‹ Histoire de Madame BaratChapitre 217 sur 311 · ELLE CONSOLE LES DEUILS DE SES FILLES · texte numérisé non relu

ELLE CONSOLE LES DEUILS DE SES FILLES

combien plus tendrement savait -elle compatir aux épreuves de l'âme! Elle versait sur ces peines spirituelles le baume souverain de l'amour de Dieu. « Ce que vous me dites, ma fille, de votre intérieur, m'a pénétré dans le fond de l'âme, écrivait-elle à une de ses anciennes compagnes. Il est donc bien vrai que le Maître continue à vous traiter comme sa bien-aimée, comme son épouse fidèle et généreuse, en ne vous laissant que l'amertume de son calice. Ah! il vous traite comme il l'a été de son Père. J'envie votre sort : c'est celui des âmes fortes et vraiment éprises de l'amour pur'. » A une autre, elle proposait cette consolation, dans laquelle on retrouve un reflet de l'imagination de saint François de Sales : « Vos peines, ma chère fille, sont choses qu'il faut laisser à Notre- Seigneur, après en avoir tiré profit, pour votre âme. L'abeille, pour faire son miel, ne suce pas toujours les fleurs dont le suc est doux, elle y mêle l'amer, et c'est de ce mélange que se compose cet aliment d'un goût si délicieux. Agissez de même, ma fille, et faisant passer par le Coeur de Jésus vos tristesses comme vos joies, vous composerez le miel de votre perfection^. »

On a dit avec raison que c'est donner deux fois que de donner à propos. Les consolations de la mère Barat avaient ces délicates opportunités. Une religieuse rapporte : « Lui ayant écrit dans un moment de peine, je reçus aussitôt une réponse de quatre pages. C'était le vendredi saint : « J'ai voulu, me disait -elle, que ma « lettre arrivât dans un jour où il vous sera doux de « déposer votre peine au pied de la croix. J'ai désiré

1 A M"" H. Grosier. Turin, 2 juillet 1832.

2 A M"-' L. Merilhou. Paris, 11 avril 1843.

« aussi que ma réponse vous parvînt avant la belle fête « de Pâques; car la joie du cœur de votre mère n'eût « pas été complète, si elle eût pu penser que votre âme « était dans la peine en un si beau jour. »

L'affection de M""^ Barat pour sa grande famille s'exerçait sur tous ses membres indistinctement, sans aucune acception de personnes. Si cependant on y pouvait distinguer quelque préférence, ce serait en faveur des sœurs coadjutrices qui, par leur condition, lui représentaient mieux l'humilité de son Epoux.

D'abord , elle Jes respectait par la considération de « l'éminente dignité des pauvres dans l'Eglise ». Elle honorait leur rang, elle enviait leur sort. Souvent elle leur disait : « Ah ! que j'envie votre petit bonnet! je l'ai bien demandé; mais il ne m'a pas été accorde. » — « Voulez- vous échanger votre place avec la mienne? disait-elle à une sœur chargée de la basse-cour. Il me semble que, dans votre emploi, je ne perdrais jamais de vue la présence de Dieu; que je serais heureuse! » Un jour, vers l'heure de midi, on la trouva à la cuisine qui pelait des pommes de terre, sous les ordres d'une sœur qui, ingénument, lui donnait des leçons : « ]\bMitrez-moi, ma bonne sœur, lui disait la mère générale, car je ne sais rien faire de bien. » Une autre fois, — on était alors rue Monsieur, — passant par la partie des jardins de l'hôtel Biron qu'on nommait la prairie , elle s'offrit de remplacer la sœur qui gardait les vaches pendant le temps que celle-ci préparait son élable; et, prenant gaiement le bâton de la vachère, elle remplit son office comme si elle n'avait fait autre chose de sa vie'.

1 Tcm. ff'cucillis pnr M™» Sophie Dussaussoy. Doc. n. ■'•(>, p. 2t>.

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