ESPRIT DE SON GOUVERNEMENT SU
L'organisation d'une famille religieuse consiste d'abord dans le choix de la supérieure et des premières officières. Ce devoir était une œuvre sainte pour la mère générale. Elle n'attribuait à ses filles telle ou telle fonction qu'après avoir consulté, médité, prié. « C'est au pied du tabernacle que notre mère générale réglait les affaires de la Société, rapporte une religieuse. Plusieurs fois il arriva qu'à la suite de ses oraisons elle changea tout à coup la destination de telle de ses filles, à laquelle elle venait de donner une obédience. « C'est « Dieu qui le veut, ma fille, » disait- elle. L'accent avec lequel elle prononçait ces mots ne permettait pas de douter que ce ne fût, en effet, un ordre du Ciel même*. » Jamais, d'ailleurs, elle ne demandait l'obéissance qu'au nom de Jésus- Christ et pour l'amour de Lui : « Soyez à Dieu, ma fille, sans réserve, sans partage. Dès lors que Jésus vous place à Paris ou à Constantinople, tout vous sera égal et indifférent, parce que partout vous trouverez votre Dieu et les âmes rachetées de son sang^ » Une de ses maximes était « qu'une religieuse du Sacré- Cœur ne doit avoir d'autre patrie que l'univers et le ciel ».
Conséquemment, toute apparence de lâcheté la révoltait presque comme un sacrilège; et celles qui se souviennent de son admirable douceur se rappellent aussi ses indignations quand, par exception, la pusillanimité lui opposait des refus qui retombaient en outrage sur le Cœur de Jésus même : « Vous n'êtes pas obéissante, parce que vous n'êtes pas humble, écrivait -elle à une de ses filles; vous manquez donc à vos vœux. Et que
1 Tém. de M'"' S. Cardon, n, 189, et de M"": Sophie du Ghélas, n. 83.
2 Paris, 17 sept. 1839.
faire? où vous mcllrc? Et comment, ma chère fille, se croire religieuse, si on ne veut rien souffrir, si on veut fuir la croix? Lisez la vie de la bienheureuse Marguerite-Marie, puis comparez, agissez et convertissezvous ^ »
D'après les mêmes principes, vouloir sortir de charge de son propre mouvement, c'était une désertion: « Je ne suis pas satisfaite de vos instances pour être déchargée de la supériorité, écrivait-elle à une de ses plus utiles religieuses. C'est de la fausse humilité; vous craignez votre peine, votre responsabilité, tandis que vous devriez accepter votre croix pour l'épargner à d'autres moins coupables que vous. Ne faut-il pas à la Société des âmes qui se dévouent? Soyez contente de ce que Dieu vous a donné l'occasion de faire plus de sacrifices, et de lui témoigner ainsi un plus ardent amour-.» Une autre fois, une excellente officière supérieure, s'étant avisée de lui demander l'emploi de sœur cuisinière, ]yjrae j3Qpat lui répond avec une douce ironie : « J'y consens volontiers. Si la sœur cuisinière peut prendre votre charge et être économe, maîtresse de salon, conseillère à votre place, vous pourrez faire l'échange, en vous mettant à la cuisine, comme de raison. » Puis, plus gravement, elle ajoute : « Connaissant les besoins de la Société, sa pauvreté en sujets, comment avez -vous pu avoir une telle idée? Dans tous ces projets de fausse perfection qui sortent de la voie commune, croyez qu'il y a une grande part d'illusion, jiourne pas dire plus. Demeurez donc en paix où vous êtes, ma lillo, cl lâchez de mettr»; vile votre économat en règle pour nous arriver
1 Conllan;-, 10 juillel iS'iC.
2 A M- Aii.l.-. 7 juin ls-27.