‹ Histoire de Madame BaratChapitre 196 sur 311 · CONSÉCRATION A MARIE IMMACULÉE · texte numérisé non relu

CONSÉCRATION A MARIE IMMACULÉE

En prononçant ces paroles, M™" Barat semblait êlre véritablement transportée au pied du trône de la Reine du ciel. « Je n'oublierai jamais, raconte une de ses filles, l'accent de foi et de piété avec lequel notre mère, arrivée en cet endroit : « Heureuse d'être votre petite « servante! » ajouta spontanément : « C'est encore trop, « votre esclave ! » Ces mots furent prononcés avec une ardeur d'humilité qui nous fit tressaillir. Ils furent recueillis et ajoutés à la formule qu'on communiqua ensuite à toute la Société*. »

Ayant placé sa nouvelle résidence sous les auspices de Marie , M""® Barat estima qu'il était urgent de recueillir ses dernières forces pour aller porter ses instructions suprêmes aux principales familles de son Institut.

Elle tourna d'abord ses yeux du côté de l'Allemagne. Ecrivant à la supérieure de Kienlzheim, au printemps de 1854, elle disait : « Je me suis réjouie avec vous de l'élan que Jésus donne à ces pauvres pays protestants. L'Agneau vaincra par son divin Cœur. Mais que cette victoire devrait nous inspirer de zèle et de courage à nous vaincre nous-mêmes, en enlevant en nous les obstacles qui s'opposent à l'empire de Dieu! C'est par là que nous faiblissons ^ »

Ce fut dans le but de diriger elle-même cette conquête que M""® Barat, malgr-é ses soixante -seize ans, partit d'abord pour Kienlzheim , où elle arriva le 28 juin 1855, veille de la fête de saint Pierre. Il y avait trois ans qu'elle n'y était venue. Sa première parole

1 Tém. de M™<= Delphine-Marie Eyriès, n. 35.

2 A M'"' Mathilde Garabis. Paris, 2 avril l)^o4.

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fut : « Mes bonnes filles, vous souvenez -vous que je vous disais, lors de ma dernière visite : Si je connaissais une âme fidèle,- généreuse, je traverserais les mers pour aller la chercher, fût-ce même au Monomotapa. Voilà la raison de mon empressement à me rendre à Kientzheim ; car il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin ce que je suis assurée de trouver ici? »

Elle promena ses regards sur le noviciat, qui s'était renouvelé, et cita ingénieusement ces paroles du Cantique : « J'ai pour vous, mon Bien-Aimé, des fruits de « toute sorte, des anciens et des nouveaux*. » Les fruits anciens, dit-elle, ce sont les professes que je connais déjà; les fruits nouveaux, ce sont les novices et les postulantes que je désire connaître. »

Tel fut le prélude à des entretiens qui se renouvelèrent chaque jour. « Nous remarquions, rapporte le journal de Kientzheim, l'altération de ses traits; mais elle gardait, sous ces traces de vieillesse et de souffrances, l'ineffable paix de son regard. Sa voix était affaiblie, mais ardente et vive. Jamais émotion plus profonde n'avait pénétré nos cœurs. » Très- émue ellemême, M""" Barat disait : « Mes enfants, il faut croire qu'il y a parmi vous je ne sais quel souffle qui m'enflamme; car, dès que je suis ici, je me sens animée à parler de Notre -Seigneur. » A l'occasion de la fêle du grand apôtre des nations, elle commenta le mot de saint Jean Chrysostome : Cor Pauli, cor Christi : « Le cœur de Paul c'est le Cœur du Christ; » elle expliqua aussi les paroles de Jésus à la Samaritaine : « Si vous connais-

• 'I lu portis nnslris omnia poma ii'>v,i el vr|.r;i, Dil<i i.- tni. libi. » [Cant. xii, l.'<..

SA VISITE A KIENTZHEIM -ill

siez le don de Dieu, vous me demanderiez à boire. « — « 0 Seigneur, répétait-elle, donnez-nous de cette eau ! »

Son adieu fut : « Mes bonnes filles, soyons comme les soldats de Gédéon. Si quelque consolation, quelque rafraîchissement se présente sur la route, contentons-nous d'en prendre dans le creux de la main quelques gouttes en passant sans fléchir le genou, et poursuivons notre chemin... Ainsi, dit-elle en souriant, aujourd'hui nous voici ensemble, c'est le rafraîchissement; mais demain nous nous quitterons, ce sera la marche et le combats »

La mère générale partit de Kientzheim le 21 juillet. Elle avait résolu d'aller de là à Riedenbourg; mais une fièvre continue qui la dévorait, des souffrances de poitrine, et un mal au genou des plus alarmants, la forcèrent de renoncer à son projet. Elle revint donc, en s'arrêtant à Metz, oîi elle arriva le jour même de sainte Madeleine 1855.

Les enfants l'y attendaient pour lui souhaiter sa fête. Ce fut une renaissance pour M"® Barat. « Il n'y a plus, leur dit-elle, que deux choses au monde qui me tiennent au cœur: Notre-Seigneur et les enfants. » Elle les remercia du bonheur qu'elles lui procuraient : « Grâce à vous, je puis dire que le bon Dieu m'a donné, à la fin de ma carrière , une des plus douces fêtes que j'aie jamais passées. » Elle les exhorta à la persévérance et au zèle des âmes : « Mes enfants, sauvez des âmes! une élève du Sacré-Cœur ne se sauve pas seule... Un jour, je l'espère, nous nous reverrons dans le ciel. Quel

1 Extrait du journal de Kientzheim.

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bonheur, pour nous qui vous précéderons, de vous voii' arriver dans celte belle patrie ! Vivez donc de Notre- Seigneur; et, heureuses de le posséder, comme la femme forte, vous rirez quand il faudra mourir*. »

Dans un de ses entretiens avec les religieuses, j^jme J3apat, fut amenée à leur parler en détail de l'expulsion des couvents, comme si elle eût pu savoir que. moins de vingt ans après, cette communauté de Metz devait connaître, elle aussi, la proscription. «C'est dans ces heures, dit-elle, qu'il faut se rappeler la parole du Seigneur : « Quand on vous chassera d'une ville, vous « secouerez sur elle la poussière de vos pieds; et si « elle n'est pas digne de votre bénédiction, celte béné- « diction reviendra vers vous*. » Elle cita l'exemple récent d'un vieux carme espagnol expulsé de son pays, qui, vivante Bordeaux dans une grande misère, n'en avait pas moins converti par 'sa sainteté un jeune Israélite qui venait d'entrer dans son Ordre, r Oui, dit-elle, noire siècle produit beaucoup de saints. Il n'y a que nous, hélas! qui n'en produisons pas. »

M*"* Barat prédit que les deux maisons de Metz et de Monligny feraient beaucoup de bien, à la condition qu'on y conserverait l'esprit de petitesse. « Tel est le grand mystère que Dieu a caché aux superbes et révélé aux humbles. Je le dis et le redirai tant que Dieu me laissera un souffle de vie^. »

De retour à Paris, M""" Barat y fut rejointe par de pénibles nouvelles.

• ' Forliludo fl décor vestimentum ejus. et ndehil m di** nnviwimn. ' Prov., cap. xxM , iM.) 3 S. Malth. X, 13-14.

3 R.'cil (\e s.-) viKil<< A Meiz. 1«;;.S.

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