MORT DE LA MÈRE DUCIIESNE
j'ai reçu les derniers sacrements. Les égarements d'esprit que j'avais éprouvés ne venaient que d'une forte fièvre, avec laquelle j'allais toujours. Je ne sais à présent quand arrivera ma fin. Dieu me fera peut-être attendre le bonheur de le voir. Je viens encore une fois me mettre à vos pieds, vous demander mes pardons, et vous assurer de mon profond respect. »
Cette bienheureuse fin arriva au milieu de novembre. N'aspirant plus sur la terre qu'au bonheur de la communion, la sainte missionnaire, suffoquée par la toux, ne voulait prendre aucun breuvage , pour n'être pas privée de cet unique trésor. De plus en plus amoureuse de la pauvreté, elle refusait tout adoucissement à sa vie pénitente, et, le soir même de sa mort, elle se plaignit qu'à son insu on eût allumé un peu de feu dans sa cellule. « Vous feriez mieux, disait-elle à la mère Hamilton, de vous mettre à genoux et de réciter un Pater et un Ave pour le bien de mon âme. » On lui fit savoir que la communauté était en prière pour elle, dans la pièce voisine : « Ah! dit-elle, que je suis heureuse de mourir dans une maison oii règne la charité! » C'était le 18 novembre. Elle reçut le saint viatique : « Jésus, Marie, Joseph! je vous donne mon cœur, mon esprit et ma vie! » disait-elle avec une admirable ferveur. Puis e'ie répétait, dans son impatience : « Venez, Seigneur Jésus! ne tardez pas; venez me prendre! » Vers midi, elle s'endormit, et entra doucement dans ce Midi éternel dont parle saint Augustin. Elle avait alors quatre-vingtquatre ans d'âge, quarante-huit de religion, trentequatre d'apostolat dans les missions d'Amérique.
Nous avons déjà vu quelles fondations germèrent, pour ainsi dire, de la tombe de M""® Duchesne. Sur le
lia HISTOIRE DE MADAME BAKAT
sol OÙ elle avait, elle et ses quatre compagnes, débarqué si obscurément, en 1818, elle laissait aujourd'hui plus de trois cents religieuses d'Amérique, engagées dans la Société. Les États étaient couverts de ses établissements; et le drapeau du Sacré-Cœur, comme celui de l'Union, pouvait présenter une pléiade d'étoiles, destinées à former devant Dieu et les hommes l'immortelle couronne de cette héroïque femme.
Et cependant son ambition s'était portée encore au delà. Presque au lendemain de son arrivée en Louisiane, jyjme Duchesne écrivait : « Si Dieu veut me laisser sur la terre, il me semble que je j)Ourrais encore mettre le pied dans l'Amérique méridionale, ou à Lima, sous la protection de sainte Rose, ma patronne, ou à Carlhagène, sous celle du Père Claver'. » Ce qu'elle n'avait pu faire, une autre allait l'accomplir; et il lui fut donné, près de sa dernière heure, de bénir celle que Dieu avait destinée à ce nouveau dessein.
Peu de semaines avant sa mort. M""" Duchesne avait reçu la visite de la mère Cuits et d'une autre religieuse, la mère du Rousier, que M'"" Barat avait envoyée d'Europe pour visiter ces contrées. La mère Duchesne lui demanda sa bénédiction, comme à la représentante de sa première mère, puis elle la bénit elle-même à son tour. C'était cette nouvelle venue qui, l'éalisant ses vœux, allait porter le Sacré-Cœur dans l'Amérique du Sud.
W" Raphaël Valdivieso, archevêque de Santiago, appela la Société dans le Chili. « Celle partie de l'Amérique, écrivait plus lard la mère générale à
' A la iniTC 'rii.Ti^so , 13 juin IH2I.