FONDATIONS A PEROUSE , A POSEN
der les demandes; que l'on se taise surtout sur les supérieures, et que l'on ne prononce pas le nom de fondatrice, qui est vaiment usurpé... J'espère que l'on obéira sur ce point : j'y tiens beaucoup. » L'œuvre du Sacré-Cœur à Posen commença en avril 1858, par les enfants pauvres qui, jusqu'alors, n'avaient eu pour s'instruire que les écoles luthériennes. L'ouverture du pensionnat se fit peu de temps après, et le Cœur de Jésus fut béni par toutes les classes dans ce noble lambeau de la catholique Pologne.
La famille du divin Cœur s'étendait également dans les deux Amériques.
Par une belle journée d'octobre 1857, les probanistes se groupaient en récréation autour de la mère générale : « Vous savez, mes enfants, leur dit -elle, que depuis longtemps l'on nous demande à la Havane : le gouverneur de l'île m'a offert un million pour un établissement. Je lui ai répondu que nous n'avions pas besoin de tant d'argent pour cela, mais qu'il était nécessaire d'attendre que l'Amérique nous eût fourni des sujets pour lui en procurer. Or, mes enfants, voyez combien Dieu est admirable!... Voici que l'on m'annonce de Manhattanville que, depuis le mois de juin, dix-neuf postulantes sont entrées au noviciat, parmi lesquelles trois Havanaises. Notre- Seigneur veut donc êlre glorifié dans cette île; et hier, un jésuite, le Père Munnar, recteur du collège de la Havane, est venu me presser, déclarant qu'il ne sortirait pas de chez nous avant d'avoir reçu ma promesse formelle'. » M™'' Barat promit. Quelques mois après, janvier 18^8, la mère
1 Journal de la Probation, 16 oct. 1857.
Hardey, vicaire de rAmérique de l'Est, conimenoa la fondation, « L'on me fait craindre, ma chère fille, lui écrivit la supérieure, que celles qu'on vous enverra soient exposées à prendre la fièvre jaune, qui chaque année sévit dans le pays... Mais cette recrue, qui vient de nous être envoyée presque miraculeusement, doit exciter notre confiance et notre abandon au Sacré-Cœur de Jésus ^ »
Dans le nord, à Chicago, sur la rivière de ce nom et le lac Michigan, l'évèque, M^ Anthony Duggan, voyait sa ville épiscopale, qui était de cinq mille âmes en 1833, prendre cette prodigieuse extension, qui aujourd'hui porte au chiffre de trois cent cinquante mille le nombre de ses habitants. Il y appela le Sacré-Cœur en 1857. « Le moment est favorable, écrivit le prélat à la supérieure de Saint-Louis. Si vous venez cet été, vous aurez maison pleine en septembre ; et d'ici là le temps de faire bâtir, car les affaires vont vile en ce pays. Ne me refusez pas cette bonne œuvre, Madame, j'y vois le doigt de Dieu^ » M""' Barat, ne sachant comment elle y pourvoirait, eut un moment la pensée de transférer à Chicago le personnel de Saint-Charles, ce berceau des premières missions du Sacré-Cœur devenu le tomlieau de M""** Duchesne. M*"" Jouve, invoquant ce souvenir deux fois sacré, plaida la cause do Saint- Charles : « Ecoutez, écrivait-elle le 26 octobre 1857 à M"* Barat, écoulez la njère Duchesne qui, du haut du Ciel, demande grâce pour cette pauvre petite maison. » Saint- Charles fut conservé, ce qui n'empêcha pas la fondation de Chicago de s'accomplir en août 1858.
1 Paris, '.• nov. 18;»7.
a A M™' «inilwey. Chicnpo. 21 mnrs 1KS7.
FONDATIONS DANS LES DEUX AMÉRIQUES 30o
L'Amérique du Sud ne possédait encore que la petite colonie de Santiago, lorsque M. Ju&to Pastor Tapia, curé de la ville de Talca, y appela le Sacré-Cœur. A peine installées, les religieuses se trouvèrent au foyer d'une guerre qui divisa le pays; mais, protégées par leur admirable charité et le respect égal des belligérants de l'un et de l'autre parti, elles virent leurs écoles gratuites se remplir d'un si grand nombre d'élèves, que ]yjme ^jy Rousier demanda du secours à la mère générale, a A force de chercher, répondit M"^ Barat, j'espère que nous trouverons quelque petit fretin; car nous ne sommes que cela , croyez-le bien, chère Anna. Et pourtant le divin Cœur se sert d'instruments si faibles! Si nous n'étions pas humbles, que nous serions coupables! Sans cette humilité, nos œuvres seront comme la feuille sèche, qui n'est bonne qu'à faire du fumier^ »
Mentionnons encore, au cours de l'année 1859, la fondation de Chamartin-de-la-Rosa, près de Madrid. Il y avait longtemps que le Sacré-Cœur était appelé au centre de l'Espagne. Répondant à cet appel, la mère vicaire du Midi, M""' de Valancise, avait visité Tolède et Alcala, puis le couvent de Valgarde, quand, traversant les plaines arides de la Caslille, elle y remarqua une sorte d'oasis plantée d'arbres et pleine de fraîcheur, qu'on lui dit être le domaine de Chamartin-de-la-Rosa, ainsi surnommé à cause de ses haies de rosiers. Elle eût voulu l'acquérir; mais dès qu'on en parla à son propriétaire, le duc de Pastrana : « Chamartin n'est pas à vendre, » répondit- il avec une fierté toute castillane. Cependant, apprenant que c'était pour y fonder une mai-
I Paris, 30 janv. 1839.
son du Sacré-Cœur: « Ah! pour cela, reprit le duc, il me plairait de la donner. » Une vaste maison meublée et dix ou douze hectares entourés d'excellents murs, furent ainsi cédés en pur don au Sacré-Cœur, avec les procédés de la plus délicate générosité : « Ah ! mes bonnes filles, répétait la mère générale en apprenant ces progrès de la Société, pour soutenir de telles œuvres il faudrait des apôtres: et où sont les apôtres'? » Et ailleurs , faisant un retour sur elle-même : « J'aurai bientôt mes quatre-vingts ans accomplis ; et j'ai fait si peu dans ma vie, car les travaux mal faits ne doivent pas compter. Que je remercie le Seigneur, qui me met dans la nécessité de réparer le temps perdu! Demandez au divin Cœur de me faire cette grâce ^ »
Cependant, dès la lin d'octobre 1858, la nouvelle maison mère avait déjà pu recevoir les probanistes. Cette construction s'élevait dans le fond des dépendances de l'hôtel Biron qu'on appelait la prairie. C'était un bâtiment tout moderne et sans grand caractère religieux, mais bien ordonné dans ses distributions, d'un côté s'ouvrant sur le boulevard des Invalides, et de l'autre présentant au jardin sa façade principale, dont l'ornementation n'avait que l'inconvénient d'être trop monumentale pour les goijls de simplicité de M"^'' Barat.
Cette digne mère y rejoignit ses filles le 7 novembre , fêt(î de la Dédicace des églises de Franco. Son premier soin fut d'y mettre l'esprit du Sacré-Cœur, secondée en cela i)ar les anciens amis de la Société. M'^ Parisis
• .lournal de la l'rol)alion, 21 aoftl 18?i9. i l'aris, If. ocl. is.;'.).