‹ Histoire de Madame BaratChapitre 195 sur 311 · TRANSLATION AUX FEUILLANTINES · texte numérisé non relu

TRANSLATION AUX FEUILLANTINES

nous trouverons toujours le bonheur. Savez-vous pourquoi? C'est que Jésus-Christ, en épuisant cette coupe, en a fait pour nous le calice du salut. » Le 28 août, elle revint encore leur annoncer le départ de leurs premières mères pour la nouvelle demeure , et elle ajouta : « Quand j'aurai travaillé au milieu des épines, c'est à Conflans que je viendrai cueillir quelques fleurs... Allons, mes filles, courage, générosité, esprit de sacrifice. Ainsi trouverons-nous le vrai bonheur. Et, à la mort, qu'il sera doux à l'âme fidèle d'entendre le Bien-Aimé lui dire : « Venez, mon épouse, venez « du Liban, et soyez couronnée ^ »

Le même jour, emmenant de Conflans les deux mères Desmarquest et de Charborïnel, elle se rendit aux Feuillantines, où les probanistes les suivirent bientôt. La maison fut bénite, en la fête de la Toussaint, par M. l'abbé Gaume, et le soir, au salut. M"'' Barat la consacra au sacré Cœur de Jésus, « pour qu'elle devînt, demanda- t-elle, le modèle de toutes les maisons de la Société, comme elle devait en être le centre et l'appui. » Quant à la communauté et au pensionnat de la rue de Varennes, la supérieure générale en laissait le gouvernement à la mère Prévost « comme à un autre elle-même » , ainsi qu'elle disait.

Cependant une grande fête se préparait alors dans le monde chrétien. Le 8 décembre, le Pape Pie IX devait proclamer à Rome, dans une grande assemblée, le dogme de l'Immaculée Conception de Marie. Nous avons vu qu'après le culte du sacré Cœur de Jésus, aucune dévotion n'avait été davantage et plus constam-

1 Journnl de Conflans, 28 août 18o4.

ment l'objet du zèle de la Société. « J'ai recueilli dans ces derniers temps bien des consolations, témoignait M™* Barat : la Société s'est montrée partout apôtre de Marie conçue sans péché'. » Aussi, lorsqu'une dépêche apporta aux maisons de Paris et de Conflans la grande nouvelle de la définition dogmatique, ce fut un cri de joie suivi bientôt de chants de fête. A Conflans le Père de Ponlevoy, à l'hôtel Biron et aux Feuillantines M^'^ Parisis, célébrèrent éloquemnient « ce grand événement du siècle », ainsi qu'ils l'appelaient. Il leur semblait que la Femme que l'apôtre saint Jean avait vue dans le ciel, revêtue du soleil et couronnée d'étoiles, mettait, en ce jour, sur le serpent infernal son pied victorieux. « Espérons, écrivait alors M""" Barat, que des temps meilleurs nous seront accordés par l'Immaculée Conception de Marie, proclamée comme dogme de foi. Ce sera le port dans la tempête, car la mer de ce monde est encore bien en fureur'. » A l'hôtel Biron, M^ Parisis siégeait ce jour-là à côté d'un vénérable confesseur de la foi, M^' Samhiri, patriarche d'Antioche. Dans la présence simultanée de ces deux évoques, l'un de l'Eglise grecque, l'autre de l'Église latine, le Sacré-Cœur croyait voir la représentation de l'Orient et de l'Occident, rendant hommage de concert à la Vierge sans tache.

M"'" Barat comprit quelle obligation particulière cet acte du Saint-Siège imposait à sa Société : « Notre devoir à nous, dit-elle à ses filles, est de croire plus fortement pour ceux qui ne croient pas, d'aimer plus ardemment pour ceux (jui n'aiment pas. Heureux d'ailleurs les yeux qui voient ce que nous voyons!

I A M"" Ernmu il»- Kuuoliaud. Paris, 2i fi'-v. 18."».';. -; \ \|- (•..■•l.'vlinr <lii Lnc. l'ari-, •2'.» in>v. \X'>:\.

DÉFINITION DE L'IMMACULÉE CONCEPTION i37

Quant à nous, mes chères filles, il ne nous reste plus qu'à dire avec le vieillard Siméon : Vous pouvez maintenant, Seigneur, laisser votre serviteur s'en aller en paix , puisqu'il lui a été donné de voir se lever cette lumière en Israël^ »

Au mois de février 1855, M™^ Barat, à peine remise d'une maladie qui l'avait enchaînée pendant tout le mois précédent, profita de la fête de la Présentation de Notre -Seigneur au Temple pour consacrer la maison des Feuillantines à Marie Immaculée. Ce jour-là, 2 février, à l'issue des vêpres, s'étant agenouillée devant l'image de cette Reine, elle déposa à ses pieds les clefs de la maison; et voici la belle prière qu'elle lui adressa :

« 0 Marie, Mère de mon Dieu ! en ce moment où le ciel et la terre s'unissent dans un concert de louanges pour célébrer le plus beau de vos privilèges, où l'auguste Chef de l'Église militante vous proclame, du haut de la chaire apostolique, pure et Immaculée dés le premier moment de votre conception, qu'il me soit permis de joindre ma voix à celle de l'univers catholique, et d'exalter aussi votre triomphe, au nom d'une Société qui se fit toujours gloire de vous honorer sous ce titre.

« Vous l'avez bénie cette petite Société, ô Marie! lorsque Jésus l'enfanta sur le Calvaire, et que de son Cœur percé sortit, avec son sang, le dernier gage de son amour pour les hommes. Bénissez -la de nouveau en ce jour de grâce, ô Mère Immaculée! Rendez -la, comme vous, pure et sans tache. Bénissez les âmes qui,

1 Journal de la Probatioii, 18 fév. 1855.

i38 HISTOIRE DE MADAME BARAT

dans celte solitude, viennent se préparer à combaltre Tenfer et à répandre partout le feu de l'amour divin; que, dépouillées entièrement de l'esprit du monde et revêtues de celui de Jésus-Christ, elles aient à la fois, au milieu de leurs travaux, la simplicité de la colombe et le regard de l'aigle, afin que, détachées de tout ce qui n'est pas Dieu, et toujours en communication avec le divin Soleil de justice, elles remplissent dignement leur mission sur la terre.

« Que votre main maternelle, ô Marie! .nous soutienne dans les combats et les épreuves de notre pèlerinage, et que votre Cœur, si intimement uni à celui de votre divin Fils, soit pour nous cette Tour d'ivoire qui nous défende contre tous nos ennemis, et ce Jardin fermé où rien d'humain ne saurait pénétrer.

« Vous êtes déjà notre Mère, soyez encore la Gardienne de cette Société , de cette maison qui en est devenue le centre; recevez-en les clefs..., prenez-en possession, et regardez -la dès aujourd'hui comme un bien qui vous est propre. Heureuse d'être votre petite servante; c'est encore trop, votre esclave, ô ma Reine! c'est à vous que je remets tout ce que j'ai de plus cher... Soyez pour toujours, et plus que jamais, la Mère de la nombreuse famille que Jésus m'a donnée. Comblez de vos faveurs les plus privilégiées ces premières compagnes de mes humbles travaux; faites que, comme l'Epoux qui nous a choisies, nous ne perdions aucune des ômos qui nous sont confiées; que toutes connaissent le don de Dieu et répondent à ses desseins, afin qu'au terme de notre exil nous nous trouvions réunies au pied de Jésus et de sa Mère Immaculée, dan> la céleste Jérusalem. Ainsi soil-il. ■

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