‹ Histoire de Madame BaratChapitre 3 sur 311 · LES JOURNÉES DE JUILLET · texte numérisé non relu

LES JOURNÉES DE JUILLET

La maison qui la reçut était placée sur le penchant du coteau qui sépare la Seine du bourg de Charenton , entre la campagne alors occupée par le petit séminaire et le château possédé par les archevêques. C'était une très-modeste habitation, fermée et inoccupée depuis bientôt vingt ans. De son étage supérieur, W"^ Barat eût pu voir se déployer au loin la ville insurgée qu'elle venait de fuir.

La soirée fut inquiète, la nuit fut sans sommeil. La mère générale et M'"^ de Gramont la passèrent en prières. A chaque bruit du dehors, on les entendait s'écrier : « 0 Dieu, sauvez l'Église! 0 Seigneur, protégez les jours de vos ministres! » Tel était le premier souci de ces généreuses femmes.

Le lendemain, 28 juillet, les religieuses apprirent qu'elles se trouvaient maintenant seules dans ce quartier : le château de l'archevêque ainsi que le petit séminaire venaient d'être abandonnés. Elles n'étaient pas sans effroi, lorsque, vers deux heures de l'aprèsmidi, elles entendirent des hurlements qui se dirigeaient de leur côté. Bientôt une bande hideuse de trois cents jeunes hommes enveloppa le séminaire, menaçant d'y mettre le feu aux cris de : « Mort aux prêtres! » mêlés d'affreux blasphèmes. C'était l'école vétérinaire d'Alfort qui signalait, par cette glorieuse expédition , son patriotique amour de la liberté.

Dieu préserva ses épouses; mais elles avaient tout vu. Il n'était plus possible de rester dans un lieu si exposé. Il fut convenu aussitôt que M""* de Constantin et la sœur Rosalie, quittant l'habit religieux, iraient chercher un autre asile pour leurs mères souffrantes. Quand, peu d'instants après , M""" Barat les vit se présenter à elle

clans leur nouveau costume, qui était celui des femmes du peuple de Paris, elle ne put s'empêcher de rire, et leur mettant la main sur la tête pour les bénir : « Allez, mes pauvres enfants, leur dit-elle, allez nous chercher un logis, et que Dieu vous accompagne. »

Toutes deux se mirent donc à parcourir le village, les Carrières, le bourg de Charenton, demandant de porte en porte un asile pour leurs mères. Il fallut longtemps chercher. « On essuya plus d'une fois les refus de Bethléhem, » selon l'expression de M'"'' de Constantin. Enfin, le soir, après plusieurs sorties inutiles, on eut le bonheur de trouver une dame hospitalière. M""" Saladin, qui mit généreusement un étage de sa maison à la disposition de la petite communauté.

Cette soirée, la nuit, la journée qui suivirent parurent à M""" Barat les plus longues de sa vie. Du côté de Paris, on entendait un bruit continu de tocsin, de fusillade, de canonnade, dont chaque coup brisait son cœur. Que devenaient dans ce tumulte ses religieuses et ses enfants? Ce fut seulement le 30 qu'un jardinier, envoyé de l'hôtel Biron, étant parvenu à découvrir sa relrailo, put l'en informer.

L'insurrection était maîtresse; la France n'avait plus de roi. Le Sacré-Cœur avait vu des barricades s'élever jusque sous ses fenêtres; son jardin avait été un moment escaladé par les insurgés, et biénlôt assailli par une grêle de balles : un combat suprême contre la caserne des Suisses de la rue de Babylone et le dernier drapeau blanc s'était livré près de là; mais toute la maison avait été préservée par une prière continuelle du jour et de la nuit. Au plus fort du 'danger, une des anciennes élèves, déguisée en paysanne, était accourue

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