, tantôt elle-même se dévouait à l'immolation, comme à son juste partage : « Je soutïre, les émotions me brisent physiquement et moralement. Je souffre, c'est pour le mieux : cela ne m'est- il pas dû? « Tantôt elle faisait appel à la science des plus grands médecins de cette époque : le docteur Récamier, le célèbre Dupuytren, dont elle envoyait partout les consultations. Mais elle avait surtout recours au Médecin céleste. Elle mit les maisons de son Ordre sous la garde de Notre-Dame des Sept-Doulcurs; elle commanda à M""' Eugénie de Gramonl d'élever dans sa chapelle un autel à saint Roch. Elle pressait ses communautés et ses pensionnats de redoubler de ferveur. On l'éroulnit : partout la pieté

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