‹ Histoire de Madame BaratChapitre 229 sur 311 · L'OBÉISSANCE DANS LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

L'OBÉISSANCE DANS LA SOCIÉTÉ

sères il y a, il faut le dire, une obéissance admirable dans la Société, un dévouement, un esprit de sacrifice qui, devant Dieu, rachètent bien des fautes. Souvent j'en suis moi-môme dans l'admiration. Un mot, un trait de plume..., et voilà une personne, cinq, dix, qui aussitôt quittent tout sans dire seulement : Mais pourquoi? Et ceci, pas une fois, pas vingt fois, mais toujours. »

Après V organisation de ses familles, M""^ Barat pourvoyait à leur conservation dans l'esprit de l'Institut : c'est la seconde fonction du gouvernement. Et comme l'Institut comprend la double vie de prière et d'action, c'était sur chacun de ces points que portaient ses instructions aux mères vicaires, supérieures et principales officières de la Société.

La prière, l'union à Dieu, telle était la première de ses prescriptions. Sainte Thérèse a écrit : « Le pasteur qui fait son devoir doit se tenir sur le sommet de la colline, pour de là découvrir et protéger son troupeau. Or ce lieu élevé, pour une maîtresse des âmes, c'est l'oraison. » M""® Barat écrivait à une supérieure : « Soyez pour Jésus épagneul au salon, et chien de chasse en campagne; » c'est-à-dire : à ses pieds par l'adoration, à son œuvre par le zèle. Puis elle ajoutait : « Sans doute c'est difficile : il serait plus facile d'être tout un ou tout autre, comme chez les carmélites ou les sœurs de Charité; mais, encore une fois, notre vocation est cela^ » — « Ce qui fait la bonne supérieure, écrivait- elle encore, c'est la dépendance de l'Esprit-Saint dans toutes nos opérations. Que ne devons-nous pas faire pour attirer en nous l'esprit de Jésus-Christ, Dulcis liospes animœ,

1 A M'"'= Em. de Bouchaud, 2:3 janv. 18 W.

et rétablir en maître, en nous retirant dans un coin, comme la servante qui se tient à l'écart, mais toujours sous le regard de sa maîtresse, afin d'être prête à exécuter ses ordres M » — « Conséquemment, disait-elle, dépouillez-vous de vous-même pour vous livrer à Jésus-Christ; et je vous assure que vous gouvernerez bien. — Il faut donner la vraie nourriture, qui est Jésus. — Nous ne porterons de fruits qu'autant que nous serons unis au tronc, qui est Jésus, » Pour représenter Jésus et gouverner comme Lui, il faut vivre de Lui. Elle ajoutait encore qu'il faut souffrir comme Lui : « Une supérieure, disait-elle, est le porte-croix de sa communauté. » On citerait cent lettres qui ne sont que le commentaire de cette parole-là.

Après la prière, l'action. L'action d'une supérieure embrasse deux objets : la conduite des personnes ou la direction; la conduite des affaires ou l'administration. Ni l'un ni l'autre de ces soins ne pouvait être omis dans le gouvernement de M"''' Barat.

D'abord pour la conduite des personnes, elle demandait un égal tempérament de douceur et de force : « Plus je vais, écrivait-elle, plus je me convainc que le gouvernement ferme et doux est le meilleur. Mais douceur n'est pas mollesse. La fermeté est nécessaire afin de séparer la nature de la grâce. Encore faut-il cependant que ce soit une fermeté qui sépare sans déchirer : car vous seriez obligée de raccommoder ensuite; ce (jui n'avanco guère. » En général, elle disait : « Soyons plus bonne que juste. Une religieuse du Sacré-Cœur doit être

I A M"' de Limminphe, 19 k^v. 18X1. A M— Em. de Bouchaud , 29 mai 1852. //. A M"" de no/eville, passlm.

Page 1