SES MAXIMES SPIRITUELLES
de saint François de Sales : « Tout y est consolant et aimable, quoiqu'il ne dise aucun mot que pour faire mourir. Tout y est expérience, pratique pure, sentiment et lumière de grâce '. »
Les quelques conférences que la mère générale faisait aux probanistes avaient le même caractère, mais avec un degré d'élévation de plus : « Je me souviens , rapporte une de ses religieuses, qu'après le premier entretien que j'entendis, je ne savais plus où j'étais. J'allai tomber au pied de l'autel , et là je promis, et avec quel transport! d'être toute à Jésus dans l'humilité et le dévouement. Tout me semblait possible après ce que je venais d'entendre ^ »
]^me B3pat mettait un tel feu à ces instructions qu'il n'était pas rare que la voix lui manquât. Alors, forcée de s'interrompre, elle disait humblement : « Ah! si dès mon enfance je n'avais jamais parlé que de Jésus ! Ma mère me disait alors : « Tu n'as de bon que la « langue. » Hélas! aujourd'hui je n'ai pas même cela^ » Sortant d'une maladie qui l'avait tenue pendant un hiver entier éloignée de ses filles, elle leur dit : « Ma grande épreuve, durant ce temps, a été d'être loin de vous , quoique vivant sous le même toit. Alors je faisais la prière du Père de la Colombière : « Sei- « gneur Jésus, vous savez combien je désirais être auc< près de ces âmes pour leur faire du bien. Puisque « vous m'en tenez éloignée, prenez, Seigneur, ma place « auprès d'elles; soyez leur ami et leur consolateur. « Pour moi, je suis heureuse d'accomplir votre volonté. »
1 Fénelon, lettre 176.
2 Note de M"»« Delvaux. Doc. n. 10,
3 Journal du 7 sept. 1835.
Le jour de rémission des derniers vœux des probanistes était un jour de joie, d'humilité et de ferveur pour M""" Barat : « J'ai été bien contente, leur disaitelle à la suite de ces solennités, de vous entendre prononcer vos vœux avec tant de cœur. Vous les avez déposés dans les mains de Marie, car en les recevant je lui disais : « Ce n'est pas à moi, ma mère, mais bien « à vous que vos filles s'adressent. » Je lui ai tout renvoyée » Elle leur disait encore, dans ces saintes journées : « Mes bonnes filles, vous voilà donc toutes parées des joyaux dont vient do vous revêtir votre Epoux. Je vois sa croix sur votre cœur, son anneau à votre doigt. Ne sentez-vous pas le besoin de dire avec le Psalmiste : Que rendrai-je au Seigneur pour les biens quHl m'a faits? Je prendrai le calice du salut , et f invoquerai son nom. Prenez donc ce calice : c'est celui de la soufl'rance, c'est la coupe de vos sueurs, de vos larmes peut-être? Buvezle avec délices en invoquant le Seigneur, et vous serez délivrés de tous vos ennemis *-. »
Les professes^ après leurs vœux, ne quittaient pas la maison mère sans que chacune reçût de M""' Barat une parole particulière, une de ces paroles qui projettent leur clarté sur toute l'existence. A l'une d'elles, elle disait : « Retenez bien., ma fille, qu'une âme est à l'étroit jusqu'à ce qu'elle se plonge dans l'infini de Dieu. » A une autre qu'effrayait une mission difficile : « Jésus ne vous demande pas de ressusciter les morts, mais d'être iiumble de cœur. » Deux maîtresses allaient diriger un pensionnat redouté : « Mes chères filles,
i Journal, 8 fév. la'SS.
2 .lournnl. 'i f.<v. 18^5, Pt noies H.^ M"" Cornille, n" .S7.
SES DERNIERS CONSEILS AUX PROBANISTES ill
je voudrais partir avec vous, pour soulever ces enfants par l'amour de Notre -Seigneur. » Une autre fois, jyjme gapat rappelle une religieuse à qui elle venait de donner son obédience : « Ma bonne fille, une chose que je veux vous dire encore, c'est de ne pas manquer, quand vous ferez la classe, de parler de Jésus -Christ à vos élèves. » — « Je n'oublierai jamais, rapporte une professe, les paroles qu'elle fli'adressa, la veille de mes grands vœux, en me donnant deux images, l'une du du sacré Cœur, et l'autre de Jésus enfant : « Je vous donne, lui dit-elle , ce que j'ai de plus précieux : le Cœur de Notre-Seigneur pour être votre soutien dans vos difficultés, et le divin Enfant pour vous apprendre la petitesse dans l'immolation de votre amour -propre. » Une autre lui disait : « Ma mère, je n'ai vécu durant ma Probation que de ces deux paroles : M'oublier, me dévouer. — Mon enfant, reprit la mère générale, écrivez ces deux mots sur votre souvenir de vœux, et je mettrai au bas : Faites cela et vous vivrez 1 » Quelquesunes ont cru entendre, dans ces derniers adieux, l'annonce prophétique de leur destinée : « Allons, ma bonne enfant, disait la mère Barat à une nouvelle professe, je vous exhorte à la patience, à la résignalïon pour ce que le bon Dieu doit vous envoyer. » Celle qui reçut cet adieu raconte que peu de mois après elle tomba dans un état de longue infirmité que rien n'avait pu faire prévoir, et qui ne justifia que trop cette sorte de prédiction de sa supérieure *.
Et de vrai, sa réputation de sainteté éminente, gran-
1 V. Témoig. de M™' S. du Chélas; M"*» Marie Vaschalde , n. 4; M™« Clémence Maria, ii. 96; M'"^ Clara Lefloch, n. 90; M">'= A. Rombeau, 11. 124.
(lissait tellement qu'elle ne savait plus comment s'en défendre elle-même. Un ancien aumônier du Sacré-Cœur d'Amiens, M^ Gerbet, évoque de Perpignan, ayant félicité publiquement la Société d'avoir à sa tête une telle supérieure, celle-ci dit à ses religieuses, qui s'en montraient charmées : « Mes pauvres filles, c'est bien en effet le meilleur choix que le bon Dieu pouvait faire... pour vous humilier. » Une autre fois qu'on venait de la complimenter pour le jour de l'an 18oj : « Ah! Dieu, répondit-elle, pourquoi m'avoir choisie pour conduire ces âmes ? Elles méritaient d'avoir une autre mère que moi. Pourquoi n'avez- vous pas suscité une Thérèse ou une sainte Chantai, ou telle autre enfin qui en valût la peine ! » La mère Henriette reprit : « Grâce à Dieu, il y a encore sur la terre des saintes Thérèse... et des saintes Madeleine'. »
Cependant ni cette sainteté, ni cette sage direction n'expliqueraient suffisamment l'action exercée par la mère générale sur sa Société si nous ne voyions à l'œuvre une troisième puissance : la puissance du cœur. M""^ Barat aimait tendrement, fortement toutes ses religieuses; et pour la bien connaître il faut présenter ici, en un tableau d'ensemble, les traits les plus saillants de cette affection : trails épars il est vrai, fournis souvent sans date, mais dont le plus grand nombre se rapporlu aux dernières années de cette belle vie.
L'une de ses filles a écrit : « Quel amour pur, vrai, désintéressé, elle avait pour nousl Chacune de nous sentait qu'elle était aimée; chacune se consolait de ses peines par ccttt; jxjnsée : « J'ai au ciel et au laboi nacle
1 Joiirn.ll (!.• l.-i l'ichalinii. \(] mors .•! 31 dé.-. \HfM.