SA TENDRESSE POUR SES FILLES MALADES 48S
même elle passa deux heures près de mon lit, comme si elle n'avait eu autre chose à faire : et quelles heures aimables'! » Un jour, une novice, atteinte d'une légère fièvre, voit arriver près d'elle la mère générale, dont les jambes, fort malades, étaient alors hors d'état de la porter : « Eh quoi! ma mère, c'est vous! s'écriat-elle étonnée. — Chut! ma fille, n'en dites rien, répond M""^ Barat, j'ai voulu m'assurer par moi-même que vous êtes soignée comme il faut, et pour cela j'ai monté l'escalier à genoux ^ »
Même commisération, même charité secourable pour les peines du cœur, bien autrement poignantes que les souffrances du corps. « Quand vous êtes dans la peine, écrivait- elle un jour, je désire le savoir. Si je ne puis vous consoler, du moins je prie et fais prier, afin de vous soulager selon mes faibles moyens. »
Elle entrait dans les affections de famille de ses reliligeuses, aimant beaucoup leurs parents, et s'intéressant à tout ce qui leur arrivait d'heureux ou de malheureux. Une de ses maximes était que « les parents qui donnent leurs enfants à Dieu doivent en recevoir leur récompense au centuple, même dans ce monde. » Elle compatissait aux maux qui les frappaient, soit peines • de cœur, soit désastres de fortune. Non contente de les plaindre, elle faisait son possible pour les soulager; et, dans plusieurs de ses lettres, nous la voyons chercher le moyen le plus discret de rendre à certaines familles, ruinées ou appauvries, ce qu'elles avaient donné à la Société pour la dot de leurs filles. Elle ne montrait pas moins de générosité dans les affaires d'héritage, comme
1 Tém. de M'"« Marie de Nicolay.
'-i Tém. de M™« de Franciosi, n. 86.
488 HISTOIRE DK MADAMK BARAï
on le voit par celte lettre à une religieuse, qui venait de perdre sa mère : « Soyez libre de faire tous vos arrangements pour la succession, de manière à conserver l'union de votre famille et l'estime qu'on doit faire de notre Société. C'est tout ce que nous voulons; et nous le prisons bien plus que les quelques mille francs qui pourraient nous revenir*. »
Elle ne manquait guère les occasions d'obliger les parents de ses religieuses. Le plus habituel de ces ser-
. vices était de faire donner aux jeunes enfants de ces familles l'éducation du Sacré-Cœur. « Je n'ai rien fait de plus pour les miens, » disait-elle. Ici, comme partout, le prix du don était doublé par la manière de donner. Ainsi, ayant appris qu'une de ses supérieures avait une jeune nièce que la gêne de ses parents privait d'entrer au pensionnat, elle s'entendit à cet égard avec les religieuses de cette communauté, et, la veille de la fête de la supérieure, elle lui écrivit : « Ma fille, votre délicatesse et votre discrétion, qui me sont bien con-
• nues , m'imposent la douce obligation de prendre part au bouquet de fêle que vos filles désirent vous offrir. Ma fleur sera votre nièce, qui vous arrivera, par nos soins, dans quelques jours, et que vous recevrez comme l'enfant que vous confie votre pauvre mère-. »
j^jme }3Qpat s'inquiétait principalement pour l'àme des parents de ses filles. « Ah 1 je comprends, ma fille, écrivait-elle à l'une d'elles, ce que votre cœur doit soulTrir de vos chagrins et de vos inquiétudes au sujet du salut de vos chers parents. En partageant votre douleur, je. m'unirai à vous, afin d'oblenii- du Cœur si niiséricor-
i Paris, 30ocl. 1853.
2 Por.. n" ■'il, pp. ^t fl .').