FONDATION A MOULINS
lentement; c'est ce qu'il nous faut, car nous n'avons encore personne à lui donner. Tout s'annonce bien, mais j'espère que la croix s'y trouvera : nous ne pouvons être bénies que par elle. Il est vrai qu'on l'appelle Belle; elle le sera toujours pour nous^ »
En arrivant à Moulins, les religieuses, par ordre de M^ l'évêque, allèrent prier dans l'ancienne chapelle du monastère qui vit les derniers jours de M""^ de Chantai, et où, selon le récit de la mère de Chaugy, « les ailes de la colombe qui s'élançait vers les contrées éternelles furent plus fortes pour l'emporter, que les puissances que l'on employait pour la retenir sur la terre. » Le 3 juin, Jésus vint se fixer dans la petite chapelle de Belle-Croix, pendant que, dans la ville même. Monseigneur consacrait une nouvelle et magnifique église au Sacré-Cœur. Ces religieux souvenirs et ces espérances rendaient cette oeuvre précieuse à la mère générale, comme elle l'écrivait à M™° Coppens : « Vous comprenez, ma chère Henriette, avec quel empressement je reçois les détails que vous me donnez sur cette fondation, qui me sourit plus que toutes les autres. » Et ailleurs : « Cette fondation inspire de l'intérêt à tout le monde. Espérons que cette disposition vient du divin Cœur de Jésus, qui, le premier, veut bien agréer nos petits travaux, pour procurer sa gloire dans ce pays. Tout ce qui vient de la Belle-Croix plaît et intéresse ^ »
Le Sacré-Cœur possédait trois maisons en Bretagne : celles de Nantes, de Quimper et de Rennes; une quatrième était demandée à Saint- Brieuc par l'évêque de
1 A M""= d'Avenas, 29 mars 1853.
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iOi HISTOIRE DE ItfADAME BARAT
cette ville, M'^' Lemée, qui proposait, à cet effet, l'établissement occupé par l'école libre de Saint-Charles. Le Sacré-Cœur s'y installa à la fin de l'année 1854, et le pensionnat y donna, dès les commencements, de belles promesses : « Dites à vos enfants, écrivait M'"'' Barat à la supérieure M'"" de Kérouartz, que je m'aperçois déjà avec consolation qu'elles ont pris l'esprit du Sacré- Cœur, au moins par leurs désirs et leurs sentiments. La pratique suivra bientôt, je n'en doute pas. » Et dans une autre lettre : (<■ Je ne perds pas de vue, ou plutôt de cœur, ma petite fondation de Saint-Brieuc. Combien de fois je me suis surprise à voyager de ce côté ! c'était au moins de désir. Mais, si Dieu me prête vie, j'espère que ce sera réellement que j'y porterai mes pas'. »
Cependant M"'" Barat avait dirigé ses vues vers un autre point. A peine M^ Parisis, ce conseiller si sûr de la Société, avait-il été transféré sur le siège d'Arras, qu'il s'était adressé à la mère générale pour obtenir d'elle une colonie destinée à « féconder les plages doublement désolées et stériles du Pas-de-Calais », rapporte le récit de la fondation. Les villes de Boulogne et de Calais présentant peu de chances de prospérité à l'établissement, on acquit, tout près de cette dernière ville, à Saint-Pierre-lès-Calais, et sur la route de Boulogne , environ onze hectares d'un terrain qui longtemps avait servi de Ihéùtre aux plaisirs populaires. On l'appelait Vauxhall. C'était en grande partie une plaine caillouteuse, près de laquelle une maisonnette sortait d'une touffe d'arbres, et s'élevait à côté d'un jardin potagei- qui en faisait la seule richesse, t'nc colonie y futfon-
1 l'aris, 2'J nov. Iy.it, l.'l junv. ls;i;i, i acinl ItCiîi.
FONDATION A SAINT- PIERRE -LÈS -CALAIS i05
duite par la mère Dûment. Le 28 octobre 18S4, Notre- Seigneur vint résider pour la première fois dans une chapelle provisoire. On se mit à bâtir. M^'' Parisis bénit la première pierre, et fit à la paroisse un discours qui commença par réloge de la femme forte, pour se terminer par celui de la Société et de la mère Barat. La première œuvre établie parle Sacré-Cœur fut l'école des pauvres. Elle s'ouvrit dans le mois de mai 1855, et se remplit bientôt des enfants des fabriques, jusqu'alors déshérités de la parole de Dieu. « Vous serez. Mesdames, disait le curé de Saint-Pierre à ses nouvelles religieuses, vous serez un plant de lis au milieu des épines, ou un champ de roses plantées dans un désert aride. » Le pensionnat commença aussi à produire des fruits de salut. Il ne manquait plus à ce lieu qu'une bénédiction : la visite, promise dès lors et vivement attendue, de M""® Barat *.
La plus étonnée du succès de ces travaux et de ces fondations était la mère générale. Les novices l'entendaient s'écrier parfois : « 0 mon Dieu! comment se fait-il que vous nous appeliez ainsi de tous côtés, en France, en Allemagne, en Angleterre, partout, tandis que les ouvrières sont si rares, si petites? Accordeznous des vertus qui puissent y suppléer. »
L'Allemagne surtout l'attirait : elle avait des élans de zèle vers ce pays qui avait donné au Cœur de Jésus des amantes telles que sainte Hildegarde , sainte Mechtilde, sainte Gertrude, sainte Elisabeth; et elle écrivait : « Comme cette Allemagne parle au cœurî Quel bien la Société pourra y faire, si nous sommes ce que
1 R dation de la fondation de Saint-Pierre-lès-Calais. — Cah. in-folio.
Jésus veut' ! » En conséquence, elle se montra disposée à y planter les lentes d'Israël, ainsi qu elle s'exprimait. La ville d'Aix-la-Chapelle lui avait envoyé une députation, à la tête de laquelle était le baron de Lommessem, catholique dévoué , dont la fille n'attendait que ce moment pour se consacrer au Sacré-Cœur, Il est vrai que les ombrages du gouvernement prussien contre un Ordre de Jésuitesses, et de Jésuitesses françaises, comme on les désignait, semblaient insurmontables. L'obstacle fut tourné. Près des provinces rhénanes, mais sur le sol hollandais , dans la petite ville de Vaals, le baron de Lommessem acquit, pour le Sacré- Cœur, un domaine qui portait le nom de Blumenthal, c'est-à-dire Vallée des fleurs. Placée sur la double frontière de la Prusse rhénane et des Pays-Bas, cette maison devait être facilement accessible aux familles catholiques de l'un et l'autre État. L'évèque de Ruremonde, M^"" Paredis, et l'évèque de Munster, M^ Millier, la prirent également sous leur protection ; et dès le commencement de 1848, la mère Barat y envoya M"*® Gertrude de Brou , une des plus dignes religieuses de sa Société.
M'"" Jeanne de Brou , qui prit le nom de Gertrude en entrant en religion, était de la ville de Louvain. Son premier stage dans la vie religieuse s'était fait à Dooresele, puis à Audenarde, parmi les dames belges de l Instruction chrétienne, comme on appelait encore les anciennes filles séparées de M'"° Barat. l-^lle s'était ensuite donnée au Sacré-Cœur, et avait reçu l'habit au noviciat de Montet, en la fête de l'apùlre saint Jean,
I A M"" r.arabis. :tn juin 18.n.3.