‹ Histoire de Madame BaratChapitre 230 sur 311 · DOUCEUR ET FORCE DE SA DIRECTION · texte numérisé non relu

DOUCEUR ET FORCE DE SA DIRECTION

menée par des sentiments nobles : le devoir et non la crainte. Notre-Seigneur préfère que l'on excède en bonté et en indulgence. 0 Seigneur Jésus, où en serions-nous, si vous aviez éLé sévère à notre égard • ! » Mais, variant ses instructions selon le caractère de chacune de ses filles, elle ajoutait au besoin, que, « dans ce siècle de mollesse, sans la force chrétienne tout se détraque dans la discipline; que vouloir toujours couvrir les fautes par la douceur, c'est cacher le feu sous la cendre et préparer une explosion inévitable; enfin qu'une maison menée par une main trop lâche lui semblait déjà sur le penchant de sa ruine. »

Conséquemment à ces règles, elle prescrivait d'être calme, de peu parier, de peu bouger de place, d'agir par influence plus que par autorité, de laisser à chacune ses attributions sans les absorber, de former les inférieures, d'éviter les tempêtes et de ressembler plutôt à ces nuages bienfaisants qui tantôt tempèrent la chaleur de l'été, tantôt répandent sur la terre l'abondance des pluies, d'avoir des directions régulières, mais brèves, et, comme le berger, de garder le troupeau sans bruit. Elle résumait ces leçons dans cette parole charmante : « Il faut s'occuper des femmes, comme les anges s'occupent de nous, invisiblement, sans qu'elles s'en aperçoivent ^ »

Pour l'administration des affaires temporelles, M'^'Barat voulait qu'on la regardât comme une des formes du service de Dieu, en faisant planer au-dessus de ces

1 A M-"- de Rozeville, 16 avril 1823; 26 janv., 12 et 23 fév. 1832; mai 1827.

2 A M™» de Limminghe, 4 juin 1831 , 12 fév. 1839. A M»'« de Rozeville, 2 sept. 1828.

choses périssables la considéralion des choses élernelles : « Il est juste, écrivait-elle, de jeter parfois un regard sur le petit trésor terrestre; mais vite hâtonsnous de remettre nos affections où est le vrai trésor, Jésus qui réside au ciel ^ »

Une probité délicate, religieuse dans les affaires, était la première règle sur laquelle insistaitTàme éminemment équitable de la mère Barat; aussi bien, c'était pour elle un devoir de charité non moins que de justice : « Il faut, écrivait-elle à une économe, payer vos ouvriers à mesure qu'ils travaillent. Voici que nous approchons de la mauvaise saison ; et le malheur des temps est encore doublé lorsque le pauvre ne reçoit pas immédiatement le prix du pain qu'il a gagné à la sueur de son front. Faire attendre à l'ouvrier le salaire de son travail est une épreuve à laquelle je ne me résignerai jamais, par une raison toute simple : d'abord, parce qu'entreprendre au-dessus de nos moyens est contre la prudence, et, secondement, parce que c'est contre la justice. Voilà pourquoi la croix des dettes est la plus pénible de celles que Jésus peut m'envoyer -. »

L'esprit d'humilité et de pauvreté était celui que jyjmo Bapat maintenait le plus sévèrement dans l'administration comme dans la direction de sa Société. Elle le demandait dans les petites choses, elle le voulait dans les grandes. Ainsi avait-elle soin d'exclure des constructions tout ce qui n'était que pour l'art, la recherche ou le luxe : « Je dois vous le dire, ma fille, on vous trouve trop grandiose, écrivait-elle à une fondatrice de maison.

1 A M'"' Eul. de Bouchaud, 5 ocl. 1839.

2 A M'"' de Bosrcdonl. i'i fév. IP."!.

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