‹ Histoire de Madame BaratChapitre 200 sur 311 · LA LOUISIANE RÉPARE SES PERTES · texte numérisé non relu

LA LOUISIANE RÉPARE SES PERTES

rance croît et se fortifie. J'oserai presque dire avec le prophète Aggée : « La gloire de la nouvelle maison surce passera celle de l'ancienne. » Ce sont les fruits de la croix. »

Une autre peine , non moins cruelle pour M""® Barat et de plus grave conséquence pour la Société , fut la menace de suppression ou d'interdiction, qui, à cette époque , planait sur la maison de Chambéry. Nous avons raconté qu'en 1848, cet établissement avait été excepté de l'arrêt qui avait frappé le Sacré-Cœur dans les États sardes. En 1854, on fit en sa faveur uue pareille exception à la loi qui supprimait la presque totalité des établissements religieux; et, cette fois encore, c'était à l'énergie de l'archevêque de la ville , M^ Biliiet, et à celle des chrétiennes populations de la Savoie qu'on en était redevable. Mais la calamité des Sociétés contemporaines est d'avoir souvent des gouvernements plus mauvais que les peuples. Celui du Piémont, poursuivant son oeuvre révolutionnaire , voulut reprendre en sous-œuvre la ruine du Sacré-Cœur, en imposant aux niaîtresses l'obligation d'un brevet décerné par lui, et la visite de ses inspecteurs dans le pensionnat.

jyjme gQrat comprit le péril que cette exigence allait créer à son ordre. En face des prétentions gouvernementales, qui devaient bientôt s'élever universellement, se posait pour le Sacré-Cœur une double question : une question de principe, une question de conscience. En principe, une Société estimant tenir son mandat d'enseigner, d'abord de Dieu et de son Église, par les lettres d'obédience , puis des familles par la délégation des pères et mères de la jeunesse, pouvait- elle consacrer par son acceptation le droit qu'ont pris de nos

jours les gouvernements de se substituer dans l'éducation aux deux autorités religieuse et domestique, les seules investies du droit d'élever l'enfant, s'il est vrai que l'enfant n'appartient pas à l'Etat, mais à la famille et à Dieu? Puis, au regard de la conscience, pouvaiton ouvrir la porte à l'inspection des agents de l'Université et subir ses examens, sans être amené forcément à prendre ses méthodes, ses livres, sa doctrine, et par là son esprit, lequel , on ne le sait que trop, n'est généralement pas l'esprit du Sacré-Cœur?... Telle était la question de droit et de devoir; tel était le péril. Et voilà pourquoi, malgré les tentatives renouvelées en P'rance sous divers régimes, le Sacré-Cœur avait jusqu'ici repoussé la visite et l'ingérence de la puissance séculière dans ses pensionnats. Sans doute la violence légale pouvait la lui imposer. Un jour pouvait venir où une effroyable confusion des pouvoirs mettrait cette condition oppressive à l'exercice de son enseignement. Si ce malheur arrivait, alors ce serait à Rome qu'il appartiendrait de tracer la roule à suivre; et les désirs du Saint-Siège seraient, comme toujours, des ordres pour le Sacré-Cœur. Mais jusqu'ici, ni Rome ni ses organes les plus accrédités n'avaient exprimé sur ce point leur volonté : « J'insiste d'autant plus sur notre indépendance, écrivait M""" Barat, que nous sommes assurées d'entrer dans les intentions de ce qu'il y a de plus roinain dans le haut clergé '. »

Edlre autres membres très-romains de ce haut clergé, la mère générale avait consulté M'' l'évèque d'.Vrras, alors membre du conseil supérieur de rinstruction

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