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GRANDS ACCROISSEMENTS EN AMÉRIQUE

genre de vie tout exceptionnel, la fréquence de ces migrations, enfin l'éloignement des autres résidences, ne relâchassent les liens de la dépendance religieuse, et n'altérassent chez ses filles Tesprit de l'Institut. Mais la prière des Indiens transmise par la mère Mathevon fut tellement pressante que M""® Barat céda; et le 9 septembre 1848 les religieuses arrivaient à la station de Sainte- Marie, près Westpart, oii bientôt la mère générale leur envoya des secours et de nouvelles recrues.

Le choix que M"'® Barat avait fait de la supérieure vicaire de cette région de l'Ouest, montrait assez par lui-même dans quel esprit de simplicité et d'humilité religieuse elle voulait maintenir sa Société en Amérique.

En 1828 s'était présentée, au noviciat de Paris, une postulante anglaise nommée Maria Cutts. Elle avait dix-sept ans. Née dans le protestantisme, en la ville de Longborough, au comté de Leicester, elle était entrée depuis un an environ dans la foi véritable, et, pleine de reconnaissance pour le Dieu qui l'avait appelée de si loin, elle venait au Sacré-Cœur pour se consacrer à Lui comme sœur coadjutrice. Mais, sous l'humilité de cette sœur novice, la mère Barat avait promptement distingué un esprit bien au-dessus de sa condition; et, profitant de la dispersion du noviciat en 1830, elle l'envoya à Beauvais, mais en l'élevant au .rang de novice de chœur. Cette promotion affligea Marie : il fallut la menacer de ne pas l'admettre aux vœux pour la faire consentir à cette élévation. Plus humble, plus cachée et plus sacrifiée dans son nouvel état que dans le précédent, elle eut à peine fait profession à Paris,

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en 1836, qu'elle aspira aux missions ^ La mère générale comprenait trop le prix de ces vertus modestes pour les mettre en péril en les exaltant. Elle la traitait encore comme une petite servante; et telle est, par exemple, la lettre qu'elle lui écrivit, en l'envoyant comme supérieure à la maison du Grand-Coteau : « Que vous êtes heureuse, chère Marie, d'avoir été choisie pour ces contrées , de préférence à tant d'autres qui le demandent depuis longtemps, avec plus de talents et de vertus que vous ! C'est un motif de plus, ma fille, pour travailler de toute votre âme à acquérir ce qui vous manque encore; et si vous ne portez pas de grands talents dans la mission qui vous eet confiée, au moins dédommagez-la, en lui consacrant une foi vive, une obéissance parfaite et un dévouement qui ne se démente jamais. Jésus se consumant pour la gloire de son Père et le salut des âmes : voilà votre modèle. Ne cherchez que ce but, en Amérique, par vos petits travaux ^

L'autre Vicairie, celle du Nord -Est, comptait, en 1853, huit établissements. Elle avait eu d'abord son noviciat près de New- York, dans l'île d'Astoria, ainsi que nous l'avons vu. Mais en 1847, M""' Barat, de concert avec M*^ Hugues, archevêque de New-York, transféra, au sein d'une belle propriété appelée Manhattanville, admirablement située entre deux bras de nier, cette pépinière (jui devait multiplier au centuple les ressources du Sacre- Cœur dans les Etats-Unis. Plus haut, dans le Canada, une partie l\o la communauté et du

1 V. tiVc. ilfs di-fiiiilfsA. III, |.. il'J.

2 C.lianib.Ty, IC. oct. 1H3C..

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pensionnat établis à Saint -Jacques avait été transportée, le 6 août 1846, à Saint-Vincent, dans l'île Jésus, d'oi^i elle fut reportée en grande partie eiii Sault-au-Récollet, plus proche de Montréal. Il en fut de même du pensionnat primitif de Mac-Sherry's-Town ; après s'être transféré à Philadelphie, en 1846, il se fixa, l'année suivante, dans un grand domaine de quatre-vingt-quinze arpents, dont la richesse justifie son nom de Eden-Hall. Chaque année voyait surgir de nouveaux établissements. En 1849, la ville d'Halifax, en Nouvelle-Ecosse ^ celle de Buffalo, sur le lac Erié, reçurent chacune une colonie^; tandis qu'au cœur même de la ville de New- York s'ouvraient tour à tour un externat, des écoles gratuites, des ouvroirs, de pieuses associations qui portèrent à plus de mille le nombre des âmes élevées, instruites, dirigées, secourues par le Sacré-Cœur ou ses auxiliaires. En 1830, la ville an Détroit, dans la région des Lacs, dut successivement à la générosité de la famille Beaubien la fondation d'un pensionnat, d'un orphelinat, puis d'un externat, où l'on distribuait à plus de cinq cents enfants l'éducation du Sacré-Cœur. L'année 1852 fut plus féconde encore. W" de Charbonnel, évêque de Toronto, neveu de la digne mère assistante de ce nom, sollicita "çiowv Sandroich un établissement qui dût ensuite se porter à London; M^ Jean Mac-Closkey, aujourd'hui archevêque de New- York et cardinal, appela à Albany un pensionnat, qui , bientôt transplanté à Kemoood , y prit plus d'extension. Enfin, dans le Nouveau -Brunswick, un

1 La maison de BulTalo fut transférée à Rochesler quelques années après.

AU HISTOIRK DE MADAMK BAHAT

ancien bienfaiLeur de la Société, AP" Gonnoly, ayant obtenu du sacré Cœur de Jésus la cessation du ciioléra dans son diocèse, voulut par reconnaissance y appeler les religieuses qui en portaient le nom: a\ns\ Saint- Jeannew-Brunsîvick reçut, en septembre 1854, une première colonie destinée à produire de grands fruits dans ce peuple presque entièrement d'origine irlandaise.

