LE SACRÉ -COEUR AU CHILI
M*"^ du Rousier, ne devait- elle pas aussi posséder un Sacré-Cœur? Ah! si nous sommes fidèles, espérons que le Cœur de Jésus se dilatera aussi , dans ces belles contrées de l'univers... Comme nous allons prier pour la mission dont vous êtes chargée! Que de travaux elle exisre ! Mais Jésus est le centre de tout. Il sera votre soutien'! »
Ce ne fut pas sans de graves périls que M"''' du Rousier, partie de New-York au mois d'août 1853, put traverser à dos de mules les sentiers, alors semés de précipices, de l'isthme de Panama. On arriva enfin à Santiago, le 14 septembre, fêle de l'ExaUation de la sainte Croix. Quelque temps après, le Sacré-Cœur y possédait un pensionnat, une école normale d'institutrices, un orphelinat, un externat gratuit, une Congrégation d'Enfants de Marie et de sainte Anne. C'était de là que l'action apostolique de la Société allait répandre l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le Chili, et, par la suite, dans toute cette vaste moitié du Nouveau Monde.
Tels furent les fruila divins de la persécution , comme nous les appelions au titre de ce livre; telles furent les compensations miséricordieuses du Cœur de Jésus aux proscriptions iniques que nous avons décrites. Il est même à remarquer que la religieuse qui venait d'aller ouvrir au Sacré-Cœur l'Amérique du Sud, était la même mère qu'on avait odieusement insultée à Turin, bafouée jusque sur le théâtre, et chassée de la ville. Ainsi se justifiait et se justifie encore ce qu'écrivait Fénelon : « Lorsque vous voyez, disait le grand arche-
1 Paris, 4 août. 1854. •
iîH HISTOIRE DE MADAME BARAT
vêque, des régions immenses qui s'ouvrent loul à coup, un nouveau monde inconnu à l'ancien, et plus grand que lui, gardez-vous bien de croire qu'une si prodigieuse découverte ne soit due qu'à l'audace des hommes. L'homme s'agite, mais Dieu le mène; et tandis que chez nous les ténèbres s'épaississent, la foi catholique , plantée dans l'Amérique malgré tant d'orages, ne cesse d'y porter des fruits ^ »
Cette œuvre, pour M"'^ Barat, fut une œuvre d'humilité. « Le divin Maître, écrivait- elle à M"'' Hardey, daigne bénir la Société, et les fondations paraissent devoir prospérer, grâce à la bonté divine, qui veut bien se servir de si pauvres et de si indignes instruments pour procurer la gloire de son divin Cœur... Ah! si par orgueil nous allions chercher notre gloire personnelle, (jue nous serions coupables! Loin de vous et de moi, ma fille, un tel larcin! ITâtons-nous de tout donner, de tout sacrifiera » Or, l'humilité, est une puissance conquérante. Ceux qui ont l'expérience de la conduite de Dieu ne s'y méprennent point; et un jour qu'au Sacré-Cœur de Nancy on parlait de ces accroissements de la Société devant un prêtre qui ne connaissait pas personnellement M'"*' Barat, il se contenta de répondre : « Pour que votre Ordre ait eu une extension si prompte et si considérable , il faut que vous ayez une fondatrice bien humble : je ne me l'explique que comme cela^ »
» Fén<-lon, yormon pour la IlIo de rÉiiipluinio, i" pninl el l;i Im.
2 Paris, i:; juin IS'il.
3 M. l'abbé Gridel , vicaire gi^m'ral de Nancy.