‹ Histoire de Madame BaratChapitre 220 sur 311 · SAINTETÉ DE SES AFFECTIONS · texte numérisé non relu

SAINTETÉ DE SES AFFECTIONS

universel qu'aux plus beaux jours de sa vie. Mais hâlons-nous d'ajouter que cet amour filial, l'humble mère le repoussait dans ce qu'il avait de trop vif et de trop personnel, comme une sorte de larcin fait au domaine de Dieu : « Ne mettons rien, disait-elle, entre notre regard et Jésus, entre notre cœur et le sien^ » Et un jour, regardant ses religieuses rangées en cercle autour d'elle : « Ah! mes filles, que je vous aime! J'ai cependant besoin de vous dire : vous n'êtes pas mon Dieu, car mon Dieu est si grand ! mais vous êtes les échelons qui me portent vers Lui. »

Ce désintéressement, cette pureté d'intention, lui faisait écrire à quelques-unes de ses filles plus aimées, plus aimantes : « Une inquiétude trouble la paix de mon cœur. 0 Dieu ! si j'étais cause de l'extrême sensibilité que je remarque en vous! Combien je le prie qu'il vous donne une âme libre et dégagée ! » Et dans un autre endroit : « Qui a aimé ses amis plus tendrement que Jésus lorsqu'il était sur la terre? Seulement, ma fille, aimons- le par-dessus tout, et que votre cœur soit prêt à sacrifier voire mère si votre Epoux le demande : nous sommes à Lui avant tout ^ » Sans doute il en coûta à un cœur aussi tendre que celui de.M""® Barat de rompre ainsi ces attaches à mesure qu'elle se sentait enlacée plus fortement et plus étroitement. On sent, à travers ses leltres, la blessure ^ui saigne sous la flèche qu'elle arrache d'une main souvent émue, mais toujours courageuse. Ce fut, nous n'en douions pas, le plus grand sacrifice de la vie de M"'*' Barat. Mais

1 Tém. de M"" Marie Vaschalde, n. 7.

2 A M""- E. de Gramont. Cliombr'ry , 31 juillet et 31 août 1818.

elle avait pour l'aider dans celle opéralion ses deux verlufe les plus chères : rhumililé d'abord, qui lui disait qu'elle n'était rien, qu'elle ne méritait rien; puis la charité, qui lui disait que Dieu est tout, et que l'amour de l'homme n'appartient qu'à Lui. Ne semble-t-il pas d'ailleurs que Dieu , jaloux de posséder à Lui seul ce grand cœur, ait voulu le lui montrer d'une manière sensible, en permettant que les trois filles qu'elle avait le plus aimées, M""" de Gramont, Galitzin, de Limuiinghe, aient été l'occasion, je ne veux pas dire la cause de ses plus grandes peines? C'est par ce moyen qu'elle se sanctifia ; c'est par cette voie de solitude qu'elle atteignit à cette pureté de cœur immaculée et inaltérable qui fait s'écrier à saint Bernard : « 0 amour tout de sainteté! ô sentiment tout remj)li de chastes délices! Ici rien n'altère la pureté de l'intention : c'est la coupe sans la lie, c'est l'or sans l'alliage. Le bonheur qu'on y goûte est d'autant plus pur qu'il est tout divin : en être arrivé là, c'est être déifié'. »

1 « 0 amor sanclus el castus ! o dulcis et suavis afl'eclio: o pura et defaecata iiilenlio volunlalis, eu ccrlè purior quO iii ea niliil admixlum reiinquilur, eô suavior quù tolum divinum eslquod sentitur : sic affici deificari est. •• (Bern. de dilig. Deo , cap. vu.)

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