Celte vaste vicairie était confiée à M""^ Aloysia Hardey, aujourd'hui assistante générale du Sacré-Cœur, et une des premières filles de M"*" Aude. Bien souvent lyjme BapQt 1,^^ exprima son désir d'aller elle-même visiter ces champs où blanchissait une si riche moisson. Elle lui écrivait : « Ah! s'il m'était donné de pouvoir m'embarquer et de passer quelques mois avec vous, je mourrais contente ensuite! Dans ma jeunesse, je l'ai quelquefois espéré ; mais maintenant il n'y a plus guère d'apparence... Du moins mon cœur sera-t-il souvent avec vous; surtout il s'occupera de vous devant Notre- Seigneur'. » C'était elle, en eiïet, qui, par sa correspondance, ne cessait de donner la direction à celte grande colonie du Sacré-Cœur, (jui liMidait à devenir presque aussi florissante que la mère pairie.

D'abord M""*" Barat assignait à ces missions leur but surnaturel, indiquant les moyens à prendre pour unir le zèle à l'esprit intérieur qu'elle n'en sépare jamais : « Je voudrais si ardemnienl, éci-ivait-elio à la sup»*rieure vicaire, que la Société se consolidât en Am/'rique, qu'elle se fondât dans le vrai esprit religieux, esprit cependant qui n'oiïarouche personne; car, chez vous, il faut attirer par les rharmes d'une voitu aimnbl.',

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et qui n'ait rien d'austère. Pourtant nous devons l'être au moins intérieurement. Quelle profonde humilité il nous faut, fondée sur l'esprit intérieur, sans lequel nous ne produirons aucun fruit de vie*. » — « C'est une expérience palpable pour moi, que nous ne faisons de fruit dans les âmes qu'autant que l'instrument est uni au principe de la grâce ^. »

Désireuse d'établir une parfaite unité d'esprit et de cœur entre l'Ancien et le Nouveau Monde, elle proposait ce moyen pour y parvenir : « Une pensée m'est venue et revenue souvent. Si vous trouviez, ma fille, une très-bonne occasion, et que vous eussiez à disposer de deux novices qui auraient les talents et les qualités pour exercer, dans la suite, les premières charges, ce serait un avantage de nous les envoyer à Paris ou à Rome faire leur noviciat. Nous vous les rendrions fidèlement après. Les liens déjà si intimes qui nous unissent deviendraient plus forts encore, et ainsi se perpétuerait notre esprit, qui doit être le même partout, quand même nous devrions être dans tout l'univers ^ »

Elle rappelait aussi les principes généraux qui devaient présider à l'éducation : « Pour le fond , recherchez le solide, l'essentiel. Que sont les sciences, les arts, auprès des vertus que nous devons inculquer aux enfants? Du sable, de la poussière que le vent emporte. Et lors même d'ailleurs que nous n'aurions pas à considérer le plus grand des intérêts, l'unique, le salut de l'âme, les gens les plus superficiels eux-mêmes préféreront toujours une femme modeste, laborieuse,

1 Rome , 1" mars 1840.

2 Paris, 24 mai 1843.

3 Rome, 26 fév 1838. H.. 1(i mai 1839.

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attachée à ses devoirs, à une merveilleuse qui n'aimera que la vanité et les plaisirs du mondée »

Cependant celle qui avait préparé en Amérique l'admirable moisson que nous venons de décrire , était allée en recevoir la récompense : « Je n'ai jamais eu personnellement de succès, disait M""' Duchesne, mais Dieu me faiUa grâce de jouir des succès des autres. » Une de ses consolations fut de voir triompher, dans les deux hémisphères, le culte du Cœur de Jésus, dont elle avait été un des plus vaillants apôtres, comme le témoigne cette lettre de M""" Barat : « Chère et bonne mère Duchesne, lui écrivait- elle le 16 février 1852, la dévotion au Sacré -Cœur s'accroît et se répand dans presque toutes les parties du monde... Ah! s'il nous venait des âmes aussi zélées et aussi dégagées que celles qui ont envahi les pays où vous êtes, les fondations seraient faciles. Priez donc, chère et si bonne mère, avec instance et ferveur, afin que le divin Maître ait égard aux besoins des âmes qui nous réclament. 11 vous exaucera, j'en suis sûre, vous, ma vieille fille, qui avez si bien compris le prix des âmes, et qui n'avez reculé devant aucun obstacle lorsque Jésus vous a appelée à les secourir. »

Ce fut la dernière lettre que la mère Duchesne cpniriiB reçut de M""" Barat. Dans cette même année 1852, se sentant prise d'une fièvre violente et d'un délire dont elle craignait les conséquences, elle envoya ses adieux à la mère générale. Elle lui écrivit encore, le 17 août : « Ma révérende et chère mère , selon toutes les apparences, c'est la dernière fois que jo vous écris. Hier.

1 Home, 18 avril 184.">. //., IC. mai 1839.

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