‹ Histoire de Madame BaratChapitre 221 sur 311 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LE NID CASSINI — LA MAISON MERE AU BOULEVARD DES INVALIDES LE GOUVERNEMENT DE M™^ BARAT

Le Sacré-Cœur est exproprié de la maison des Feuillantines. — Asile provisoire de la rue Cassini. — Fondations à Pérouse, à Posen, à la Havane, à Chicago, à Talca, à Chamartin de la Rosa. — Installation à la nouvelle maison mère. — Bénédiction de la chapelle par Ms^ Morlot. — Gouvernement de M""' Barat. — Sa correspondance. — Les trois actes du gouvernement. — Consiiiulion de ses familles. — Elle ne commande qu'au nom de Jésus-Christ. — Fermeté et douceur dans ses ordres. — Sa condescendance. — Elle admire l'obéissance dans sa Société. — Conservation et direction de ses familles. — La vie de prière et de sacrifice dans les supérieures. — La vie d'action, force et douceur. — Administration inspirée par l'esprit de religion, d'équité, de pauvreté et de chanté. — La répression. Ses divers degrés : avertir, reprendre, menacer et punir. — Le gouvernement et le commandement des saints.

M™^ Barat s'était dit, en entrant aux Feuillantines, que là était « le petit nid où elle devait mourir. » Dieu ne le voulut pas.

On était au lendemain de notre victorieuse expédition de Crimée. Libre de ce côté, le gouvernement portait sur un objet dificrend l'activité de la France, comme pour tromper sa soif de révolutions; et l'on sait, par exemple, quelle fièvre de démolition et de reconstruction dévorait alors Paris, que l'on voulait distraire en le transformant. Les Feuillantines, com-

prises dans ces projets de bouleversement, ne purent échapper au coup de l'expropriation : « Vous savez, écrivait la mère générale dans le mois d'avril 185G, la manière dont nous sommes logées aux Feuillantines, si convenablement, dans un air si pur, un calme ravissant, non loin de nos relations, avec un jardin agréable et de dimension suffisante. Or voici que l'on veut nous exproprier, afin de faire passer des rues dans notre enclos, que l'on coupe en quatre. Nous essayons de réclamer, mais ce sera en vain : où nous réfugierons-nous? Dieu seul le sait; d'autant plus que Paris est tout eu décombres et n'offre plus d'asile qui puisse convenir à une communauté. Vous voyez que nous ne pouvons jouir d'un moment de calme; et la paix, qui vient d'être signée pour tant de nations, ne nous apporte que trouble. » — « Ainsi, concluait-elle dans une autre lettre, au Sacré-Cœur il faut être dégagé de tout, et ne tenir à rien *. »

Après de vaincs recherches pour se loger ailleurs, jyjmc gapat, se résigna à bâtir la maison mère et le domicile de la Probation dans la partie des jardins de l'hôtel Biron, située à l'extrémité de ce vaste enclos, et loin du pensionnat, dont elle tenait à éviter le disirayant voisinage. En attendant, on prit dans la rue Cassini une petite maison de louage, où les mères assistantes et douze ou quinze probanistes pouvaient à peine trouver place. On lui dunna le nom de nid Cassini. L'habitation consistait en un petit corjis de bâtiment présentant deux ailes, et s'ouvrant pai- un modeste porti(iue à colonnes sur un jarditi contigu à l'Observatoire*. « C'est

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TRANSLATION A LA RUE CASSiNI 501

un coin, rien que cela, écrivait le 15 mars 1856 la mère générale. Mais si nous y sommes gênées, nous y serons réunies, et la maison mère subsistera. Nous sommes dans le même quartier que précédemment, calmes et bien entourées : prenons patience pour trois ans^ »

On y entra au mois d'avril ; une petite chapelle y fut d'abord ménagée : c'était le grand point pour M™*' Barat : « Ce qui nous importait, écrivit-elle, était de loger le Maître chéri convenablement. Son logis est modeste, mais nous le possédons : c'est tout^ »

Cependant on s'occupait de la construction de la future maison mère. Le 29 juin eut lieu la bénédiction de la première pierre. M"'® Barat sentit qu'elle posait les fondements d'un cénacle d'apôtres, car elle dit, ce jourlà, à ses religieuses de la rue de Varennes : « Dans les desseins de Dieu, l'univers vous appartient. Son Cœur vous l'a donné pour que vous l'y fassiez régner. Pourquoi ne sommes-nous encore qu'en si peu de lieux? Pourquoi, lorsqu'on nous appelle partout, y a-t-il encore si peu d'ouvriers? C'est là un mystère que l'avenir dévoilera peut-être, mais je ne puis le comprendre. »

Le Sacré-Cœur continuait donc à être demandé partout. En Italie, Son Eminence le cardinal Pecci l'appelait à Pérouse. Naguère nonce en Belgique, ce prélat y avait coTinu l'Institut dans ses visites fréquentes à Jette- Saint-Pierre. Devenu évêque de Pérouse, il se disposait déjà à l'attirer dans cette ville, lorsque le pape Pie IX, étant venu le visiter, l'affermit dans ce dessein, et laissa même en partant cinq cents écus romains pour les prc

1 A la mère Gration. Paris, l-'l mars 1857.

2 A >[■"' Lehon. Poris, 30 mai 1857.

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miers frais. « Ce sera pour les écuelles, » dit- il simplement. Un désir venu de si haut était un ordre pour la supérieure générale : « Le pontife de Jésus-Christ a parlé, écrivit-elle à la mère Lehon. J'en ai la eonfiance, le bon Dieu ne nous refusera pas son secours pour une mission présentée par celui qui a son pouvoir sur la terre'. » Le 17 novembre, une colonie formée à Rome alla s'agenouiller, avant de partir, aux pieds du Saint- Père : « Allez, ma fille, dit le pape à la supérieure, allez gagner des âmes au Cœur de Jésus, et faire dans ce pays tout le bien que vous pourrez. » Hélas! la révolution ne lui en laissa pas le temps.

En Allemagne, la Société s'établit, l'année suivante, dans le grand duché de Posen. « Je suis obligée de lutter avec les Polonais qui viennent à Paris, écrivait M""^ Barat dès 1856 ; ils poussent de toutes leurs forces. C'est un triste métier que celui de la résistance quand on voudrait accorder, et cependant nous ne pouvons avancer dans ce moment. » L'archevêque, M^Léon Przyluski,et le général Chlapowski, père d'une novice de la Société, insistèrent tellement qu'enfin elle céda. Parmi celles qui furent envoyées à Posen se trouvait une Polonaise, la mère Pélagie Dziekonska , à qui M""* Barat n'avait à reprocher que son enthousiasme pour la Société et sa mère générale. C'est sur ce point qu'elle lui donna de sévères instructions : « Je désire que lorsque l'on vous interrogera sur la Société, les réponses soient humbles et modestes; que l'on se mette au-dessous de tous les ordres religieux, (pii tous ont travaillé plus que nous; (|u'on passe sur le nombre des maisons: on peut élu-

• rarifi. 20 juin 1857.

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