‹ Histoire de Madame BaratChapitre 21 sur 311 · ELLE ADOPTE LES ORPHELINES · texte numérisé non relu

ELLE ADOPTE LES ORPHELINES

pondit M™" de Gramont. Aussitôt la mère Barat s'occupa, dans ses lettres, d'organiser avec elle cette œuvre inspirée dans la communion; et, au mois de juin, le jour même de la fête du Sacré-Cœur, l'orphelinat fut installé dans la maison de Paris.

^jmc papat reçut le prix de cette charité. La maison de Paris continua d'être préservée, comme l'atteste encore la colonne surmontée de la statue de Marie, élevée , en action de grâces , au milieu des jardins. Les maisons de la province furent pareillement épargnées; ainsi l'on vit justifiée encore une fois cette parole de saint François de Sales: « Dieu prendra soin des enfants de ceux qui auront pris soin des enfants de Dieu. »

Cependant M"'° Barat continuait ses visites parmi les villes du Midi. D'Avignon, elle se rendit d'abord à Perpignan , oij ses filles avaient été chassées de leur demeure. Obligées de se cacher pendant quelque temps dans des maisons privées , elles y avaient gagné d'être mieux connues. « Mais ce sont de vraies religieuses! » se disait tout le monde avec étonnement. On leur trouva ensuite un très-modeste abri dans la rue Saint-Sauveur, où elles avaient rassemblé une vingtaine d'élèves. C'est là que M"'® Barat venait leur apporter ses secours, ses encouragements et son espérance en un meilleur avenir.

Peu de temps après, une affaire entamée depuis longtemps la força de se rendre dans la ville d'Aix en Provence. Une chrétienne de cette ville , M'^® Geneviève Chaniac, qui y tenait un pensionnat, offrait au Sacré- Cœur d'en prendre la direction. L'offre n'était pas séduisante : la maison avait de lourdes dettes, et les pensionnaires se distinguaient surtout par leur indisci-

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pline, rachetée, il est vrai, par un très -bon cœur. j^|me Bapat eut bientôt la preuve de Tun et de l'autre. Après d'infructueuses négociations, elle allait repartir, profitant de l'heure de la messe afin de cacher son départ; mais le bruit de la voiture avertit les élèves. Aussitôt, en un clin d'oeil, toutes s'échappent de la chapelle, et laissant seuls à l'autel le prêtre et son servant, elles accourent barrer le passage à la mère générale, en pleurant et criant : « Nous voulons être du Sacré- Cœur; vous ne partirez pas, vous serez notre mère! » En vain celle-ci essaya-t-elle de résister : on sait ce que devenaient les résistances de M™® Barat devant les larmes des enfants! La réunion fut conclue; et lorsque, le 3 mai, la supérieure retourna chez M"" Ghaniac, celle-ci vint sur la route très-loin, à sa rencontre, lui présenter les clefs de son pensionnat dans une corbeille revêtue de feuilles de laurier. M"''* Kerulvay et Annette Klosen furent appelées de Perpignan et de Lyon pour commencer l'installation, à laquelle M'"" Barat présida ellemême pendant quelques semaines. « C'est une habitation agréable, écrivait-elle, quant à la position et aux jardins. Si nous pouvons bâtir plus tard, ce sera charmant. Il était essentiel que nous ne perdissions pas celte occasion unique de nous placer dans celte cité. Au moins, nous aurons planté; ce sera à Notre -Seigneur à arroser et à faire croître : la prière aidera'. »

Cependant M""" Barat commençait à se sentir renaître : sa poitrine , pour laquelle on avait eu des alarmes, respirait plus à l'aise sous cet heui'cux climat. Son cœur aussi s'y sentait dilaté, et elle disait sa

I A M'"- Eug. (le rirainoiil. Aix, 'i mai 1832.

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joie d'y retrouver, le long des chemins, des croix de la Mission très-belles, très- honorées, que les gens du pays avaient défendues contre les profanateurs; mais son pied restait toujours sans mouvement : il résistait à tout remède; on craignait Tankylose. M""" Barat répugnait à retourner aux bains d'Aix, qu'on lui conseillait encore comme ressource suprême. « Ce n'est pas, disait-elle, la place d'une religieuse. » Elle avait une plus grande confiance dans les prières que ses filles faisaient pour elle de toutes parts; et encore ne les demandait-elle que pour la guérison et l'avancement de son âme. « Où en sont vos progrès? écrivait-elle à l'une d'elles. Quel temps pour en faire de doubles ! Hélas ! je suis la seule peut-être qui ne marche pas! Priez donc pour ce miracle. Ah! celui-là, je consens de grand cœur qu'il s'opère ^ »

C'est dans ces circonstances que M"*° de Limminghe étant venue à Aix, lui proposa de l'emmener à sa maison de Turin, où elle lui promettait les soins d'un médecin habile, un séjour salutaire et de ferventes prières. C'était d'ailleurs un premier acheminement vers Rome, où la mère générale avait promis de se rendre. Le 22 mai, toutes deux prirent la route de l'Italie. C'est l'heure des miséricordes pour M'"° Barat.

' A M""^ de la Croix, 18 mai 1831.

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