‹ Histoire de Madame BaratChapitre 209 sur 311 · PUISSANCE DE LA PROBATION · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA PROBATION

de profession pour les âmes molles et lâches. Vous savez d'ailleurs quel tort font à la Société ces tristes religieuses*. »En entrant aux Feuillantines, une de ses premières exhortations aux probanistes fut celle-ci : « Mes bonnes filles, vous trouverez peut-être du vide dans le passé. Hélas! si Notre -Seigneur avait usé de rigueur, n'en est-il point parmi vous qui n'auraient pu franchir le seuil de cet asile? Mais sa miséricorde a vu du repentir et de la bonne volonté. 11 faut maintenant faire le pas; il faut se renouveler. »

Ce renouvellement, M""* Barat, avec la netteté ordinaire de son esprit, le résumait en deux mots : Réparer, préparer. Elle interprétait dans ce sens les paroles de l'Écriture : « Vous enverrez votre Esprit, et un monde nouveau sera créé , et vous renouvellerez la face de la terre. » Elle ajoutait : « Mes filles , sans doute le bon Dieu peut bien vous refaire en six mois, lui qui n'a mis que ^ix jours à créer le monde ^ » Elle leur appliquait aussi ces paroles de l'Apocalypse : « Je ferai un nouveau ciel et une nouvelle terre , » et il lui arrivait de leur demander : « Ne sentez -vous pas la vieille terre dans vos cœurs? Combien en avez -vous enlevé ce matin? » Enfin, comparant ses probanistes aux apôtres : « Les apôtres, disait -elle agréablement, avaient deux chasses à faire : la chasse à leurs défauts qu'ils firent dans le Cénacle, puis la chasse aux âmes qu'ils allèrent faire dans le monde. Faites la chasse à vos défauts pendant la Probation , nous vous enverrons plus tard faire la chasse des âmes ^ »

i A M°"^ d'Avenas, 19 fév. 1856.

2 Tém. de M""^ Stappaerls, n. 31.

3 Journal de la Probalion , 21 nov. 18oo.

C'était donc un labeur que la Probation; M"* Barat la faisait envisager comme telle. Un jour une de ses filles l'ayant appelée un temps de repos : « Ce n'est pas cela, répondit la mère générale ; pas plus que la saison de l'hiver n'est un repos pour la semence jetée dans le champ du laboureur : c'est au contraire alors que le grain subit sa transformation. Mais, retenez-le bien, il faut qu'il meure d'abord , il faut qu'il meure ! »

Quant à la vie nouvelle, M""^ Barat la faisait consister en trois points: « Dieu veut, disait-elle, que désormais, chacune de vous devienne lumière, modèle, colonne dans les maisons de la Société : lumière pour éclairer, modèle pour édifier, colonne pour soutenir ^ » Ces trois paroles furent le mot d'ordre et comme le programme de la Probation, Ils inspirent la doctrine spirituelle que nous trouvons disséminée au hasard dans les instructions, récits et récréations de la mère Barat, pendant ses séjours à la maison des Feuillantines.

Par exemple, peu de jours après qu'on y fut installé, la mère générale arrivant au milieu de ses probanistes : « Mes chères filles, je viens d'apprendre une bonne nouvelle : nous avons des saintes pour voisines. Ce sont ies petites Sœurs des pauvres. » Puis leur ayant raconté les prodiges de dévouement de ces humbles filles : a Voilà de l'abnégation, dit-elle. Quand je compare cela avec le peu que nous faisons, j'en suis si confuse que je voudrais rentrer cent pieds sous terre*. » Ce fut le texte à une belle leçon sur l'humilité, la pauvreté et la charité.

« Journal, 11 ocl. 185/i.

2 Ibid., 22 oct. la'S'i.

SES INSTRUCTIONS AUX PROlîANISTES 173

A peu de temps de là, trouvant ses religieuses toul en joie : « Mes enfants, vous avez bien raison d'être joyeuses. Quel plus grand bonheur que celui d'être à Jésus, de l'aimer et de le faire aimer! Sainte Madeleine de Pazzi en était si remplie, qu'une nuit, au sortir de son oraison, elle s'en alla sonner la cloche de son monastère pour assembler ses sœurs et leur dire : « Réjouissons-nous, car nous aimons Jésus, et nous pouvons l'aimer davantage encore. » Ah ! combien plus que cette sainte nous avons sujet d'être dans l'allégresse, nous qui vivons dans un siècle plus mauvais que le sien et que le Seigneur a retirées de cette Babylone ^ » Elle disait quelquefois : « Consacrer son cœur à Jésus c'est le consacrer à la félicité, et le Calvaire est l'endroit le plus proche du ciel -. »

Le dimanche du Bon Pasteur, s'emparant de l'admirable évangile de ce jour : « Jésus, dit-elle à son troupeau des Feuillantines, Jésus le bon Pasteur a donné sa vie pour nous qui sommes ses brebis. Que lui rendrons-nous? Hélas! nous ne pouvons pas lui donner notre peau , comme les Ordres qui pratiquent de grandes austérités, mais nous pouvons du moins lui donner notre laine, renonçant à nos aises, à notre vanité, à nos délicatesses de sensibilité. Telle est la toison, mes filles, que nous déposerons aujourd'hui aux pieds du bon Pasteur ^ »

Le genre de sacrifices qu'elle préférait était l'accomplissement généreux du devoir d'état : « De sanglantes disciplines, de longues veilles la nuit, écrivait-elle, on

1 Journal, 23 nov. 18o4.

- Pensées et maximes de M"'' Barat, pp. 3o, 38.

3 Journal, 22 avril 1835.

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s'y jette à corps perdu , tandis que la fidélité de détail à observer le silence, la modestie, l'obéissance, la règle, c'est un combat qu'il faut perpétuellement recommencer. » Puis, faisant allusion aux préoccupations actuelles du pays : « C'est vraiment, ajoutait-elle, le Sébaslopol à prendre. Heureusement que, dans cet assaut, il n'y aura pas de sang versée »

Les mêmes leçons se représentaient sous des images plus simples, plus familières, plus brèves, plus piquantes encore. Voulait-elle recommander de réparer ses fautes par l'humilité : « L'humilité, disait- elle, est une aiguille qui raccommode bien des trous. » — Elle répétait le mot de saint François de Sales : « L'amourpropre ne meurt qu'un quart d'heure après nous. » A quoi elle ajoutait, avec son fm sourire : « Avant d'allumer le feu de l'amour de Dieu, il faut avoir bien soin de ramoner la cheminée, pour en faire tomber cette suie de l'orgueil. » Elle disait encore : « Il faut être fidèle jusqu'à un iota; la moindre infidélité est une petite maille échappée au tricot, toute la trame s'en ressent'. » Une de ses plus généreuses maximes était celle-ci : « Il ne faut pas marchander avec Jésus -Christ : s'il vous demande l'échantillon, donnez -lui la pièce entière. »

On ne se lasserait pas de citer les sentences tour à tour gracieuses et énergiques dont étincelaient, pour ainsi dire, les entretiens comme les lettres de M""* Baral. Austère dans le fond, agréable dans la forme, cette doctrine rappelle ce que Fénelon a écrit de la spiritualité

« A M'"« d'Oussières. Paris, 2 fév. 18!)".. 2 Tcm. .le M'"' Hu Cliélas' n. 8.1.

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