‹ Histoire de Madame BaratChapitre 193 sur 311 · MORT DE SES ANCIENNES COMPAGNES · texte numérisé non relu

MORT DE SES ANCIENNES COMPAGNES

La maison mère est transférée aux Feuillantines. — Maladie et guérison de la mère Desmarquest. — Installation aux Feuillantines. — Proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception. — M"" Barat consacre sa Société à Marie immaculée. — Dernières visites de M™^ Barat; voyage à Kienlzheim; ses instructions. — Son retour par Metz. — Elle apprend les ravages de la fièvre jaune parmi ses filles d'Amérique. — Sa douleur. — Les saintes morts. — La Louisiane est reconstituée. — La question de l'inspection séculière à Chambéry. — Le pensionnat est fermé pendant quatre ans. — Fondation à Angoulême, à Saint- Ferréol, près Besançon. — Voyage de M™' Barat à Riedenbourg. — Vénération dont elle est l'objet. — Retour par Kientzheim. — Elle y apprend la mort de la mère de Charbonnel. — Mort de M"<^ Emilie Giraud. — Voyage à Saint-Pierre-lès-Calais ; visite de Me^ Parisis. — Retour par Lille; vénération des enfants. — Mort de la mère Thérèse Maillucheau. — Dernier voyage à la Ferrandière. — Fin de ses voyages.

Depuis que la maison mère, quittant la rue Monsieur, s'était transférée à Vho[e\ Hit^ou, elle y avait

perdu le recueillement nécessaire à un lieu de retraite. Le voisinage du pensionnat y attirait des visites dont la mère générale était importunée : « Etre sans cesse au dehors, quand on chérit la solitude, écrivait -elle; parler continuellement, quand on voudrait se taire; avoir un contact fréquent avec le monde, quand on le redoute au dernier point : voilà ma vie. Qu'elle serait pénible, si Dieu ne le voulait ainsi'! » Elle se plaignait, en outre, que le flot toujours grossissant des pensionnaires ne laissait plus de place aux religieuses composant la communauté : « Notre maison ressemble à un hôtel garni en temps de foire, disait-elle... C'est à ne plus savoir où loger les nôtres. Non, jamais, depuis que j'existe, je ne fus témoin d'un pareil spectacle ^.. »

Ce fut dans le but d'obvier à cet envahissement et à cet encombrement, qu'en avril 18o4 la supérieure acquit l'es restes de l'ancien couvent des F'euillantines, dans la rue Saint-Jacques. Séparée de la rue par une longue impasse et une cour d'entrée fermée par de hautes murailles, cette demeure tranquille lui sembla propre à devenir la maison mère de l'Ordre et le domicile de la Probation, que dirigeait, à Conllans, la mère Desmarquest.

Après M'"" Barat, peu d'autres possédaient l'art du maniement des âmes comme la mère Desmarquest ; mais maintenant elle avait soixante - (juatorze ans, et ses infirmités lui faisaient désirer le repos éternel. Toutefois, du fond de l'exil, M. l'abbé Trébuqucl, resté fidèle à son àmc, lui écrivait âo ne pa? fh-scrlcrle ser-

' A M (I.- Liiiiniiii>:lic, J jnillol I.S."i'J, ol à M"" i.in. de Houchauil,

r. ocl. Is.i2.

^ Pî.ris, 2;; orl. Is*;.;.

GUÉRISON DE LA MÈKE DESMARQUEST 433

vice des âmes : « Quelquefois, disait-il, sentant le poids de l'âge dont les misères vous retiennent dans votre cellule, vous êtes tentée, peut-être, de dire avec saint Paul : « Qui me délivrera de ce corps de mort? » Mais, bonne mère, votre patience à supporter cette croix sera comme le parfum que Madeleine répandit sur les pieds du Sauveur, et dont toute la maison fut embaumée. La solitude de Gonflans sera de même parfumée par votre douce résignation, votre imperturbable sérénité d'âme, votre soumission parfaite à la volonté de Dieu, et votre continuelle union à Lui dans cette prière de l'esprit et du cœur que rien ne vient interrompre*. »

Cependant, au printemps de 1854, l'état de la santé de M"*^ Desmarquest empira tellement que, le 21 avril, on crut urgent de lui conférer l'Extrême- Onction. A cette nouvelle. M™® Barat, quoique elle-même souffrante d'une chute qui lui enlevait l'usage d'un de ses bras, se fit conduire à Gonflans, auprès de sa chère malade. Assise à son chevet, pendant trois quarts d'heure elle ne cessa de la contempler dans un silence douloureux, sans que celle-ci donnât le moindre signe de connaissance. Soudain la mère générale se lève vivement, comme sous le coup d'une céleste inspiration, et se rend à la chapelle. Là, se croyant seule, on l'entendait répéter : « Mon Dieu, rendez-la-moi! Mon Dieu, laissez-lamoi!... Mon Dieu, il nous la faut! » Lorsque après dix minutes elle reparut en présence de la communauté, rassemblée sur son passage : « Rassurez -vous, mes bonnes filles, dit-elle, ayez confiance, le bon Dieu vous

1 Froslulorf, 18 janv. 1854.

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