SA CONDESCENDANCE ENVERS LES SOEURS
de recevoir pour une autre maison , elle fît appeler la sous-assislante : « Il paraît, ma mère, que nos sœurs cuisinières ne se consolent pas de ce départ. Je ne voudrais pourtant pas leur faire de chagrin. Allez leur annoncer que le voyage est différé : sœur IMarthe ne partira pas, » On voulait congédier une sœur négligente et d'un caractère difficile; mais apprenant que la pauvre fille était sans force et sans ressources, M™^ Barat suspendit la sentence. « Je suis partiale pour le malheur, » dit-elle en s'excusant. J'avoue que, aux yeux de plusieurs, cette condescendance de la mère générale était bien près de paraître une faiblesse ; mais l'excès dans la bonté est le défaut des grandes âmes. « Il n'y a que les grands cœurs, a écrit Fénelon , qui sachent combien il y a de gloire à être bon. »
Nous avons déjà vu la sollicitude de la mère générale pour la santé de ses filles. Elle était plus mère encore, si cela eût été possible, pour les coadjutrices. Elle défendait qu'on les surchargeât de travail ; elle voulait qu'on leur accordât le repos dans leur vieillesse. Elle se dépouillait en leur faveur de tout ce qu'elle avait, donnant à l'une son linge, à l'autre sa chaussure, qu'elle lui mettait elle-même. Lorsqu'elle les visitait dans leurs maladies, sa parole était toujours pleine d'encouragement : « Eh bien ! ma sœur, le bon Dieu vous prend par votre faible, vous qui aimiez tant agir et qui travailliez si bien. Vous allez en profiter pour vous unir davantage à Jésus et à sa croix ^ » Ce nom de sœw était l'expression fidèle de la nature de ses relations avec ces filles de son Dieu. Un jour, malade
1 Tém. de sœur Amélie Hamel, n. 66.
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elle-même, elle apprend que l'une d'elles est près de mourir. « J'y vais, dit- elle aussitôt. » Alors la sœur Agnès lui ayant objecté : « Mais, ma mère, ce n'est qu'une sœur! — Qu'une sœur, repiit-elle vivement; n'a-t-elle pas une âme comme moi? N'est-elle pas, comme moi, épouse de Jésus- Christ? Je ne fais pas de distinction entre les grands et les petits. » Et elle quitta son lit pour se rendre auprès de celui de la sœur Dubois'. A la mort de la sœur Marie, qui l'avait servie quinze ans, on l'entendit sangloter, répétant durant la nuit : « Ah! ma pauvre Marie! ma pauvre Marie! » Cette peine se renouvela, plus intense encore, à la mort de sœur Agnès, en 1863 : « J'ai perdu, s'écriait- elle, ma fidèle compagne! » Elle ne pouvait, en ces jours-là, ni manger ni dormir : ce fut un des sacrifices les plus pénibles à la vieillesse de M"'^ Barat.
Cette multitude de faits, si simples, si familiers, sontils dignes de l'histoire? Plusieurs en douteront peutêtre. Mais ayant à présenter une image de celle qui lut l'humble disciple du Dieu doux et bon, je me suis dit que ces traits achèvent le portrait; et s'il est vrai, comme le Seigneur l'a déclaré, qu'un verre d'eau froide donné en son nom ne sera pas sans récompense, n'est-il pas de notre devoir d'enregistrer tant de titres à la récompense céleste dans la vie d'une sainte?
Comment une telle charité dans une supérieure n'aurait-elle pas été payée de retour? M'"" Barat fut aimée plus (jue jamais ne Ta été aucune mère de famille. Elle l'est encore aiijoiiid'liui ; cl, dix ans après sa inoit, nous trouvons jiailout cet amour aussi ardent, aussi
1 Icin. di' 8t>ur Eu|>lirosino Gerbel , ii. 1 lO.