SES ALAUMES DURANT LE FLÉAU
était grande. Elle était ardente surtout dans la maison de Paris; et le Père Druilhet, l'ayant visitée à cette époque, en prit le sujet de dire aux religieuses: « Ne craignez rien, mes chères sœurs, vous glorifiez le sacré Cœur, le sacré Cœur vous protégera. Votre porte est marquée avec le sang de TAgneau : l'ange exterminateur ne vous frappera pas^ »
En effet, depuis un mois d'une mortalité sans exemple, on s'étonnait de voir que, seul de tout le quartier, le Sacré-Cœur échappât à la contagion. « Le Gros-Caillou est à moitié dépeuplé, écrivait M'"" Barat, mais nos sœurs sont restées intactes jusqu'ici, quand tout tombe autour d'elles. »
Elle ne fut pas ingrate. En ce temps-là, « la charité eut son jour de bataille, » comme s'exprime Fénelon, et M™® Barat fut une des premières à répondre à l'appel de l'Eglise et de ses chefs.
Aux premières atteintes du mal qui décimait son troupeau, M*'"' de Quélen écrivit en ces termes aux curés de Paris : « Soyons miséricordieux comme notre Père céleste, qui fait lever son soleil sur les méchants et les bons, voilà toute ma politique; c'est celle de saint Vincent de Paul, qui, au sein des factions qui déchiraient son pays, répondait à ceux qui l'interrogeaient sur ses opinions : « Je suis pour Dieu et pour les « pauvres"-. » Alors l'archevêque , qui, depuis 1830, n'avait pas osé se montrer publiquement , sortit du Sacré-Cœur, et reparut parmi son peuple. A la tète de son clergé, on le vit parcourir les quartiers les plus
1 Journal de la maison de Paris, par M'"" d'Avenas.
2 Vie do il/S'' de Quélen. par le baron Henrion , p. 2\\.
éprouvés, visiter les hôpitaux, organiser les ambulances, et procurer aux cholériques les secours de sa charité comme ceux de son ministère. Il fit plus : le 23 avril parut un mandement annonçant qu'il adoptait les pauvres orphelins et orphelines que le fléau multipliait chaque jour par centaines dans son diocèse. « Je suis Joseph, votre frère! disait-il dans cette lettre, ne' craignez point et ne vous troublez point de ce qui est arrivé, c'est par la volonté de Dieu. Il a changé en bien le mal qu'on a voulu me faire, afin de se servir de moi pour en sauver plusieurs. »
Le 27 avril, M"'° Barat venait de lire ce mandement qu'elle trouvait « digne de saint Chrysostome , de Belzunce, de saint Vincent de Paul » ; et le cœur tout embrasé de ces généreuses paroles, elle avait communié, quand, descendant de la Table sainte, elle eut une inspiration dont elle fit part aussitôt à M"'° de Gramont : « Ce matin, ma fille, il m'est venu une pensée dans mon action de grâces... Ce serait de recueillir douze à quinze petites orphelines du choléra, qui seraient logées, nourries , vêtues chez nous à nos frais , et avec le concours de nos pensionnaires. Quelle belle œuvre en ce moment M » Le lendemain elle insista de nouveau sur ce sujet : « J'ai encore rêvé à nos orphelines; si vous pouvez les adopter, que je serai donc contente! Il me semble que nous serions toutes protégées par elles : cette œuvre nous garderait. »
Le projet, communiqué à la communauté et au pensionnat de riiôtcl Biron, y fut accueilli comme une pensée venue de Dieu : « J'en ai pleuré de joie, » ré-
1 Avigruni. 27 ;ivril 1S32.