‹ Histoire de Madame BaratChapitre 201 sur 311 · L'INSPECTION SÉCULIÈRE A CHAMBÉRY · texte numérisé non relu

L'INSPECTION SÉCULIÈRE A CHAMBÉRY

publique. Elle en reçut une réponse, ou plutôt un mémoire, qui est un monument de raison, de fermeté et de grandeur d'âme. Considérant la question au double point de vue de l'intérêt du Sacré-Cœur et de l'intérêt général de la religion , M^ Parisis concluait à un refus. énergique d'admettre les inspections et de recourir aux diplômes de l'Université dans les circonstances présentes K

Ainsi éclairée, M™'' Barat n'hésita plus : « Notre conscience est engagée, dit-elle; notre bon Maître ne bénirait plus notre travail. Faisons donc ce sacrifice à l'intégrité de l'esprit de notre Société. »

Si nécessaire, si généreux qu'il fût, ce sacrifice, on le comprend , n'en était pas moins pénible pour le cœur d'une mère : « J'aimais tant cette fondation dans la bonne Savoie, écrivait M""® Barat. Ce qui rend cette épreuve amère, c'est la considération de ce que les âmes auront à en souffrir. Mais Dieu y suppléera, ce pays étant foncièrement catholique. Jusqu'au moment décisif, ma fille, nous continuerons de lever les mains vers la sainte montagne d'où nous doit venir le secours; et, si la décision est sans appel, nous recevrons grâce et force pour porter cette croix-. »

Une première décision avait donc été prise contre le Sacré-Cœur. En Savoie, l'opinion publique protesta; l'affaire fut portée devant les tribunaux; l'archevêque redoubla d'instances courageuses , le conseil municipal pétitionna auprès de Victor - Emmanuel , les familles influentes lui adressèrent de vive voix leurs réclama-

1 Cité in extenso dans la lettre circulaire 70» de M"« Barat, lo nov. 1855.

2 Paris, 22 octobre 1835.

lions. Apprenant loules ces démarches , M'"'' Barat écrivait : « Quel bon pays et quels excellents habitants! Non, ma fille, je ne puis croire que nous devions nous en séparer pour toujours. Nous leur conserverons, tant que nous le pourrons, le grain de sénevé. 11 restera enseveli pendant l'hiver des tribulations, tant que Dieu le voudra; puis, si le printemps doit reparaître parmi nous, alors il lèvera de nouveau, et nos petits oiseaux viendront se reposer sur ses branches. »

Ce fut une prédiction. Lorsqu'à l'automne de 1856 une sentence suprême eut ordonné la fermeture de son pensionnat, le Sacré-Cœur se réserva une œuvre de charité : l'éducation des sourdes-muettes. Une subvention annuelle que le gouvernement avait fournie jusqu'ici à cette institution lui ayant été retirée. M'"" Barat répondit que, « plutôt que d'abandonner ces infortunées, la Société se chargerait de les élever à ses frais ». Elles furent, pendant quatre ans, la seule œuvre continuée par le Sacré-Cœur. Au bout de ce temps, l'annexion de la Savoie à la France changea la face des choses. Un décret impérial du 26 août 1860 fit enfin rentrer les Congrégations religieuses dans leurs droits; et, le 5 novembre , le pensionnat de Chambéry retrouva ses élèves, et bientôt sa prospérité d'autrefois.

Hâtons -nous d'ajouter que la Providence n'avait pas attendu si longtemps pour dédommager le Sacré-Cœur par de nouvelles conquêtes.

A celte même époque, une petite congrcgalion de la ville d'Angoulême, dite des Dames de Sainl-Taul, oiïiiL de se réunii' à la Société. Sa digne supérieure, M"" Lhomme - riaiitii.'r, après avoii" fait une retraite

FONDATION A ANGOULÉME 483

dans la maison des Feuillants, à Poitiers, exprima ce vœu à M"® Emma de Bouchaud, qui en référa à la mère générale. Celle-ci lui répondit: « J'ai hâte de vous écrire la consolation que me fait éprouver la réunion de ces Dames à notre Société. Je compte quarante ans de désir de nous établir à Angoulême. Le Cœur de Jésus y est faiblement connu et invoqué. Quelle mission pour nous! Puissions-nous la remplir selon les désirs de ce bon Maître ^ »

Dans ce dessein, au mois de septembre 1856, M"*^ Emma de Bouchaud se rendit à Angoulême, dans la maison du Doyenné. C'est ainsi qu'on appelait l'ancienne demeure du doyen du Chapitre, simple maison particulière, où les Dames de Saint-Paul élevaient environ soixante-dix pensionnaires. Le 15 novembre, elles reçurent l'habit du Sacré-Cœur des mains de leur, évêque, M^ Cousseau. « Tenez moi bien au courant de vos travaux au Doyenné, mandait M""^ Barat à la mère vicaire. Il est sûr que celte nouvelle famille m'intéresse; je sens que je m'y attache comme à nos anciennes. Tout ce que nous pourrons faire pour elle , nous le ferons de bon cœur^ »

Mentionnons encore ici la fondation de la maison de Saint- Ferréol, près de Besançon. Cinquante orphelines et un pensionnat y furent installés , à la fin de l'année 1856. Cette œuvre fut due surtout à la charité de M"'' du Ban, sœur d'une religieuse de la Société; admirable chrétienne, de laquelle on a pu dire que

1 A M"" Ein. de Bouchaud, 13 sept. l8o6.

2 Paris, 9 déc. 18n6.

« personne ne fit jamais plus de bien et moins de iDFuit, »

Cependant M™* Barat ne se consolait pas de n'avoir pu atteindre, en l'année précédente, cette maison de Riedenbourg, de laquelle elle disait : « Quand je fais un beau rêve, je me transporte à Riedenbourg*. »

Réalisant ce rêve, elle partit dans le mois de juillet 1856. Ce qui signale ce voyage , comme ceux qui vont le suivre, c'est la vénération universelle qui s'attache à M""® Barat : aux yeux de tout le monde, c'est une sainte. En vain son humilité, effrayée de cet éclat, met- elle voile sur voile : je ne sais quel reflet de la lumière céleste rayonne de tout son être, et un culte anticipé lui décerne, en chaque lieu de son passage, des honneurs sacrés.

Ainsi en fut- il à son arrivée dans la gare de Strasbourg. Tout le personnel de Tembarcadère, le chef de gare en tête, rivalisa de pieuses attentions pour elle à la descente du wagon, glissant à ses pieds un fauteuil à roulettes, et se disputant l'honneur de la transporter dans la salle d'attente. Confuse de tant de charité, elle disait : « Mais, Messieurs, vous vous méprenez; je ne suis qu'une pauvre petite religieuse ! » Parmi les employés se trouva un ancien soldat de l'armée française à Rome qui, se souvenant d'avoir été recueilli et assisté à la Trinité -du- Mont parla mère Barat. vint lui baiser la main en se mettant à genoux. La douce mère le bénit, lui donna en présent un formulaire de prières, et lui fit promettre d'être fidèle à ses devoirs. Mais, entre tous ces hommages, aucuns ne

> Tôm. (le M'"« .leanno Woldmann, ii. ft''.

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