‹ Histoire de Madame BaratChapitre 181 sur 311 · FONDATION A ORLÉANS · texte numérisé non relu

FONDATION A ORLÉANS

ancien hospice ou maladrerie, appelée Saint- Lazare, que Gaston d'Orléans avait donnée aux Chartreux dans le xvn* siècle, avec un vaste terrain, à rentrée de la ville, dans le faubourg Bannier. Le monastère, à son tour, avait disparu en grande partie. Il n'en restait plus que la maison des hôtes, et cinq des pavillons autrefois habités par les pieux solitaires, avec un large cloître ou galerie voûtée, de plus de deux cents mètres, qui, autrefois, reliait les cellules entre elles. La chapelle conventuelle était pauvre et délabrée. Une autre église plus grande avait été commencée vers 1780, et elle sortait de terre, quand la révolution de 89 arrêta les travaux , en chassant les religieux. Il n'en restait que quelques pierres, parmi lesquelles on fut heureux de découvrir une sculpture, au millésime de 1785, portant le saint nom de Jésus et un sacré Cœur surmonté d'une croix.

La Chartreuse fut occupée, au commencement de l'année 1851, par M"^ d'Avenas. « Je ne puis assez remercier le bon Dieu, lui écrivit la mère générale, de l'intérêt qu'il inspire au digne prélat pour vous. Ah! vous aurez des croix, mais elles seront douces à porter, tant que vous aurez pour appui et conseil les amis du Sacré-Cœur. Espérons donc .que cette fondation sera pour la gloire du Cœur adorable de Jésus ^ » Et moins d'un an après, la félicitant déjà du bien opéré parmi les pensionnaires : « Vraiment leur disposition pour les choses de Dieu est touchante : je ne puis vous dire à quel point nous en sommes édifiées. Comment les maîtresses se montreraient-elles moins généreuses et moins

1 Homo, 24 avril 1831 .

fidèles que leurs enfants? Cela ne peut être, d'autant qu'elles ont toutes de bonnes qualités et beaucoup de vertu*. »

jyjme (l'Avenas, que nous voyons ici à la tête d'une maison pour la première fois, était, par certains côtés, une des grandes figures de TOrdre. Sa nature, son caractère, ses talents, son attrait, tout en elle la disposait à être la femme de l'éducation et de l'apostolat parmi les classes élevées. « Si j'étais un saint Ignace, lui disait M™® Barat, je voudrais que vous fussiez le François Xavier de la Société. Hélas! je suis loin du premier; mais vous êtes plus près du second; il n'y a qu'à le vouloir. Vous êtes jeune et vous avez du caractère; mettez -vous donc en train-. » M'"^ d'Avenas fit ainsi. Ses études, ses écrits, sa belle conversation, la grande dignité de toute sa personne, ses ressources d'esprit, lui créèrent à Paris, puis dans toute la France, et jusqu'à l'étranger, d'innombrables relations qu'avait peine à entretenir sa vaste correspondance. Maîtresse générale du pensionnat de Paris, elle n'avait pas peu aidé M'"'' de Gramont à jeter sur la maison un éclat que nous pourrions nommer européen. Mais n'est-ce pas un écucil pour une religieuse que cette efl"usion de soi-même au dehors? Le cœur de M""' Barat l'appréhendait pour cette àme qu'elle aimait maternellement, et religieusement : « Dieu seul, chère Aimée, peut remplir votre cœur. H est trop grand pour qu'un objet créé le contente. Pourtant je me plais à vous dire (}u'en Lui et pour Lui vous m'êtes chère. Et jo ne m'inquiète

* Paria, '28 ni;irs IN'IJ.

2 Knin.-. 21 st-i'l. 18i7.

MADAME AIMÉE D'AVENAS 399

guère qu'on blâme ce sentiment, pourvu que je puisse vous faire quelque bien '. »

Le bien qu'elle lui avait fait, c'avait été de la diriger, de la reprendre, de la former à ses devoirs d'état : « Puisque je peux tout vous dire, ma chère Aimée, lui écrivait -elle , vous avez des qualités essentielles à une maîtresse générale, pour la surveillance et le solide de l'éducation. Mais ce qu'il faut pour attirer les parents et les enfants, c'est s'en occuper, s'oublier, par conséquent être toute à ses élèves, depuis le matin jusqu'au soir; entrer dans tout ce qui les concerne pour l'âme et pour le corps; les écouter avec intérêt, les consoler, les encourager; enfin leur sacrifier tout, excepté notre âme; devenir, pour leur être utile, douce, patiente, indulgente, mère enfin; mais mère plus raisonnable que celles dont nous devons réparer les défauts. Faites votre examen, ma fille; est-ce de la sorte que vous remplissez votre charge^? » Ainsi formée, M"'®d'Avenas fut une supérieure admirable dont le nom vit encore dans le cœur de toutes celles qui l'ont connue. Au sein d'une vie dont on se disputait les instants, elle sut rester fidèlement unie de cœur à Jésus-Christ, selon ces règles de conduite qu'elle s'était tracées : « Vie cachée et intérieure, vous serez ma première affaire dans ce monde. Oui, Jésus, je préfère l'oubli dans la Société aux amitiés du monde, même les plus flatteuses, même les plus fidèles. — 0 Seigneur, je me vends à vous comme esclave pour trois deniers : mon pardon, votre amour et ma persévérance. Si cela est trop cher,

t Paris, 28 juin 1847, 2 Rome, 20 avril 1843

prenez-moi pour rien ; mais que je sois à vous '. » ]^jme Barat aspirait à visiter la Chartreuse d'Orléans et sa supérieure. « Afin de m'encourager à porter tant de fatigues, lui écrivait- elle, je pense d'abord au ciel, qu'il faudra sans doute attendre dans un long purgatoire, puis aux Chartreux, où je trouverai quelques instants de calme ^ »

Elle y vint peu après, et n'y resta que peu de jours; mais ces jours furent remplis de consolations. « Combien les souvenirs que j'ai remportés de votre petite fondation sont doux à mon cœur! Ah! ma fille, je n'en doute pas, Jésus la bénira. Vous attirerez sa protection, je ne dis pas assez, sa prédilection. Déjà le divin Maître a beaucoup fait en vous et par vous. Que ne fera-t-il pas encore, puisque vous ne voulez et que vous ne cherchez que Lui^ ! »

Un autre lieu de prière dut au Sacré-Cœur de retrouver son ancienne vie. Près d'Agen, à Layrac, s'élevait une abbaye bénédictine , dont l'origine remontait au xi^ siècle, et qui devait sa fondation à Pierre de Cluny. Le vieil édifice avait beaucoup souffert des injures du temps et de la main des hommes, mais il en restait de beaux débris. Une église romane, surmontée d'une tour, devenue maintenant église paroissiale, renfermait dans son enceinte d'antiques peintures murales, et un magnifique autel avec six colonnes de marbre blanc d'Italie. L'ancien monastère n'offrait guère (ju'une suite de petites pièces voûtées, basses, ne recevant le jour que par d'étroites fenêtres ménagées

« Ni. lie- ii.'Tiol()gii|iie. lyllr. nuuuelUs, IWW-IHTI , \k 91».

2 Paris, 11 iiiiii l,S.;j.

3 l'o.ris, 17 ar.ûl 1852.

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