‹ Histoire de Madame BaratChapitre 211 sur 311 · SON AFFECTION POUR SES FILLES · texte numérisé non relu

SON AFFECTION POUR SES FILLES

le Cœur de mon Époux, et sur celte terre le cœur de ma première mère. »

Cette affection débordait de la correspondance de jy|me Barat : c'est un fleuve intarissable de tendresse. « Inutile de vous dire, écrivait-elle un jour, le plaisir que m'a fait votre lettre. Ce plaisir de vous lire, c'est du vieux, c'est du nouveau. Notre affection ne s'use pas comme les choses de la terre; elle repose sur un fondement qui ne s'écroulera pas : le Cœur de Jésus. N'est-ce pas, ma chère fille? » Et à une autre, au lendemain d'une séparation : « Vous venez à peine de partir, et j'ai besoin de courir après vous. Ah! que votre présence, votre aide, me seraient utiles. A tout moment je le sens; et à tout moment je dois le sacrifier à notre bon Jésus. » L'amitié et la sainteté se confondent ici : c'est toute l'âme écrite de M"'^ Barat.

L'accueil qu'elle faisait à ses filles répondait à cette ardeur de sentiments. « Rien n'était comparable , nous rapporte l'une d'elles, à la joie qu'elle témoignait quand nous venions à Paris. Elle nous tendait les bras, elle nous embrassait, nous disant : « Venez, ma fille, venez, vous êtes chez vous, puisque vous êtes chez votre mère. » Aussitôt elle demandait dès nouvelles de la maison qu'on venait de quitter ; on eût dit qu'elle n'avait à penser qu'à celle-là, tant son affection y mettait d'empressement. La chambre, le feu, le repas, tout avait été préparé par ses soins. Alors avec quelle cordialité elle nous entretenait! Avec quelle confiance elle nous laissait lire dans le fond de sa belle âme ! Avec quelle compassion, ayant écouté le récit de nos difficultés, elle mettait aussitôt le baume sur la blessure ! Et qui s'est jamais retiré d'auprès d'elle sans être soulagé? »

On la trouvait toujours accessible, affable, quelles que fussent d'ailleurs ses occupations. Un jour qu'une novice, qui la connaissait à peine, s'effrayant à la pensée de franchir le seuil d'une supérieure générale, se tenait à la porte sans oser pénétrer : « Entrez, mon enfant, répondit cette mère dès qu'elle l'aperçut, entrez, la porte est toujours ouverte ici : c'est comme le cœur. »

L'Écriture a dit : « La joie qui reluit sur le visage du prince fait rayonner la vie, et sa clémence est comme une douce pluie du soir^ » Tel était l'effet produit par la présence de M""" Barat. On ne la rencontrait pas sans qu'elle vous adressât une parole gracieuse. A une de ses filles qui venait d'être un peu souffrante : « Ma chère fille, venez donc, je ne vous ai pas vue hier, et vous ne venez pas donner le bonjour à votre mère; ah! ce n'est pas poli ! » A une autre, qu'elle rencontre chargée d'un lourd fardeau : « Ma fille, votre bon ange compte chacun de vos pas. » A une sacristine, qui allait parer l'autel : « C'est bien de fleurir ainsi l'Époux des vierges, mais il faut lui donner aussi les fruits de votre jardin : vous me comprenez? » Parfois ce n'était qu'un mot : « Mon enfant, aimons Dieu, l'amour adoucit tout. — Que faites-vous de votre Jésus? — Je compte sur vous, ma fille. — Le ciel en est le prix. » Souvent un regard, un sourire, — ce sourire célèbre de M'"" Barat, — un signe de croix sur le front, une imposition de mains, en disaient plus que tous les discours. A défaut de parole, sa physionomie, si vive, parlait pour elle : on lisait son âme dans ses yeux.

1 In liiliii il.il<' vulliis regijj vita; el clctncnlia rjiis <\U3>'\ iiiibcr s^eroliiius. ( l'iov. XVI. \'i.

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