‹ Histoire de Madame BaratChapitre 214 sur 311 · SOIN DE LA SANTÉ DE SES FILLES · texte numérisé non relu

SOIN DE LA SANTÉ DE SES FILLES

prie- Dieu furtivement apportés par la même main. La nuit, on voyait parfois se glisser, comme une ombre, une forme silencieuse qui venait s'assurer si telle religieuse, plus délicate de santé, était assez couverte et n'avait besoin de rien. La mère générale disait à la dépensière du vestiaire et de l'office : « Il faut que chacune de nos sœurs ait tout ce qu'il lui faut. Libre à elles ensuite de se priver par pénitence; mais notre devoir, à nous, est de faire en sorte qu'elles ne manquent de rien. » Une religieuse arrivait-elle de quelque maison pauvre, M"*® Barat faisait visiter son trousseau avec attention, pour le remettre à neuf; et que de fois ne l'a-t-on pas vue pleurer d'admiration et d'attendrissement, en voyant dans ces vêtements usés, rapiécés, le témoignage de la courageuse pauvreté de ses filles* !

. Malgré ces précautions, voyait-elle quelqu'une de ses filles malades, elle n'épargnait rien pour arrêter le mal dès les premières atteintes. Au besoin , les médecins les plus célèbres étaient appelés. « Non contente des bons soins de notre docteur ordinaire, raconte une de ses filles, elle me faisait soigner par le docteur Cruveilhier; et, comme j'essayais de me défendre de cette préférence, lui demandant pourquoi elle le mandait pour moi, tandis qu'elle refusait qu'on l'appelât pour elle-même: « Ah! me dit-elle humblement, c'est « que moi je suis vieille, cela n'en vaut pas la peine; « mais vous, qui êtes jeune, si vous guérissez, vous « pourrez encore travailler longtemps à la gloire de « Dieu'. » Une aspirante, dont les yeux étaient dans

1 Tém. de M">' Courtois. Doc. n. 34, pp. 2 et 12. — H., M"'« Cornille, n, 57, p. 13; M-"* Boutourlinn, n. 59.

2 Témoignage de M'"'= Marie de Nicolay.

un état qui inspirait des alarmes, avait été envoyée à Paris pour consulter un oculiste renommé. Quand le docteur la fit appeler, M"^ Barat, qui était au réfectoire, quitte tout, et se hâtant, malgré les quatre-vingt-quatre ans qu'elle avait à cette époque, elle accourt assister à la consultation. Là, debout, la tête dressée, elle ne quitta pas d'un instant le regard de Toculisle, comme pour y lire Tarrèt de sa chère malade. « Il n'y a rien de dangereux, » déclara celui-ci. Aussitôt la sainte mère ouvre les bras à sa fille, et lui prenant tendrement la tête entre ses deux mains : « Ah ! chère enfant, dit-elle, vous ne deviendrez pas aveugle! » Elle semblait renaître^

Le premier soin de la mère générale, dès qu'elle mettait le pied dans une de ses maisons, était de se rendre à l'infirmerie. Souvent elle se faisait elle-même infirmière dans sa résidence de Paris : c'était un de ses attraits. Une de ses filles, momentanément paralysée, recevait ses aliments de M'"" Barat, qui venait les lui mettre elle-même dans la bouche, comme la plus tendre mère. Servait-on à la table de la mère générale quelque chose de plus délicat, quelques primeurs du jardin , à cause de son grand âge, la charitable supérieure, cachant cela sous sa pèlerine, allait le porter furtivement à quelque religieuse malade : « Tenez, ma fille, prenez, on n'en saura rien; » et elle se relirait en riant de son action, comme d'un bon tour joué à la sceur qui la servait. Ses visites elles-mêmes étaient un bienfait. « Pendant ma maladie, raconte une de ses chères filles, ma révérende mère, sachant que j'étais tiiste, montait à ma chambre , malgré le poids des années. Une fois

t Tôm. d." M"" Malliildo Wey, n. /J.

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