MADAME LOUISE DE LIMMINGHE
estime dans la Société : on la disait honorée de hautes faveurs spirituelles. M™^ Barat se réjouissait, dans son humilité, de se mettre à l'école d'une si digne fdle.
A côté de la supérieure , M""® Barat remarqua , dans celte maison de Turin , une jeune religieuse , M™'' Clara Quirin, qui se préparait alors à faire ses grands vœux. Simple maîtresse de seconde classe, elle jetait peu d'éclat; mais cette fleur cachée embaumait toute la maison. A sa suite, les pensionnaires rivalisaient d'ardeur dans l'amour et le service de Dieu. Telle était cette jeune Darie de Filippi qui, le jour de la Compassion de la sainte Vierge, disait naïvement : « Nous allons faire aujourd'hui tant d'actes de vertu, que Marie n'aura pas le temps de penser à ses douleurs. » — Telle était aussi la jeune Elodie de Panissera, qui, déjà embrasée du feu sacré qui devait la consumer bientôt, disait à ses maîtresses au sortir de l'église : « On m'arrache du ciel ^ ! »
Près de cette jeunesse noble, M"'° Barat voyait la religion fleurir dans les écoles gratuites, récemment fondées sous son impulsion, et dont elle disait à M""" de Limminghe : « Vous ne pouviez me faire un plus grand plaisir que d'ouvrir des classes à ces pauvres enfants, à qui vous apprendrez à connaître et à aimer le meilleur des pères. Puis, c'est ainsi que la dévotion au sacré Cœur se répandra parmi le bon peuple de Turin ^ »
Le directeur spirituel de la communauté était un religieux qu'autrefois M"'® Barat avait distingué, encore tout enfant, à la maîtrise d'Amiens." Ceux qui ont sé-
1 V. Souveoirs du S.-C. de Turin, ua toI. in-32. — Turin, 1845 - Chambéry, 21 juillet l'<32.
journé à Rome, clans ces derniers temps, savent quel guide éclairé était le vénérable Père Philippe de Villefort. M"'' Barat fut heureuse de le trouver à Turin : « Je m'adresse ici au Père de Villefort, écrivit- elle dans une lettre du 4 juin. Il n'avait que douze ans lorsque je lui prédis que je me confesserais à lui. Je viens d'accomplir ma prophétie, ce qui l'a fait sourire. Il est si grave que cela lui arrive rarement. »
La mère générale se disait « au paradis », et la joie de cette famille eût été complète sans l'état d'infirmité de cette sainte mère. On résolut de la guérir en faisant violence au Ciel. Dans les premiers jours de juin, une neuvaine fut commencée à Notre-Dame des Douleurs, dont l'autel se vit assiégé de prières. Les élèves s'y succédaient avec cette foi simple à laquelle il semble que Dieu ne puisse rien refuser. Leur confiance voulait même qu'on négligeât de recourir à l'art des médecins, afin que tout fût de Dieu; mais ]\I"° de Limminghe craignit que ce ne fût tenter le Seigneur. On appela donc M. le chevalier Rossi, chirurgien de la cour, praticien aussi savant que chrétien modeste. Il reconnut dans le pied de la patiente mère un écartement des os qui, au premier moment, lui parut irrémédiable. On redoubla de prières. Vers le milieu de juin, M. Rossi, sans rien dire, tenta l'opération. Par un mouvement de main aussi sûr que prompt, les os disloqués furent remis à leur place. Il restait encore à alTermir les nerfs par le moyen des douches; mais dès le lendemain de l'opération, M'"" Barat pouvait essayer quelques pas. « Grâces à Dieu! je suis quitte des eaux, écrivait- elle ce jour-là môme. Remerciez Notrc-Seignour et Marie; ils font lant do miracles dans ce pays où la i\ti règne dans toute