‹ Histoire de Madame BaratChapitre 198 sur 311 · SA DOULEUR RÉSIGNÉE US · texte numérisé non relu

SA DOULEUR RÉSIGNÉE US

lesse. Ainsi se trouve ma pauvre âme en apprenant la suite des malheurs de Saint- Michel. Il a fallu laisser s'écouler plusieurs jours pour me reconnaître et me remettre de mes impressions, avant de vous écrire*.»

Elle ajoutait toutefois : « Les détails si douloureux que vous me fournissez sur nos chères défuntes ont cependant leur adoucissement. Jésus les a assistées, et j'espère'fermement qu'il les a reçues dans son Cœur de père. »

En effet, toutes ces morts avaient été dignes du Sacré- Cœur. La mère Praz s'était préparée à la sienne en entrant en retraite, comme pour une grande fête ou une dernière profession : « Décidément, écrivait- elle, six jours avant de succomber, je me mets en retraite le 14 ; je sens le besoin de me retremper. Je ne sais ce qui m'arrivera ; mais je suis pressée de me recueillir. Priez pour moi bien fort. » Ce fut au milieu de ces exercices que la fièvre la prit : « Que faire de ma tète? demandait-elle parmi ses atroces douleurs ! — Offrez-les à Jésus couronné d'épines, lui suggéra la mère Guinand. — Eh bien! oui, Jésus, tout ce que vous voudrez ! » Sa dernière parole fut celle-ci : « Je suis prête. »

La sœur Duboille, qui la suivit dans la tombe, écrivait, presque à la veille d'y être précipitée: « Plus j'avance dans ma carrière religieuse, plus j'aime ma sainte vocation; si elle impose des sacrifices, ils sont adoucis par la pensée de Jésus. » Une autre, la sœur Justine, demande : « Mourrai -je bientôt? — Oui, ma sœur. — Eh bien! ma mère, disons Jésus, Marie, Joseph , et donnez-moi de l'eau bénite. » La mère de Bar-

1 Paris, 19 nov. 18.>v.

barin, assistante à Saint- Michel, tomba d'épuisement à côté des malades qu'elle avait préparées au dernier passage. Quand ses sœurs la virent expirante : « Demandez à Dieu d'être la dernière victime, » lui direntelles. Elle répondit : « Soyez tranquilles, c'est la première requête que je présenterai à Jésus. »

Mais le Seigneur en voulait d'autres. M""' Walsh, ange de vertu, répétait à se fatiguer que Dieu était son père, que Marie était sa mère, que cela lui suffisait, qu'elle ne tenait nul compte de tout le reste. M"'^ Carrard avait demandé à Jésus -Christ de lui donner son purgatoire ici -bas. Elle eut une épouvantable agonie de trois jours : « Oh! que je souffre! Dieu m'exauce; je fais mon purgatoire. » M'"^ Stanislas Aguillard fut enfin la dix-septième et dernière victime. Chez elle le sentiment de la souffrance se perdait dans une allégresse amoureuse: « Qu'il est bon, Jésus! il est venu me chercher, moi , pauvre orpheline , qui ne sait rien , qui ne suis rien, et il m'a fait son épouse! » C'est au milieu de ces effusions de reconnaissance qu'elle lui remit son âme'. Ainsi, dans les colonies comme dans la mère patrie, partout nous retrouvons chez les épouses de Jésus cette même « aisance à mourir « , dont Tertullien faisait le propre des chrétiens : Chrisliani mon expedilum gcnus.

j^jmc Carat regrettait de ne pouvoir racheter ces utiles existences, fût-ce môme aux dépens de la sienne. « Je voudrais, écrivait-elle à la mère de Limminghe , être la seule à avaler cette coupe d'amertume. Ce serait justice, tandis (jue ce sont les moins coupables qui

> Cire, (les tlrl'imlfs . I. III, \i. 117. Helalion par la m»Tt.' Giiinanti, p. 'i27 cl sniv.

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