‹ Histoire de Madame BaratChapitre 228 sur 311 · SON COMMANDEMENT HUMBLE ET DOUX · texte numérisé non relu

SON COMMANDEMENT HUMBLE ET DOUX

La considération des desseins de la Providence, de la volonté de Dieu, du bonheur de lui tout donner, était la grande source de consolation qu'elle ouvrait à ses filles. Elle écrivait à l'une d'elles : « Si un cheveu ne tombe pas de notre tête sans la volonté de Dieu, à plus forte raison n'est-ce pas sans son ordre que s'opère votre changement. Qui donc oserait s'en plaindre? Serionsnous religieuses? Plus tard, je l'espère, vous comprendrez la douce et aimable prévoyance du Cœur de Jésus. Ah! que vous serez heureuse à l'heure de la mort d'avoir tout quitté pour Dieu^ »

En certaines occasions, jusqu'oiî n'allait pas la condescendance de la supérieure ! Ayant envoyé à une religieuse l'ordre de se rendre dans telle résidence peu agréable à la nature, elle en reçut une réponse « dont l'esprit de Dieu avait dicté toutes les expressions , comme ellemême le témoigne, mais qui présentait une teinte de tristesse et de regrets ». M""^ Barat, sachant à quelle vraie religieuse elle avait affaire, s'en remit à elle-même de la décision : « J'avoue, lui répond-elle, que j'avais compté sur votre dévouement et votre attachement envers la Société, pour lui venir en aid^ dans ce moment de gêne ; mais, si ce sacrifice devait trop vous coûter, et surtout vous troubler, je n'hésiterais pas à retirer votre obédience, que je ne vous envoie que sous condition. Je serai embarrassée, sans doute, pour vous trouver une remplaçante : Jésus nous aidera. Si, au contraire, vous vous décidez à partir, tout est prévu afin d'adoucir votre exil, puisque vous le regardezcomme tel. Ah ! la terre entière le sera pour nous; je sens tous les jours

1 A M™» H. de Clausel. Paris, 16 déc. 1846.

davantage que nous n'avons qu'une patrie : le ciel'. » La docile l'ciigieuse se rendit à son poste. Y avait-il d'autre réponse possible que celle-là? Une fois cependant, il arriva qu'une religieuse fit paraître une peine si sensible de son déplacement, que sa supérieure l'envoya auprès de la mère générale, alin de lui demander de révoquer ses ordres. Elle arrive, non sans confusion et sans embarras, auprès de la digne mère, alors retenue dans son lit. Celle-ci, devinant sa crainte, lui dit de sa plus douce voix : « Ah! voilà mon prodigue! » Mais déjà le prodigue tombait à ses genoux : « Vous comprenez, ma fille, reprit M""® Barat, pourquoi je vous donne ce nom : c'est que le prodigue était l'enfant le plus aimé de son père. » L'entretien fut tout de ce ton miséricordieux. « On aurait couru à l'extrémité du monde après de telles paroles, » témoigne une de ses filles.

Et de vrai, ces voix de la raison, du cœur, de la fui, accueillies comme la voix même de Dieu, courbaient toute volonté sous la main puissante de l'humble et bonne supérieure. « Je suis toujours étonnée de voir tant de soumission et d'obéissance parmi toutes mes filles, avouait-elle elle-même, et j'éprouve sensiblement qu'une main plus haute que la mienne vous conduit. » — « Elles sont entre mes mains comme une balle que je puis lancer d'un pùle à lautre, » disait-elle en parlant de deux de ses religieuses. Et, plus lard, attribuant à cette obéissance la douce paix qui marquait la mort de toutes ses (illes : « J'ai cherché, disait-elle, la cause de ces morts si douces. C'est (ju'ù côté de nos nii-

1 A M" i.U". «.ira-il. I^nris. '2i noiM I81I.

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