‹ Histoire de Madame BaratChapitre 223 sur 311 · LA NOUVELLE MAISON MÈRE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE MAISON MÈRE

y vint prêcher l'esprit de générosité : « S'oublier, dit- il , ne penser qu'aux âmes, travailler, prier, souffrir, mourir pour les sauver: voilà la vocation d'une religieuse du Sacré-Cœur'.» M. l'abbé Trébuquet, de passage en France, y rappela le devoir de la docilité à la parole et à l'exemple des premières fondatrices : « Elles semblent maintenant toucher au terme de leur carrière, et elles savent que les jours qui leur restent sont comptés. Le jour est proche peut-être où , comme Elie , elles seront enlevées sur le char de feu de la divine Charité. Voilà pourquoi elles se hâtent de vous enfanter à la perfection religieuse. Ah ! écoutez- les bien; et lorsque leur voix viendra à défaillir, regardez-les encore, car leur silence parle-. » Mais le plus illustre de ces apôtres du Sacré-Cœur s'était, depuis un an, endormi dans la tombe. Le Père de Ravignan était mort le 26 février 1858, jour de la fête des Cinq-Plaies, en disant ces paroles : « La plaie du Cœur de Jésus, quelle belle porte pour entrer dans le ciel! » Les dernières lignes qu'il écrivit furent pour la famille religieuse de Conflans : « Au ciel , si Dieu daigne m'y appeler, je ne vous y oublierai pas. Adieu, je vous bénis pour l'éternité^. »

La chapelle de. la maison ne fut achevée et bénite que le 22 juin 1859. Le cardinal Morlot fit bien voir en ce jour sa vénération pour la mère Barat. Répondant au discours que lui adressa M. l'aumônier : « Je fais des vœux, dit le pontife, non-seulement pour l'édifice matériel que voici, mais pour cet autre édifice de la

1 Journal de la Probation, 16 janv. 1859.

2 IL, 15 mai 1859.

3 V. Vie du P. de Ravignan. — Hem. Notice sur la mère Gœtz, p. 154.

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Société fondé il y a soixante ans, et dont je suis heureux de voir encore ici la première pierre; cette pierre angulaire qui, toute cachée qu'elle est, en supporte tout le poids. Puisse-t-elle le soutenir longtemps encore pour la prospérité d'un ordre quia si bien mérité de rÉglise et de tous ceux qui ont à cœur la gloire de Jésus-Christ. »

Confuse de ces paroles. M™® Barat tomba aux genoux du cardinal , en prononçant quelques mots que la faiblesse de sa voix ne permit pas d'entendre , et elle lui présenta les clefs de sa maison. L'archevêque se contenta d'y porter la main, puis les lui remettant : « Madame la supérieure générale, lui dit- il, je les touche avec bonheur, mais je m'empresse de vous les rendre, à vous qui les avez si bien gardées jusqu'ici. Elles ne peuvent être en meilleures mains. Gardez-les, Madame, gardez -les longtemps encore. » Toute l'assistance était émue jusqu'aux larmes*.

Cette maison du boulevard fut ici-bas la résidence définitive et dernière de M'"^ Barat. C'est de là que, désormais inipuissante à voyager, ctd'ailleurs remplacéedans la visite de ses familles par les mères vicaires, la supérieure générale allait exercer, par correspondance, le laborieux gouvernement de sa Société.

Chaque matin lui arrivait un courrier si énorme, que le facteur (jui rapjiortaiton était ellVayé : « Voilà bien de Touviagi^ pour cette dame, disait-il, et je la plains s'il lui fautrépondrcà tant de monde-.» M""" Baral répondaitrégulièriMnenl il loul. huiaiil toute la matinée, et souvent

1 Jouriiiil de la l'iobalioii, 21 juin \Sl^9, p. l^i à 83.

2 \ \]"' lie Fjiiiininphc. Paris, 1^ janv. [81V).

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