SON ACTIVE CORRESPONDANCE
la soirée, pendant cinq ou six hieures, on entendait sa plume courir, sillonner le papier de sa rapide et puissante écriture, en même temps que sur sa vive physionomie se reflétaient tour à tour les divers sentiments qui lui dictaient ces lignes. Parfois elle suspendait quelques instants son travail pour aller se reposer dans la visite de Jésus- Christ. On lit dans quelques lettres : « J'abrège, je voudrais aller un peu prier, ma fiUe^ » Alors, quittant tout pour se rendre à la chapelle, elle ne marchait pas, elle volait; c'était le vol impétueux, irrésistible de l'amour. Le plus souvent elle se contentait de serrer d'une main ardente sa croix pectorale, c'était son geste habituel, ou de porter rapidement son regard sur le crucifix placé devant ses yeux, comme pour lui demander conseil et encouragement. On la dérangeait fréquemment : « Comme César, je voudrais faire quatre choses à la fois, avouait -elle dans une lettre. J'en fais souvent deux : écrire et écouler; et c'est déjà trop pour ma courte intelligence. Vous me lirez avec indulgence, n'est-ce pas^? »
Dans la rapidité d'une telle rédaction, on le devine assez, l'art n'entre pour rien. L'ordre, la simplicité, la clarté, la mesure, sont les premières qualités des lettres de M"'® Barat. On y retrouve bien aussi cette pointe d'esprit, que l'on a nommé la pointe bourguignonne, et qui rendait si piquante la conversalion de la spirituelle mère. Mais la raison et le cœur font les principaux frais de cette correspondance, épanchement limpide et spontané d'une âme qui se montre simple-
1 A M"n« G. de Brou. Paris, 30 mai. 1836.
2 A M'" Em. de Bouchaufl. Paris, H ocl. 1833.
ment telle qu'elle est ; et quelle âme que celle-là! Quelqu'un a écrit : « Plus une parole ressemble à une pensée, plus une pensée ressemble à une âme, plus une âme ressemble à Dieu, plus tout cela est beau. » Telle est la beauté propre des lettres de M""® Baral : le fond en est de Jésus, c'est Lui (jui éclaire tout ; et quel que soit le sujet qui remplisse les pages, toujours un mot, une ligne, reportent le regard vers Lui, et font, pour ainsi dire, resplendir à la cime des choses les plus arides une étincelle de son amour, un rayon de sa face. «Ahî ma fille, avouait-elle, lorsque le nom de Jésus ne se trouve pas sous ma plume, je ne m'en sers qu'à regret. » Et dans une autre lettre : « Hélas ! je n'ose emprunter le langage de saint Bernard, qui disait ne goûter aucune conversation si ce nom ne s'y rencontrait. C'est bien pour lui du moins que nous parlons d'autre chose. Mais il serait plus consolant de ne parler que de Lui ^ »
Cette habitude de la pensée de Dieu servira à exi)liquer le caractère tout évangélique du gouvernement de M""® Barat. Nous en avons raconté successivement les actes; maintenant il importe d'en considérer l'esprit; et ayant vu dans quels champs le pasteur a conduit le troupeau, voyons quelle était la main, à la fois ferme et douce, qui tenait la houlette.
Tout gouvernement comprend trois œuvres : œuvre d'orijanisation ou de constitution, œuvre de conservation ou de direction, œuvre, s'il y a lieu, île rcfonna- /l'on et de coirection. Constituer, diriger, corriger: ce fut l'ouvrage de toute la vie de M""^ lUirat.
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